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Politique,  Afrique

6.000 djihadistes pourraient revenir en Afrique, selon un responsable de l'UA

Par Pierre Magnan@GeopolisAfrique | Publié le 11/12/2017 à 15H19

Combats anti-Daech en Libye
Combats anti-Daech près de Syrte, en Libye, en octobre 2016. © MAHMUD TURKIA / AFP

La France n’est pas le seul pays à craindre le retour des djihadistes partis en Syrie ou en Irak. En Afrique, nous avons déjà évoqué à plusieurs reprises la crainte de certains pays de voir revenir des combattants partis au Moyen-Orient. Mais, pour la première fois, un officiel de l’Union Africaine avance le chiffre de 6.000 combattants du groupe Etat islamique qui pourraient revenir chez eux.


Près de 6.000 Africains ayant combattu au Moyen-Orient avec l'organisation Etat islamique (EI, Daech) pourraient revenir en Afrique, a indiqué le 10 novembre, à Oran, le Commissaire de l'Union Africaine pour la paix et la sécurité, qui a appelé les pays africains à se préparer «fermement» à la gestion de ces retours. «Des rapports font état de la présence de 6.000 combattants africains parmi les 30.000 éléments étrangers ayant rejoint ce groupe terroriste au Moyen-Orient», a déclaré M.Smail Chergui, lors d'une rencontre sur la lutte contre le terrorisme.

«Le retour de ces éléments en Afrique pose de sérieuses menaces sur la sécurité et la stabilité nationales et exige un traitement spécifique et une coopération intense entre les pays africains», a estimé M.Chergui. Le Commissaire de l'UA pour la paix et la sécurité a appelé les pays concernés à notamment «échanger les renseignements sur les éléments armés regagnant leurs pays respectifs», après leurs défaites en Irak et en Syrie.  

Chiffres sur combattants étrangers Daech
Chiffres sur les combattants étrangers de Daech et sur ceux qui seraient rentrés dans leur pays.  (Source Soufan Center) © soufancenter.org

Afrique du Nord et Sahel
«Voyez le Sahel avec toutes les zones de trafics de tous genres. Ensuite, la Somalie. Donc, si on n’a pas les réponses appropriées, fortes évidemment, tout ce qui a été défait au Moyen-Orient va se retrouver encore sur l’espace sahélo-saharien», avait déjà averti le président sénégalais Macky Sall il y a quelques semaines. Il est vrai que cette région d'Afrique, déjà soumise à de fortes tensions en raison de conflits avec des islamistes locaux qui ont trouvé dans la déstabilisation de la Libye une grande occasion de se renforcer, est en première ligne pour subir le retour éventuel des combattants chassés du Moyen-Orient.

L'Afrique du Nord, et notamment le Maroc et la Tunisie, est l'autre région réputée avoir fourni beaucoup de combattants à Daech au moment de son expansion. Au Maroc, par exemple, 213 Marocains ayant combattu dans les rangs de Daech sont rentrés au pays, selon les chiffres du ministre de l'Intérieur Abdelouafi Laftit. Au total, selon le ministre, ce sont quelque 1669 Marocains qui avaient rejoint les organisations djihadistes au Moyen-Orient. En tout cas le pays se dit prêt: «Tout djihadiste qui rentre au Maroc est arrêté, présenté devant la justice et condamné à la prison. La loi condamne même le fait de rejoindre un groupe terroriste. Et les peines sont lourdes: jusqu’à 20 ans de prison», rappelle le site le360.

Même inquiétude en Tunisie, où des manifestations ont déjà eu lieu fin 2016 contre le retour des djihadistes. 

Manifestation en Tunisie contre le retour des djihadistes (décembre 2016)

Il est vrai que la Tunisie aurait été un des gros pourvoyeurs de l'EI en combattants. Selon les sources, entre 3.000 et 5.000 Tunisiens auraient gagné les zones de combats de Syrie et d'Irak. Combien envisagent de revenir? Un think tank américain spécialisé dans les questions de sécurité, le Soufan Center, estime que 14% de tous les combattants de Daech qui sont repartis vers leur pays ont regagné la Tunisie, soit 800 personnes. 

Frontières ouvertes
La menace que porte le retour de ces combattants est plus ou moins sous contrôle, selon les pays. Si les services de renseignement du Maroc et de la Tunisie sont jugés efficaces, il n'en est pas de même pour tous les pays de la région, et notamment ceux de la Cedeao (Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest qui regroupent 15 pays, dont ceux du Sahel). Dans cet ensemble, les frontières sont ouvertes et généralement incontrôlables, en raison de leur longueur. La déstabilisation de la Libye au Nord et la persistance de zones de combats dans certaines zones du Mali ou du Niger, notamment, rendent la surveillance particulièrement difficile. Ce que reconnaît l'organisation: «Le G5-Sahel est devenu une zone de prédilection de la plupart des mouvements terroristes. Ils estiment qu’après la déstabilisation de la Libye, l’Afrique de l’Ouest en général et les pays du G5-Sahel en particulier, notamment la Mauritanie, le Tchad, le Niger, le Burkina Faso et le Mali constituent incontestablement la cible privilégiée des mouvements terroristes», écrit-elle sur son site.

«La menace est réelle et la probalité de déstabilisation très élevée: le risque de voir l'espace de l'organisation régionale devenir une prochaine Syrie ou Libye est bien possible», craint le journal sénégalais Le Quotidien.