Afrique du Sud: avec Ramaphosa, les pauvres espèrent accéder à la propriété

Par Laurent Filippi avec Reuters | Publié le 07/06/2018 à 16H55, mis à jour le 10/06/2018 à 16H18

Les Noirs pauvres ont placé tout leur espoir dans le nouveau dirigeant du pays, Cyril Ramaphosa. Celui-ci a promis de redistribuer des terres en zones rurales, mais aussi en zones urbaines, et de donner aux plus démunis des logements. Beaucoup d’entre eux pensent que si Ramaphosa tient ses promesses, l’ANC son parti remportera la victoire aux prochaines élections législatives d'avril 2019.

12 photos de Mike Hutchings et Siphiwe Sibeko illustrent ce propos. Ces clichés ont été pris en mai 2018 à Slovo Park, un quartier informel près de Johannesburg, et dans le Mitchell's Plain, un township du Cap où les Noirs pauvres occupent illégalement des parcelles de terrains et érigent des cabanes sans permis de construire pour pouvoir survivre.

  • Franck Mapara homme 80 ans père neuf enfants
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    Franck Mapara, un homme de 80 ans père de neuf enfants,

    attend depuis près de trente ans de posséder une parcelle de terrain dans un bidonville de Johannesburg. Aujourd’hui, il vit dans une cabane qu’il s’est construit dans le quartier informel de Slovo Park situé dans la zone industrielle de Nancefield, au sud de Johannesburg. Comme lui, «de nombreux Sud-Africains à faibles revenus ont préféré risquer l’insécurité foncière et l’éviction possible en construisant des cabanes dans des quartiers informels car ceux-ci se situent plus près des moyens de subsistance, avec de faibles coûts de location et des frais minimes liés aux services urbains», explique Habitat Worldmap. © Siphiwe Sibeko / REUTERS

  • Il espère que nouveau président Cyril Ramaphosa
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    Il espère que le nouveau président Cyril Ramaphosa,

    arrivé au pouvoir en février 2018 après la démission de Jacob Zuma, va pouvoir tenir ses promesses de redistribuer les terres aux pauvres. Car le nouveau président n’a pas hésité à déclarer: «Sans redistribution de la terre, nous ne construirons pas une Afrique du Sud unie. (...) Sans donner aux pauvres les moyens de cultiver la terre de façon productive, nous ne vaincrons pas la pauvreté.» Mapara n’a aucun doute. Si Ramaphosa tient ses promesses, il mènera à la victoire son parti l’ANC aux élections législatives d'avril 2019. La terre est un problème émotionnel en Afrique du Sud, où les inégalités et les divisions raciales persistent encore, longtemps après la fin de l'apartheid. © Mike Hutchings/REUTERS

  • Si jusque-là débat s’est surtout concentré
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    Si jusque-là, le débat s’est surtout concentré

    sur l'agriculture et les zones rurales, à la suite du Sommet de la terre en mai 2018, Ramaphosa a déclaré que les villes seraient une priorité dans sa volonté de réformer la Constitution pour autoriser l'expropriation sans compensation des terres détenues par des Blancs. «Ramaphosa a promis de redistribuer les terres aux Noirs afin de réparer le ‘’péché originel’’ de la colonisation. Car le problème de la terre est crucial en Afrique du Sud. Détenir une parcelle permet aux pauvres d’obtenir un prêt et de s’insérer dans l’économie, explique «Le Soir». © Siphiwe Sibeko / REUTERS

  • «La question terres est devenue symbole combat
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    «La question des terres est devenue le symbole du combat

    engagé par les Combattants pour la liberté économique (EFF, la gauche radicale) et de l'ANC pour la "transformation radicale de l’économie", toujours contrôlée par les Blancs. Ces derniers possèdent encore 71% des terres agricoles et 49% des superficies urbaines. Alors que plus de 62% des Sud-Africains vivent en ville, la soif de détenir une propriété concerne autant les zones rurales qu’urbaines, notamment les centres villes réservés aux Blancs sous l’apartheid. La ségrégation raciale est aussi spatiale en Afrique du sud», précise la RTBF. © Mike Hutchings/REUTERS

  • L'ANC a été contraint s'attaquer à ce problème
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    L'ANC a été contraint de s'attaquer à ce problème

    en raison de la menace électorale que représente Julius Malema, le chef de l’EEF, qui encourage les Noirs à occuper les terres. Son discours a entraîné des manifestations violentes. Des terrains vacants ont été occupés dans la périphérie du Cap en mars 2018, des voitures ont été brûlées et les manifestants ont lancé des pierres sur la police. © Siphiwe Sibeko / REUTERS

  • De plus l'ANC a perdu quelques grandes zones urbaines
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    De plus, l'ANC a perdu quelques grandes zones urbaines

    lors des élections municipales de 2016. «L’ANC, s’il maintient sa popularité dans les provinces rurales, perd du terrain dans les zones urbaines où de nouvelles couches sociales de jeunes diplômés noirs se sont installées. Pour cette population, le modèle de la réussite sociale n’est plus forcément le héros de la lutte anti-apartheid, mais celui qui a réussi à profiter de l’ascenseur social du Black Economic Empowerment, la discrimination positive. (…) Il semblerait que l’ANC n’a pas su séduire ces nouveaux urbains, plus attirés par le discours lisse et bien modelé par le libéralisme ambiant d’un Msumi Maimane, le dirigeant noir du parti Alliance démocratique (centriste et libéral)», explique «Mediapart».   © Siphiwe Sibeko / REUTERS

  • Un sondage publié en juin
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    Un sondage publié en juin

    par Citizen Surveys, une société de recherche indépendante, a révélé que 38% des personnes étaient plus susceptibles de voter pour l'ANC après que le parti a annoncé des plans de redistribution des terres sans compensation financière. Mais pour les électeurs noirs, ce pourcentage est passé à 51%. Les Noirs représentent 79% de la population totale mais ne possèdent que 1,2% des terres rurales et 7% des terres urbaines. © Siphiwe Sibeko / REUTERS

  • L'ANC est resté évasif sur façon
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    L'ANC est resté évasif sur la façon

    dont il mettra en œuvre son plan, mais certains ont expliqué à Reuters la stratégie de base. Des équipes spécialisées identifieront les terres inutilisées et commenceront à donner aux gens des droits de propriété dans les zones où l'on trouve des emplois plutôt que dans les townships éloignés. Donner aux gens des terres dormantes - dont certaines appartiennent aux gouvernements locaux - ouvrirait la voie à l'expropriation sans compensation, précise «Le Monde». © Siphiwe Sibeko / REUTERS

  • «Les terres urbaines sont fruits à portée main.
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    «Les terres urbaines sont des fruits à portée de main.

    Il y a des terres publiques bien situées qui pourraient être libérées relativement facilement», a déclaré l'expert foncier Aninka Claassens. «Si vous pouviez avoir des personnes pauvres dans les centres villes, dans des logements à bas prix, serait un changement très symbolique», a-t-elle ajouté. Les propriétaires des terres privées ne devraient pas être expropriés avant les élections. Il y a peu de petites parcelles urbaines susceptibles de causer des conflits majeurs avec les propriétaires. Mais le simple fait de mentionner l'expropriation des terres peut faire grimacer les investisseurs, rappelant les saisies de fermes agricoles au Zimbabwe menées par Robert Mugabe et qui ont contribué à mettre à genoux l’économie du pays. © Mike Hutchings/REUTERS

  • Aujourd’hui mauvaise gestion corruption ère Zuma
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    Aujourd’hui, la mauvaise gestion et la corruption de l'ère Zuma

    ont rendu beaucoup de gens nerveux sur la façon dont la question foncière est traitée. Mais de nombreux chefs d'entreprise reconnaissent l'importance de la terre pour les populations, et espèrent que Ramaphosa, favorable aux investisseurs, veillera à ce que les changements ne nuisent pas à la croissance ou à la production alimentaire. «Les entreprises se sont familiarisées avec l'idée d'une réforme agraire accélérée», a déclaré Colin Coleman, directeur de Goldman Sachs South Africa. «Mais elle sont fortement opposés à la multiplication des droits de propriété.» © Siphiwe Sibeko / REUTERS

  • Donner plus terres aux pauvres ne résoudra pas énormes défis
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    Donner plus de terres aux pauvres ne résoudra pas les énormes défis

    auxquels Ramaphosa est confronté: la corruption du gouvernement, le taux de chômage élevé et les demandes incessantes d'emplois, de logements et de services de base. Depuis 1994, l'ANC a construit plus de 3 millions de maisons à bas prix et fourni de l'électricité à 85% des foyers, contre seulement 58% en 1996. © Mike Hutchings/REUTERS

  • Les Sud-Africains pauvres
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    Les Sud-Africains pauvres

    qui vivent dans des bidonvilles, dans des maisons qu'ils ne possèdent pas, alors que les riches en ont de luxueuses avec piscines, ne se sentent pas inclus dans la nation arc-en-ciel voulue par Nelson Mandela. Posséder des terres élimine la menace d'expulsion, permet aux résidents de lever des capitaux et donne aux familles un bien qu'elles peuvent transmettre à la prochaine génération. «Donnez-leur de la terre, ils reprendront espoir. (…) La terre vous donne la dignité. Sans terre, tu n'es rien», a déclaré Lerato Marole, le chef de la communauté de Slovo Park. © Siphiwe Sibeko / REUTERS