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Adlène Meddi : «1994», année chaotique… en Algérie

Par Géopolis@GeopolisAfrique | Publié le 29/08/2018 à 16H22, mis à jour le 29/08/2018 à 16H35

Adlène Meddi
1994 ou la décennie noire vue du côté des services secrets © DR

Comment narrer l’indicible, évoluer dans la confusion, parler de la décennie noire, rouge sang, de la sale guerre qui a vu la mort de 200.000 Algériens ? Avec «1994» (éditions Rivages), Adlène Meddi a choisi la polyphonie pour dire cette Algérie, violentée par des ambitions voraces. Avec la densité d’un réalisme vertigineux. Un livre puissant, essentiel.


Un puzzle polyphonique, une fresque éclatée, un patchwork éclairant, 1994 (éditions Rivages) donne à voir, à comprendre une époque déraisonnable. La guerre civile, la guerre contre les civils serait peut-être plus appropriée, qui a ensanglanté l’Algérie dix ans durant. Les massacres se suivaient les uns après les autres, les horreurs venant à bout du vocabulaire, par leur banalité répétitive. Adlène Meddi a su prendre le recul nécessaire pour dire l’Histoire avec des histoires puissantes, émouvantes. Toutes ces vies volées, offertes, violées, disent l’Algérie des années 90 avec une encre rouge. Une décennie atteinte d’une paranoïa aigüe. Islamistes, Armée, Sécurité militaire, les marionnettistes tapis dans l’ombre, déserteurs, disparus, bienvenue en Algérie, asile psychiatrique sans thérapeutes.

Porté par un ton rageur, 1994 se lit comme un polar, un roman noir. Le livre convoque un passé qui refuse de se décomposer et un présent sans avenir. Année 1994, année chaotique. Les militants du Front islamique du salut (FIS) avaient pris les armes contre «le pouvoir impie» après l’annulation du second tour des législatives en 1992. L’Algérie est à feu et à sang. Dans le camp d’en face, les groupes se forment et se déforment. C’est la première fois qu’un écrivain algérien raconte l’intérieur de la redoutable et redoutée Sécurité militaire. Avec des officiers ayant droit de vie et de mort.
 
Que sont devenus les libérateurs ? Et leurs enfants ? 1962-1994. Adlène Meddi donne la parole à des lycéens qui avaient choisi de tuer pour ne pas mourir. Justiciers d’un tribunal déserté par la loi. Les fils se dressent contre leurs pères par haine. La révolution, après avoir dévoré ses enfants, a accouché de générations sacrifiées. 1994, un livre coup de poing, coup de cœur.