Eclairage

Sénégal,  République Démocratique du Congo (RDC),  Burkina Faso,  Afrique

«Balai citoyen» et «Y en a marre», deux mouvements citoyens qui suscitent des vocations en Afrique

Par Martin Mateso@GeopolisAfrique | Publié le 17/03/2015 à 17H53, mis à jour le 17/03/2015 à 17H53

«Balai citoyen» «Y en a marre» deux mouvements citoyens africains
Ils sont devenus la bête noire de certains régimes au pouvoir en Afrique. Ce sont des artistes musiciens en guerre contre la mal gouvernance dans leurs pays. Des reggae men burkinabés regroupés au sein de «Balai citoyen» aux rappeurs sénégalais du mouvement «Y’en a marre». Ils suscitent des vocations sur le continent et inquiètent les chefs d'Etat qui veulent se maintenir au pouvoir. 
© Photo AFP¨Ahmed Yempabou Ouoba

Ils sont devenus la bête noire de certains régimes au pouvoir en Afrique. Ce sont des artistes musiciens en guerre contre la mal gouvernance dans leurs pays. Des reggae men burkinabés regroupés au sein de «Balai citoyen» et des rappeurs sénégalais du mouvement «Y’en a marre». Ils suscitent des vocations sur le continent et inquiètent les chefs d'Etat qui veulent se maintenir au pouvoir.


Certains chefs d’Etat en Afrique s’en méfient comme de la peste depuis qu’ils ont fait trembler des régimes réputés inébranlables. Au Burkina, les activistes du mouvement «Balai citoyen» ont été le fer de lance de la «révolution populaire» qui a chassé du pouvoir l’ancien président Blaise Compaoré. Il voulait changer la Constitution pour briguer un troisième mandat.

Au Sénégal, les militants du mouvement citoyen «Y'en a marre» ont battu le pavé pendant plusieurs semaines contre un troisième mandat de l’ancien président Abdoulaye Wade. Ils ont contribué à le faire partir par les urnes au profit d’un candidat de l’opposition.

Militants mouvement «Y'en a marre» à Dakar

Des militants du mouvement sénégélais «Y'en a marre» manifestent contre le président Wade à Dakar, le 16 février 2012. © Photo Reuters/Joe Penney


Un discours qui séduit la jeunesse
Ils ont installé leur quartier général dans la banlieue populaire de Dakar, là où vivent les braves gens dont ils se sentent proches. Le mouvement citoyen «Y'en a marre» est né le 18 janvier 2011. Son objectif: créer une opinion publique forte contre l’élite politique sénégalaise «peu soucieuse des intérêts de la population». Fadel Barro, qui a été arrêté le 14 mars 2015 à Kinshasa, est un des membres fondateurs de ce mouvement. Pour lui, il revient aux peuples africains, et particulièrement aux jeunes, de prendre leur destin en main. «De ne plus laisser des dirigeants téléguidés comme des marionnettes détruire leur pays.»

Un message reçu 5/5 par des milliers de jeunes laissés pour compte par un système dominé par les élites politiques, syndicales et religieuses. Une jeunesse excédée qui en a marre de promesses trahies, de rêves brisées, marre de voir les élites surfer sur la misère des plus faibles. Une jeunesse désemparée qui a voulu crier sa révolte et sa colère à la face du monde, explique Fadel Barro.

Fadel Barro leader mouvement «Y'en a marre» avec Laurent Fabius

Le leader du mouvement sénégalais «Y'en a marre» Fadel Barro avec le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius, à Dakar, le 27 juillet 2012. © Photo AFP


Un mouvement pacifiste pour dénoncer la mal gouvernance
Le mouvement de revendication lancé  en 2011 au Sénégal a eu un large écho en Afrique de l’Ouest francophone et particulièrement auprès des artistes du Burkina Faso. Le 18 juillet 2013, deux musiciens très appréciés à Ouagadougou lancent le «Balais citoyen». L’un fait du reggae, l’autre du rap. Ils militent contre une modification de la Constitution qui interdit au président Compaoré de briguer un nouveau mandat. Le jeune mouvement mobilise la jeunesse sur les réseaux sociaux et appelle à la résistance populaire.

Le succès est au rendez-vous. Là aussi, les initiateurs du mouvement clament qu’un autre Burkina est possible. Fin octobre 2014, le président Compaoré a finalement été chassé par la rue.

Les activistes sénégalais et burkinabés refusent de s’inscrire dans la continuité des printemps arabes. Ils affirment suivre leur propre voie. Mais leur combat a dépassé désormais les frontières de leurs pays. Suscitant beaucoup d’espoir parmi les jeunes Africains.