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1,5°ou 2°, qu'est-ce que ça change?

Par Michel Lachkar@GeopolisAfrique | Publié le 11/12/2015 à 17H33, mis à jour le 11/12/2015 à 17H33

COP21 ONG qui veut retenir chiffre 15°C dans l'accord final
Manifestation d'une ONG à la COP21 qui veut que soit retenu le chiffre de 1,5°C dans l'accord final. © AFP/ Dominique Faget

A Copenhague, le chiffre de 2°C s’était imposé comme le niveau de réchauffement à ne pas dépasser. «Au-delà, l’humanité s’exposait à des catastrophes irréversibles.» A Paris, les Etats insulaires directement menacés par la hausse du niveau de la mer, rejoints par une centaine de pays, bataillent pour que l’objectif de 1,5° soit retenu dans l’accord. Quelle différence entre ces deux scénarios?


Un consensus s’était fait ces dernières années autour d’un réchauffement maximal de 2°C par rapport à l’ère industrielle. Un chiffre préconisé par les scientifiques du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) dans leur dernier rapport. Mais à Paris, 113 pays ont défendu un nouveau seuil. Celui de 1,5°C pour qu’il soit couché dans l’accord final. Même un pays comme l'Australie, peu allant sur la question du climat, s'est rallié à ce nouveau seuil. L'Inde, la Russie et les pays pétroliers, ne veulent pa en entendre parler, car «il nous faudra laisser 90% des énergies fossiles dans le sol», affirme Kevin Anderson de l'Université de Manchester.

«1,5 ou 2°C, cela fait une grosse différence au point de vue de la sécurité alimentaire, de l’habitabilité de la planète et des conditions de vie de centaines de millions de personnes», affirme M.van Ypersele, Professeur à l'Université catholique de Louvain.

Déplacement de la ligne de côte
Selon les scientifiques, la différence entre les scénarios A (+1,5°C) et B (+2°C), c’est une fonte plus rapide des calottes glaciaires du Groenland et une dilatation thermique plus forte des océans, avec pour conséquence une hausse plus rapide du niveau de la mer. Avant la fin du siècle, le niveau de la mer aura augmenté de 40 cm dans le premier scénario ou de 50 dans le second. Pour des îles comme Tuvalu ou Kiribati, c'est déjà une question de survie.  A plus long terme c’est une différence de près de 2 mètres: 2,90 mètres contre 4,80 mètres. 

Dans le scénario A, réclamé par les Etats insulaires et les pays les plus vulnérables, 137 millions de personnes «seulement» seraient impactées par le déplacement de la ligne de côte.
Dans l'autre scénario, des territoires aujourd’hui peuplés par 280 millions de personnes seront rayés de la carte.

Métropoles sous les eaux
«Même à 2°C, des grandes villes comme Shanghaï, Bombay, Miami ou Hong Kong, seraient partiellement sous les eaux», affirme le chercheur américain Benjamin Strauss.

La disponibilité de la ressource en eau dans les régions arides serait elle aussi impactée, avec une réduction de 18% pour une température de 1,5°, de 28% si l’on est à 2°.
La durée moyenne des canicules s’élèverait à 30 jours ou 45 jours, selon l'un ou l'autre des scénarios (deux ou trois mois dans les régions tropicales).

Sur le plan de la sécurité alimentaire, il faut s’attendre à une baisse de 14% ou 19% de la production de blé. Le maïs et les autres céréales seront également touchées.
 
10 ou 26 ans de crédit carbone
Pour rester sous les 2°C, l’humanité ne doit pas émettre plus de 1.000 milliards de tonnes de CO2, peut-on lire dans le dernier rapport du Giec. Pour rester sous les 1,5 °C, le plafond n’est plus que de 400 milliards de tonnes.
Cela signifie qu'au rythme actuel, on aura épuisé nos «droits à polluer» en 10 ans ou en 26 ans. 
 
La différence des efforts à entreprendre entre un objectif de 2° et un autre de 1,5° n’a donc rien de marginal. Dans le premier cas, il faut réduire les émissions de 40% à 70% d’ici à 2050, dans le second de 80 à 90%. Autrement dit, pour rester sous les 1,5° de réchauffement, il faut commencer sans tarder.