Synthèse

Abécédaire des droites extrêmes en Europe : du FN au Jobbik

Par Pierre Magnan@GeopolisAfrique | Publié le 05/05/2014 à 13H33, mis à jour le 23/05/2014 à 16H54

Affiche FPÖ
Affiche du FPÖ autrichien pour les européennes (copie écran du site du FPÖ) © FPÖ

Euro, immigration, frontières... Les sujets communs aux partis des droites extrêmes en Europe sont nombreux et porteurs. Pourtant, cette famille politique a du mal à s'unir en vue de former un futur groupe parlementaire. Abécédaire des droites extrêmes en Europe dont le score devrait progresser lors des Européennes 2014.

Difficile de classer les partis politiques européens, entre ceux qui se disent eurosceptiques ou nationalistes et ceux que certains qualifient de populistes ou d'extrême droite. Ainsi, il est compliqué de classer certains partis ouvertements anti-européens, comme le Ukip anglais ou Debout la République, dans l'extrême-droite, tel qu'on le dit en France pour le Front national. 

Au-delà des définitions, l’objectif prioritaire pour les droites extrêmes est de parvenir à constituer un groupe au Parlement européen. Cela suppose de réunir au moins 25 députés provenant d’au moins 7 pays. Pour les 25 élus, il ne devrait pas y avoir de problèmes. Plus difficile en revanche d'agréger des élus de 7 pays.

C'est pour y parvenir que Marine Le Pen, la présidente du FN, s’est lancée depuis des mois à la recherche d’alliés en Europe qui lui permettraient de former ce groupe. Elle s’est entendue avec le Parti pour la liberté (PVV) du Néerlandais Geert Wilders, et peut aussi compter sur de possibles élus du FPÖ autrichien et du Vlaams Belang belge, tandis que les Démocrates suédois (SD) semblent hésiter.

Rapprochement possible aussi avec des élus italiens de la Ligue du Nord. En revanche, l'Aube dorée grecque et le Jobbik hongrois sont tenus à l’écart, et les Britanniques anti-UE du UKIP (tout comme le Parti du peuple danois) ne se reconnaissent pas dans cette famille.

Affiche UKIP
Copie écran du site du parti antieuropéen Ukip © Ukip

FINLANDE
Les Vrais Finlandais  (Perussuomalaiset en finnois) est un parti politique hostile à l'Union européenne et à l'immigration. Fondé en 1995, il représente la première force d'opposition depuis les élections de 2011. Le parti se définit comme «ouvrier sans socialisme» afin de défendre, au sein de l’Etat providence et de la sociale-démocratie finlandaise, des thèses identitaires sur la société finlandaise. Il propose ainsi d'avancer l'âge de la retraite pour les parents de familles nombreuses, à condition qu'au moins l'un des deux soit finlandais. Histoire d'exclure les familles immigrées... Sur les questions européennes, ce parti s'est opposé aux plans de soutiens aux pays européens en difficulté et ne souhaite pas que la FInlande abandonne l'euro.

HONGRIE
L'Alliance des Jeunes de Droite-Mouvement pour une meilleure Hongrie (en hongrois : Jobboldali Ifjúsági Közösség-Jobbik Magyarországért Mozgalom), Jobbik. Il s'agit de l'acronyme du mouvement lycéen et étudiant fondé en 1999 devenu parti qui signifierait «le meilleur» en hongrois. 

Valeurs chrétiennes, de la famille et de l'autorité sont au cœur du discours du Jobbik. Les références à la Hongrie de l'entre-deux guerres dirigée par le régent Horthy sont permanentes. Pêle-mêle, la formation dénonce la «criminalité rom», le chômage, le communisme, le capitalisme... Et flirte avec l’antisémitisme. A écouter son leader Gabor Vona, les juifs, après avoir utilisé le communisme, perpétueraient aujourd'hui leur emprise sur le pays. Dans le même temps, la formation extrémiste a créé en 2003 un «groupe d’autodéfense», la Garde hongroise, apparemment non-armée, pour «protéger» les Hongrois. Notamment contre les roms, minorité la plus pauvre du pays. Aujourd'hui, le parti présente une image moins extrêmiste.

En Europe, le Jobbik est jugé infréquentable par de nombreux autres partis dont le FN. Lors des dernières législatives, le parti d'extrême droite a cependant progressé, obtenant plus de 20% des voix.

SUEDE
«Trygghet och Tradition» («sécurité et tradition»), tel est le slogan des Démocrates suédois (Sverigedemokraterna, SD), le parti de la droite extrême locale, né à la fin de 1988. Comme de nombreux partis du nord de l'Europe, il joue sur le nationalisme et l'immigration. Le parti a des origines néo-nazies mais, note Le Monde, «sous l'action de l'actuel président, Jimmie Akesson, SD s'est efforcé de gommer cette image et a nettoyé ses rangs des éléments les moins présentables. Avec un certain succès».

L'image du paradis suédois avait été écornée par les émeutes qui s'étaient déroulées à Stockholm et avaient mis en lumière des problèmes d'intégration dans le pays. 

Le parti suédois, qui est au parlement depuis 2010 (5,7% des voix), pourrait dépasser les 10% aux Européennes et rejoindre un groupe parlementaire européen avec le Front national.

Aube doree
Défilé de l'Aube dorée en juin 2012 à Thessalonique avec le drapeau du parti (sorte de croix noire sur fond rouge) et le drapeau "occident" en blanc sur fond noir. © AFP PHOTO / SAKIS MITROLIDIS

GRECE
Aube dorée  (Chryssi Avghi, en grec). Son discours s'articule notamment autour de thèmes irrédentistes (Epire du Nord, Chypre, conflit de la mer Egée), toujours xénophobes, souverainistes, natalistes, partisans du «droit du sang», avec, entre autres, pour slogan «la Grèce aux Grecs».

Ce parti qui n'hésite pas à afficher des images sorties du nazisme (son emblème ressemble fortement à une croix gammée) tient des discours ultranationalistes, contre les immigrés. Il a prospéré très rapidement grâce à la purge imposée au pays par l'Europe et à la chute des partis traditionnels.

Aujourd'hui, le parti a été mis en difficulté après le meurtre d'un rappeur Pavlos Fyssas par un militant d'extrême droite. Après cela, six de ses députés ont été mis en détention.

En Europe, le parti sent le souffre et aucun mouvement ne veut s'afficher avec lui. Depuis le meurtre de Fyssas, Aube dorée semble être en recul dans les sondages (avec l'apparition d'un nouveau parti, Potami), avec quelque 7,5% des voix dans les sondages, loin derrière le parti de gauche Syriza.

PAYS BAS
Le PVV (Partij voor de Vrijheid), le parti de la Liberté, doit beaucoup à la popularité de son leader, Geert Wilders. Le PVV avait déjà obtenu 16,9% aux Européennes de 2009. Mais lors des dernières législatives de 2012, le parti a reculé, payant son soutien au gouvernement. Plutôt libéral sur le plan économique, il prospère grâce à un discours anti-immigration, et notamment anti-islam. 

«Je ne veux plus de nouveaux immigrés. Je n'ai rien contre les individus, mais nous avons un problème avec l'idéologie islamique. Je ne veux pas renvoyer ceux qui sont ici et veulent s'assimiler, mais je leur dis de se débarrasser de cette idéologie, que je qualifie de fasciste», affirme ainsi son leader. Il déclare aussi qu'«un million de musulmans pour 16 millions de Hollandais, c'est trop». 

Sa dernière sortie : il a demandé à ses partisans s'ils voulaient «plus ou moins de Marocains dans votre ville et aux Pays-Bas». «Moins ! Moins ! Moins !», ont scandé les partisans, ce à quoi Geert Wilders a répondu : «Nous allons nous en charger.» La phrase a fait polémique... jusque dans le parti.

Aux Européennes, «une voix pour le PVV signifie une voix pour moins d’Union européenne et pour le maintien de notre souveraineté», affirme Wilders. Anti-euro, le parti, dont le leader s'est rapproché de Marine Le Pen pour ces élections, pourrait arriver en tête.

AUTRICHE
Le Parti de la liberté d'Autriche (Freiheitliche Partei Österreichs, FPÖ) est un parti politique nationaliste-autrichien fondé après guerre. Longtemps dirigé par Jörg Haider, il est présidé depuis 2005 par Heinz-Christian Strache.

A côté des deux grands partis autrichiens (social démocrate et conservateur), le FPÖ s’est orienté à droite dans les années 80 sous la houlette de Jörg Heider. C’est en 1999 que le FPÖ apparaît sur la scène internationale. Le parti obtient la deuxième place aux législatives et forme une alliance avec les conservateurs du OVP. L’Autriche se retrouve «sous surveillance» européenne. Une surveillance qui ne dure que quelques mois…

Le leader du FPÖ Heinz-Christian Strache confirme le caractère anti-européen du parti ainsi que son combat anti-immigration  En 2006, le FPÖ avait lancé une campagne intitulée «Stoppt den EU-Wahnsinn!» («Non à la folie de l'Europe !») pour un référendum contre l'Union européenne, contre l'adhésion de la Turquie à l'UE et contre l'immigration musulmane. L'objectif était d'obtenir pour cette demande populaire, lancée sous le slogan «Österreich bleib Frei!» («Autriche, reste libre !»).

Le parti a connu un gros problème avec les déclarations de son ex-tête de liste aux Européennes. Andréas Möltzer a en effet dû retirer sa candidature après «des déclarations racistesqui mettaient en danger l'alliance que lui-même avait tissée avec d'autres partis eurosceptiques en quête de respectabilité – dont le Front national français».

Le parti, qui pourrait engranger selon les sondages quelque 20% des voix, pourrait se rapprocher du Front National à travers l'Alliance européenne des libertés, la formation présidée par l'Autrichien Franz Obermayr du FPÖ.

FRANCE
Pour les Européennes, le Front national joue gros. Après son succès aux municipales, le parti de Marine Le Pen pourrait devenir le premier parti de France, devançant l’UMP et le PS… Une première pour ce parti. C'est ainsi que sur la carte européenne de Pollwatch, un organisme qui regroupe sur une carte les tendances de tous les sondages réalisés pour ces Européennes, la France apparaît aux couleurs des non-inscrits (couleur donnée aux partis d'extrême droite qui n'avaient pas de groupe parlementaire dans le précédent Parlement européen).

Marine Le Pen : lancement de la campagne des européennes


Le programme du FN repose sur quelques grandes idées : maîtrise des frontières nationales «de préférence au sein d’une association libre d’Etats européens partageant la même vision et les mêmes intérêts sur des sujets tels que l’immigration ou les règles devant régir les échanges extérieurs et la circulation des capitaux»;  primauté du droit national sur le droit européen ; maîtrise de sa monnaie et de sa politique monétaire. Le FN entend remettre en cause l'Europe «cette coproduction UMPS», selon les mots de Marine Le Pen.