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2020, 2040, 2080… ou jamais ? Comment rembourser la dette grecque ?

Par Pierre Magnan@GeopolisAfrique | Publié le 24/05/2016 à 15H46, mis à jour le 24/05/2016 à 15H58

Drapeaux européen grec sur fond d'Acropole
Drapeaux européen et grec sur fond d'Acropole. © LOUISA GOULIAMAKI / AFP

Les milliards continuent de donner le tournis autour de la dette grecque. Nouveau sommet à Bruxelles. Les Européens sont divisés sur la question et en désaccord avec le FMI qui exige lui une réduction de cette dette, ce que plusieurs pays européens refusent pour l’instant. Et pendant les discussions, les politiques d'austérité s'amplifient et le PIB grec ne cesse de reculer.


La dette grecque, dont on parle régulièrement depuis 2010, atteint aujourd’hui 180% du PIB grec, soit plus de 311 milliards d’euros. Après le mélodrame de l’été 2015 qui avait vu la Grèce hésiter entre le «grexit» et la soumission à Bruxelles, le gouvernement Tsipras avait fini par accepter les règles imposées par les Européens en échange d’un financement de sa dette. Pour cela, Athènes devait procéder à des coupes budgétaires et des hausses des impôts. 

Aujourd’hui, Athènes semble avoir fait sa part du travail en adoptant un certain nombre de réformes (fiscalité, retraites) et les Européens devraient débloquer les fonds promis pour que la Grèce puisse rembourser une partie de ses engagements. En 2015, les Européens avaient promis de financer les remboursements grecs à hauteur de 86 milliards d’euros. Mais à ce jour rien n’a été versé. Or, la Grèce doit faire face à des obligations évaluées entre 2 et 7 milliards d’euros. D’où la nécessité pour les créanciers de débourser entre 9 et 11 milliards.

Mais l’Europe va-t-elle aller plus loin et s’attaquer au montant de la dette ? «On leur a beaucoup pris et on leur a peu donné», a même reconnu le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker. Mais les intérêts des Etats, et notamment de l’Allemagne qui entre en période électorale, rendent difficile la prise de mesure audacieuse sur cette dette.


Le poids du FMI
Dans ce dossier, l'Europe n'est pas seule à décider. Le FMI (Fonds monétaire international) est aussi dans le jeu, et alternativement Europe et FMI jouent les rôles de bon et de mauvrais flic. L’organisation internationale a toujours estimé que la dette grecque n’est pas soutenable. Elle met tout son poids dans la négociation sur cette question et refuserait de continuer à financer la dette si celle-ci n’est pas allégée. De l’autre côté, les Allemands ne veulent pas entendre parler pour l’instant d’une réduction de cette dette même si, grand progrès, la question est aujourd’hui officiellement abordée. 

Les dettes (il y a en effet plusieurs détenteurs: BCE, FMI, FSEF…) dont les remboursements doivent s’étaler jusqu’en 2060, ne portent théoriquement pas d’intérêts avant 2020. A défaut de réduire le stock de dettes, une solution pourrait être de repousser cette date. «Selon des documents qui ont "fuité" ces derniers jours, le FMI prône une extension de vingt ans des maturités (de l’amortissement) des dettes, soit jusqu’en 2080, contre 2060 au maximum actuellement. L’institution de Washington recommande aussi une extension des périodes de grâce jusqu’en 2040», indiquait Le Monde. Pour le FMI, prolonger les échéances de 30 ans au plus pourrait réduire les besoins de financements bruts de 7% du PIB d'ici 2060. Reporter les paiements au-delà de 2040 pourraient réduire ces besoins de financements bruts dans une proportion supplémentaire de 17% du PIB.

Mais le FMI prône surtout un allègement de la dette. Le FMI voit dans un tel allègement «sans conditions», un «signal fort et crédible envoyé aux marchés quant à l'engagement des bailleurs de fonds à assurer une gestion durable de la dette, ce qui en soi pourrait contribuer à abaisser les coûts de financement sur les marchés».

3,5% d’excédent primaire
Dans le plan imposé à la Grèce, Athènes doit être en mesure de dégager 3,5% d’excédent primaire (c'est-à-dire hors service de la dette), ce qui représente un effort important dans une économie en panne. Pour tenter d'y arriver, le gouvernement a fait voter par le parlement grec un «mécanisme automatique de correction budgétaire», baptisé Koftis (pince coupante) par les Grecs. «Il sera déclenché chaque année jusqu'en 2018 si des écarts budgétaires sont constatés au printemps », précise La Tribune. Un mécanisme qui permet d'aggraver l'austérité en fonction des données de la croissance. 

Là aussi, le FMI se montre sceptique et évoque plutôt un objectif d'excédent primaire de 1,5%.

Croissance en panne
Or, depuis le début de la gestion de la crise grecque, les mesures d’austérité ont montré qu’elles n’avaient fait qu’accroître le poids de la dette sans relancer en rien l’économie qui a plongé (ce qu’a d’ailleurs reconnu le FMI). «Rappelons, par exemple, que le programme de 2010 prévoyait une croissance de 2,1% pour 2013 et 2014. En réalité, l'économie grecque s'est contractée de 3,2% en 2013 et a progressé de 0,7% en 2014», rappelait le journaliste Romaric Gaudin. Et, mêmes causes mêmes effets, les chiffres de croissance pour 2015 et 2016 devraient être négatifs, selon la Commission européenne (-1,4% et -1,3%). «La forte hausse du ratio dette sur PIB depuis 2007 (et encore plus depuis 2010) n’est pas principalement le fait de l’irresponsabilité budgétaire du gouvernement grec, mais est d’abord le résultat d’une stratégie de consolidation erronée, fondée sur une logique d’austérité comptable et non pas sur un raisonnement macroéconomique cohérent», confirme l'économiste de l'OFCE Sébastien Villemot.


Et rien ne dit qu'une réduction de la dette suffise à relancer le pays. «Rappelons que la restructuration de 2012 a réduit la dette grecque de 100 milliards d'euros, mais que la politique d'austérité associée à ce plan a en réalité conduit à un alourdissement du poids de la dette en raison de l'effondrement du PIB», ajoute le journaliste de La Tribune. Comme quoi, on n'a pas fini de reparler de la dette grecque. La Grèce n'est elle pas le pays de Sysiphe.