Le point sur...

Ghana,  Afrique du Sud,  Afrique,  Afriques

Afrique : la tentation du nucléaire civil pour palier le manque d’énergie

Par Martin Mateso@GeopolisAfrique | Publié le 08/04/2016 à 15H53

Employé sur mine d'uranium d'Arlit au Niger
Un employé de la mine d'uranium à ciel ouvert de Arlit dans le désert nigérien, inspecte des roches contenant de l'uranium qui sert de combustible nucléaire. © Photo AFP/Pierre Verdy

Comment combler le déficit énergétique qui freine la croissance économique et l’emploi en Afrique? A cette question cruciale, certains pays africains n’hésitent plus à parier sur l’atome civil. Seule l’Afrique du Sud possède une centrale nucléaire, mais d’autre pays, comme le Ghana, veulent lui emboîter le pas. Non sans risques.

En 2011, plusieurs pays africains avaient déjà envisagé d’entrer dans l’ère du nucléaire civil. Sur la longue liste dévoilée par la presse figurait bien sûr l’Afrique du Sud, seul pays africain à disposer d’une centrale nucléaire, mais aussi des pays comme l’Algérie, le Maroc, l’Egypte, le Kenya, la Tunisie, l’Angola et le Ghana. Au Nigéria, deux sites auraient déjà été retenus pour la construction de quatre réacteurs nucléaires.
 
Un projet sud-africain pour 60 milliards d’euros
Parmi tous les projets à l’étude, celui de l’Afrique du Sud est particulièrement avancé. Le gouvernement de Jacob Zuma l’a officiellement validé le 27 décembre 2015.
 
Dans une note publiée au Journal officiel, le gouvernement sud-africain a confirmé qu’il s’apprêtait à «lancer un appel d’offres pour la construction de plusieurs réacteurs nucléaires».
 
Objectif, augmenter sa capacité de production nucléaire de 9.600 MW. Cette puissance viendra s’ajouter aux 1830 MW déjà installés dans la centrale de Koeberg. Huit réacteurs nucléaires d’ici à 2023, pour un coût total évalué à plus de 60 milliards d’euros, précise le site Lenergieenquestions.
 
Autre précision annoncée par le Trésor sud africain: le gouvernement a constitué déjà une première provision de 12 millions d’euros pour couvrir les coûts à venir liés à la construction de nouvelles centrales nucléaires. Aujourd’hui, l’Afrique du Sud est fortement dépendante de ses gisements de charbon.
 

Centrale électrique
Centrale électrique à charbon de Lethabo en Afrique du Sud © Photo AFP/Richard Du Toit

Le Ghana veut tripler sa production électrique
Comme l’Afrique du Sud, le Ghana connait de fréquentes coupures d’électricité qui pèsent sur sa croissance économique. Un casse-tête pour la plupart des pays du continent. Aujourd’hui, près de deux tiers de la population vit sans électricité.
 
Alors, le gouvernement ghanéen nourrit de grandes ambitions. Il veut tripler la production électrique du pays en 15 ans, grâce notamment au nucléaire qui est considéré par le ministre ghanéen de l’énergie, comme «une option viable face à la demande sans cesse croissante d’électricité».
 
Le docteur Robert Sogbadji est très enthousiaste. C’est lui qui dirige le département Energie alternatives et nucléaire au ministère ghanéen de l’énergie.
 
«D’ici 2028-2030, le Ghana commencera à produire de l’électricité avec ses propres réacteurs nucléaires», assure-t-il  à Isabelle Mayault sur le site sept.info. Et de préciser qu’à cette date, la production nationale d’électricité aura atteint 8 Gigawatts dont le nucléaire devrait représenter 25%.
 
L’Institut national de recherche nucléaire ghanéen travaille déjà au développement de son premier réacteur avec l’Agence internationale de l’énergie atomique. Reste à trouver le financement, estimé à 5 milliards de dollars pour deux réacteurs nucléaires.
 
La concurrence est rude sur le marché africain du nucléaire
La concurrence est rude entre les firmes des principales puissances nucléaires pour séduire les dirigeants africains.
 
«Le marché africain attire les convoitises des entreprises nucléaires, qui peinent désormais à vendre leur technologie dans les pays du Nord», analyse David Fig, expert nucléaire sud-africain dans un article de Kristin Palitza, publié par Rue 89.
 
En Afrique du Sud, la France, la Chine, le Japon, la Russie, mais aussi le Canada et la Corée du Sud, sont déjà en lice pour remporter le contrat.
 
Quant au Ghana, il pourrait être séduit par les technologies moins coûteuses mises au point par les Chinois et les Coréens. Le gouvernement envisage aussi de faire appel à des investisseurs privés.
 
Travailleurs sud africains sur site nucléaire

Des travailleurs sud africains vérifient des fûts contenant des déchets nucléaires avant de les stocker. © Photo AFP/Guercia Gianluigi


Les risques de catastrophes nucléaires
Il est vrai que l’Afrique regorge de nombreux gisements d’uranium pour le combustible nucléaire, mais la perspective de doter le continent de centrales nucléaires civiles suscite l’inquiétude.

Tous ces pays qui se sont lancés sur la voie du nucléaire civil ne disposent pas de spécialistes ni de compétences nécessaires pour la gestion des sites nucléaires. Selon l’Agence internationale de l’énergie atomique, il faut dix à quinze ans pour former les professionnels dans ce domaine.
 
Comment organiser le stockage des déchets nucléaires? C'est l'autre question qui préoccupe les spécialistes. L’Afrique ne dispose d’aucun centre de traitement. L’Afrique du Sud expédie ses déchets en Europe. Le Ghana voudrait en faire autant.

Après la catastrophe nucléaire de Tchernobyl qui a ravagé l’Ukraine et la Biélorussie en 1986, les scientifiques ont du mal à imaginer la tragédie qui se produirait en cas de surchauffe d’un réacteur sur le continent africain.
 
Les pays africains engagés dans cette course à l’atome affirment être conscients des défis qui les attendent. Le Ghana reconnaît qu’il faudra beaucoup de temps pour disposer d’un personnel compétent. Il compte donc, dans un premier temps, sur le personnel qualifié de l’entreprise qui sera désignée pour construire ses réacteurs, pour gérer son futur site nucléaire.