Afrique: «zémidjan», «twegerane», «louage»... Sacrés transports en commun !

Par Falila Gbadamassi | Publié le 19/03/2017 à 17H14, mis à jour le 07/06/2017 à 10H57

Sur le continent africain, face aux insuffisances de l'offre publique, les transports en commun se sont organisés de façon informelle pour se structurer a posteriori. Les noms de ces véhicules souvent vieillissants, qui ne passent jamais inaperçus surtout du fait des incartades de leurs chauffeurs, racontent souvent les vicissitudes de leurs usagers. Revue de détail.


Ils ont en commun d'être souvent des véhicules de seconde main, bien souvent inconfortables pour le voyageur. En y prenant place, l'usager doit généralement dire adieu aux règles de sécurité les plus élémentaires et aux horaires. Car, pour ce qui est des taxis collectifs, ils ne prennent en principe la route que quand toutes les places sont occupées. Cependant depuis des décennies, les Africains s'en accomodent car le choix reste limité en matière de transport public. Depuis quelques années, les gouvernements ont pris conscience de la nécessité de moderniser l'offre publique et tentent de mettre fin à un secteur organisé mais toujours informel. En attendant, taxis communs et taxis-motos ont encore de beaux jours devant eux.     

  • Nuée «zémidjans» dans environs marché Dantopka à Cotonou au Bénin.
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    Nuée de «zémidjans», dans les environs du marché Dantopka à Cotonou, au Bénin.

    A Cotonou, la capitale béninoise, les «zémidjans» sont incontournables. Le Bénin semble avoir lancé cette mode des taxis-motos que l'on trouve désormais dans beaucoup de capitales africaines. Les conducteurs béninois se distinguent par leur blouse jaune. «Le vocable "gungbe" (une langue nationale du sud-est du Bénin) "zemijan" est formé de trois éléments : "ze" = prends, "mi "= moi et "jan" qui exprime l’idée de brusquerie, et peut en outre signifier secouer et tamiser. Littéralement, zemijan (que l'on écrit souvent Zémidjan, NDLR) signifie  "prends-moi sans précaution, sans ménagement", autrement dit  "prends-moi vite" », explique Noukpo Agossou dans la revue "Autrepart". Leurs conducteurs, dont beaucoup vivent dans des conditions précaires, ne sont pas réputés pour être les plus prudents. Le prix de la course se négocie et le taxi-moto peut transporter une ou plusieurs personnes. Le gouvernement béninois a rendu obligatoire, depuis quelques années, le port du casque mais ce dernier est encore considéré comme accessoire. Depuis le 1er mars 2017, ces taxis-motos sont interdits de circulation sur les voies bitumées de la capitale économique du Bénin, Cotonou. Ils ne sont pourtant pas près de disparaître de la circulation.  © FACELLY/SIPA - Octobre 2009

  • Un «matatu» à arrêt dans centre-ville Nairobi au Kenya.
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    Un «matatu» à un arrêt dans le centre-ville de Nairobi, au Kenya.

    Au Kenya, les «matatus» font partie du paysage. Le nom de ces minibus est dérivé de l’expression en langue kikuyu (l'une des ethnies du pays) «mang otore matatu» qui signifie «30 cents», le prix de la course au début. Les «matatus» se sont vus octroyer le droit de transporter les Kenyans par décret présidentiel en 1973. Mais depuis 2010, une loi envisage le retrait de la circulation de ces véhicules souvent hauts en couleurs. Elle n'a toujours pas été appliquée.    © VILLEMAIN CYRIL/SIPA - 30/12/2015

  • Les «twegerane» attendent leur clients à terminus à Kigali au Rwanda.
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    Les «twegerane» attendent leur clients à un terminus à Kigali, au Rwanda.

    A Kigali, la capitale rwandaise, les autorités municipales ont entrepris depuis 2010 de moderniser l’offre de transport public en remplaçant les «twegerane», terme qui veut dire en kinyarwanda «Asseyons-nous ensemble», par des bus. Selon le quotidien rwandais The New Daily, ces fourgons de 18 places de la marque Toyota Hiace ont eu le monopole absolu du transport public «entre 1970 et 1990». Ces véhicules, qui se distinguent souvent par leurs bandes vertes en pointillé, ne brillent pas par leur confort. Selon le journal, on les appelle ironiquement aussi «Nyakatsi», du nom de la case traditionnelle rwandaise qu'on ne voit presque plus. Relégués désormais à la banlieue de Kigali, les «twegenare» ne sont pas pourtant près de rester au garage.  © Reuters/Thomas Mukoya - 18/02/2008

  • Les «woro-woros» jaunes attendent leurs passagers à Abidjan en Côte d'Ivoire.
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    Les «woro-woros» (jaunes) attendent leurs passagers à Abidjan, en Côte d'Ivoire.

    Dans la capitale ivoirienne, les «woro-woros» (expression en dioula, l'une des 60 ethnies du pays, qui signifie «30 francs - 30 francs», soit le tarif de la course aux origines) et les «gbakas» (désigne en dioula ce qui est dégradé) assurent le transport des résidents aux côtés de moyens de transport conventionnels que sont les bus de la Sotra, la société publique de transports, et les taxis-compteurs. Dans la commune de Cocody, les «woro-woros» sont jaunes. Leur couleur varie selon les quartiers de la ville. © Schalk van Zuydam/AP/SIPA - 26/10/2015

  • Un «car rapide» dans circulation à Dakar au Sénégal.
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    Un «car rapide» dans la circulation à Dakar, au Sénégal.

    «Cars rapides», c’est le nom des minibus qui circulent dans la capitale sénégalaise, Dakar. D’ici 2018, ils devraient être retirés de la circulation afin de moderniser l'offre de transport public. A Bamako ou à Paris, ils ont déjà fait leur entrée au musée.  © Jane Hahn/AP/SIPA - 19/12/2015

  • Un «louage» sur route entre Tataouine Douirette en Tunisie.
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    Un «louage» sur la route entre Tataouine et Douirette, en Tunisie.

    Les «louages» sont des taxis collectifs. «C’est une sorte de camionnette ou de voiture monospace qui fait la navette entre les différents quartiers du grand Tunis», explique-t-on dans un rapport d’expertise publié en 2016 sur le système de transport à Tunis. Les «louages» relient également les villes tunisiennes entre elles.  © Philippe Lissac / Godong / Photononstop

  • Un «esprit mort» à carrefour régulé par robot à Kinshasa en RDC.
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    Un «esprit de mort» à un carrefour régulé par un robot à Kinshasa, en RDC.

    Leur dangerosité a valu à ces minibus Mercedes 207 d’être surnommés «Esprit de mort». «Leurs carrosseries cabossées, maintes fois ressoudées et repeintes, témoignent de multiples aventures que ces engins ont traversé sur les routes de la capitale congolaise mais également bien souvent, au-delà des frontières, notamment en Europe où ils ont eu une vie auparavant», souligne le journal congolais Le Potentiel. Véritables dangers ambulants, ils sont impliqués dans un grand nombre d’accidents de la route. Depuis quelques années, les autorités congolaises ont entrepris de les remplacer en introduisant des autobus de la Société de transport public congolais (Transco) et des minibus de marque Hyundai surnommés «Esprit de vie», cédés à crédit aux transporteurs privés.   © Junior D. Kannah / AFP - 22/01/2014