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Pour l'institution islamique Al Azhar, «le harcèlement sexuel n’a rien à voir avec la tenue de la femme»

Par Eléonore Abou Ez (avec agences)@GeopolisAfrique | Publié le 31/08/2018 à 17H48, mis à jour le 31/08/2018 à 17H48

Manifestation femmes au Caire contre harcèlement sexuel
Manifestation de femmes au Caire contre le harcèlement sexuel en juin 2014 © Ahmed Ismail / ANADOLU AGENCY

Al Azhar, la principale institution de l'islam sunnite basée en Egypte, a sévèrement condamné, le 28 août 2018, le harcèlement sexuel et ceux qui le justifient. Un rappel à l’ordre dans ce pays où cette pratique est devenue monnaie courante.


Regards insistants, remarques obscènes, mains baladeuses, attouchements… En Egypte, les filles et les femmes sont tous les jours confrontées à ce comportement «déviant», comme le souligne la principale autorité de l’islam sunnite. Dans un communiqué officiel  (en arabe), Al Azhar se réfère au Coran pour rappeler que l’islam interdit formellement le harcèlement et impose le respect des femmes.
 
Certains blâment les femmes  
L’intervention d’Al Azhar «répond à une récente tendance sur les réseaux sociaux justifiant le harcèlement sexuel en rejetant la faute sur les femmes non voilées», explique le correspondant de RFI au Caire. Après la multiplication des incidents durant la fête musulmane de l’Adha, l’institution religieuse s’est exprimée pour la première fois sur cette question d’une manière explicite. «La tenue vestimentaire de la femme ou son comportement ne doit en aucun cas justifier un tel acte» qui constitue «une atteinte à la dignité et la liberté».
 
Des propos dissuasifs ?
La condamnation de l’institution religieuse suffira-t-elle à faire reculer le harcèlement sexuel? Pas si sûr, au vu de l’ampleur du phénomène en Egypte, où près de 60% ont été victimes de harcèlement, selon l’ONU. Une étude publiée en 2017 montre que les trois-quarts des hommes interrogés estiment que les femmes s’habillant d’une manière «provocante» méritent d’être harcelées.

En 2014, l’Egypte a adopté une loi criminalisant le harcèlement sans grand effet sur le terrain. Très peu d’hommes ont été condamnés et les rares femmes qui ont osé dénoncer leurs agresseurs sont souvent elles-mêmes inquiétées par la justice.