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1934: quand la France expulsait des milliers de «Kopa»

Par Pierre Magnan@GeopolisFTV | Publié le 03/03/2017 à 13H39

Puits mine
Oignies, puits de mine dans le Pas-de-Calais en 2010
© PHILIPPE HUGUEN / AFP

Kopa, Raymond Kopaszewski, le footballeur français de légende mort le 3 mars 2017, a symbolisé avec talent l’intégration des Polonais venus dans les mines du Nord et de l’Est après la guerre de 14-18. Ce que l’on sait moins, c’est qu’en 1934-1935, la France décidait d'une expulsion collective de Polonais. Retour sur cet épisode méconnu.


«En août 1934, 77 mineurs polonais sont expulsés de France parce qu'ils ont participé à une grève dans les mines de l'Escarpelle, à Leforest, dans le Nord-Pas-de-Calais. On les fait monter dans des trains spéciaux qui les emmènent jusqu'à la frontière polonaise», rappelle le site du Musée de l’Histoire de l’Immigration. Ces quelques lignes rappellent qu'un mouvement important d'expulsions a touché les Polonais venus en France après la guerre de 14-18. Des expulsions qui s'inscrivaient dans le cadre des suites de la crise de 1929 et de la hausse du chômage en France.

La France cherche des travailleurs polonais
Mais avant l’expulsion, il y avait eu l’arrivée. A la fin de la guerre de 14-18, la Pologne redevient un Etat. Mais en raison de la pauvreté du pays, l’émigration reste une donnée démographique et économique importante. Au même moment, la France sort de la guerre et doit faire face à des problèmes de reconstruction. Le besoin de main d’œuvre est important dans la France marquée par les pertes de la guerre et une natalité faible.

C’est dans ce contexte que la France et la Pologne signent une convention en 1919 pour la possibilité de recruter des travailleurs. Des organismes sont mis en place pour assurer le recrutement et le transfert de ces travailleurs vers l'Hexagone qui garantit que les ouvriers polonais seront payés au même salaire que les Français.

«Le Pas-de-Calais, à lui seul, accueillit un tiers des Polonais (150.000) qui se trouvaient alors en France. L'arrondissement de Béthune, à lui seul, concentrait 90% de cette population (135.000). Ils pouvaient représenter 20% de la population totale d'une commune. Dans des cités minières comme Bruay-en-Artois ou Marles-les-Mines, ce taux s'élevait à 40%. Les Polonais étaient pratiquement tous mineurs. A partir de 1923, ils constituaient un tiers des effectifs globaux, 40% à la Compagnie de Courrières ou de Marles. Si l'on considère uniquement les mineurs de fonds, les Polonais représentaient 60% à la Compagnie de Courrières, 69% à Ostricourt et 70% à la concession de Drocourt», raconte Alain Szelong.

D'autres «colonies» polonaises s’installèrent dans le Nord, la Lorraine ou même le Centre. Au total, on estime qu’environ 700.000 polonais sont arrivés en France entre 1921 et 1938.

Vidéo INA du 25 novembre 1981 sur les grèves de l'Escarpelle et l'expulsion des Polonais en 1934.

La crise de 1929 
La loi du 10 août 1932, prévoyant la possibilité de fixer les quotas d’étrangers dans certaines branches professionnelles, à la demande des organisations syndicales et patronales, est le reflet politique du climat économique morose. En 1935, le gouvernement multiplie les décrets d’applications dans ce domaine. Difficile de connaître cependant l'ampleur des départs forcés et des départs de Polonais dans ces années de crise. On parle du départ de quelque 100.000 personnes, selon une publication du Musée de l'Immigration

Philippe Rygiel raconte que «la direction des MPDA (Mines domaniales de potasse d'Alsace), entreprise publique, doit, sur injonction de Charles Picquenard, directeur du travail au ministère, procéder à des renvois massifs d'étrangers et fournir la liste de ceux-ci à la préfecture qui organise leur rapatriement, assuré par la SGI qui le facture cher et n'autorise chacun à emporter que trente kilos de bagages. Si l'ouvrier licencié refuse, la préfecture prend à son encontre un ordre de refoulement.»

Une figure polonaise fut expulsée en 1934 pour avoir menée une grève en France. Edward Gierek est communiste lors de son expulsion. Il sera après 1945, le dirigeant communiste de son pays. 

Jean Wroblewsky, ancien mineur et ancien maire de Marles-les-Mines, se souvient de cette période difficile. «Le mineur polonais ne savait pas par avance qu’il allait être expulsé. Il y avait un billet d’expulsion qui l’attendait à la remonte (…), ce fameux billet qui faisait peur à tout le monde. Le plus grave, c’est qu’il n’avait que quarante-huit heures pour se préparer avec trente kilos de bagages.» 

Les expulsions de Polonais cesserent avec l'arrivée du Front Populaire en 1936.