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Albinos du Malawi, du Burundi et de Tanzanie : les meurtres rituels continuent

Par Martin Mateso@GeopolisAfrique | Publié le 06/06/2016 à 17H57, mis à jour le 06/06/2016 à 19H49

Bébé albinos sa maman au Malawi 2015
Une mère avec son bébé albinos au cours d'une journée de sensibilisation à l'albinisme, le 27 Juin 2015 dans le district de Mulanje, au Malawi. © Photo AFP/Erico Waga

La justice malawite avait été saisie par trois clients mécontents. Ils dénonçaient l’usage d’organes d’albinos dans les pratiques magiques. Le verdict est tombé le 2 Juin 2016. Le Malawi a interdit à tous les sorciers et guérisseurs traditionnels d’exercer. La Tanzanie avait déjà interdit ces pratiques en 2015. Mais le combat est loin d’être gagné pour sauver les albinos d’Afrique.

Les Nations Unies ont dû lancer un cri d’alarme. «La situation des albinos constitue une urgence, une crise inquiétante vu ses proportions», a indiqué Ikponwosa Ero, une Nigériane, elle-même albinos et experte du Conseil des droits de l’Homme de l’ONU.
 
Elle a enquêté pendant douze jours au Malawi. Dans ce pays, la police a enregistré 65 attaques, enlèvements ou meurtres d’albinos depuis fin 2014.
Le 30 avril 2016,  le corps d’une femme albinos de 30 ans avait été découvert quelques heures après avoir été poignardée dans le dos et à l’abdomen. On lui avait retiré les seins et les yeux.
 
«Les albinos ne sont même pas en paix lorsqu’ils sont morts, car leurs tombes sont profanées», a constaté l’experte de l’ONU.
 

Ikponwosa Ero albinos experte Conseil droits l'Homme

Ikponwosa, albinos nigériane et experte du Conseil des droits de l'Homme de l'ONU, lors de sa conférence de presse le 29 Avril 2016 au Malawi. © Photo AFP/


Victimes d’une véritable chasse à l’homme
Ils sont 10.000 au Malawi à souffrir de cette maladie génétique, qui se traduit par une absence de pigmentation dans la peau, le système pileux et l’iris des yeux.
 
Leurs membres et leurs os sont utilisés pour des rituels, censés apporter richesse et pouvoir. D’où cette chasse à l’homme dont ils sont victimes à travers le Malawi.
 
«Différentes tombes ont été ouvertes et la police a capturé un certain nombre de personnes en possession d’os et d’autres parties de corps d’albinos», confirme Martin Chiphwanya, coordinateur de la Commission justice et paix de la Conférence des évêques du Malawi, qui tire aussi la sonnette d’alarme.
 
La vente d’organes d’albinos est lucrative. Elle va de quelques centaines de dollars pour un os ou un organe, jusqu’à plusieurs milliers de dollars pour un corps entier.
 
L’église catholique du Malawi demande que ces pratiques criminelles soient sanctionnées avec la plus grande fermeté. Elle préconise une collaboration entre les pays africains confrontés à cette tragédie.
 
Traque des albinos en Tanzanie et au Burundi
En Afrique subsaharienne, plusieurs autres Etats sont confrontés à la question des albinos. C’est le cas du Kenya et du Mali. Mais c’est surtout au Burundi et en Tanzanie que les chasseurs d’albinos font des ravages.
 
La dernière victime au Burundi a été enregistrée en mars 2016 dans le nord du pays: une fillette de 5 ans, kidnappée, puis tuée et démembrée par des inconnus. Alertés par la famille, les voisins se sont lancés à la poursuite des assaillants. Mais il était déjà trop tard. La fillette a été retrouvée morte, un  bras manquant.
 
Selon la justice burundaise, les auteurs des meurtres d’albinos commis dans le pays récupèrent leurs organes pour les expédier en Tanzanie.  Là bas, ils servent à confectionner des amulettes, censées apporter la richesse ou des succès électoraux.
 
«Il y a clairement des gens en politique qui recherchent ce genre de concoctions. Les gens sont prêts à tuer des albinos parce qu’ils pensent que cela leur portera  bonheur», explique Issac Mwaura, un député kenyan lui-même albinos. Selon lui, certains criminels viennent de la Tanzanie voisine pour kidnapper des albinos au Kenya.
 
Femmes tanzaniennes leurs bébés albinos
Deux femmes tanzaniennes portent leurs enfants albinos dans le dos le 5 Mai 2014 à Dar es Salaam. En 2015, la Tanzanie a interdit la pratique de la sorcellerie pour protéger ses albinos.
© Photo AFP/Bunyamin Aygun/Milliyet Daly

«En finir avec les meurtres des albinos»
En Tanzanie, l’ONU a dénombré 70 victimes albinos, tuées depuis 2000.
En janvier 2015, les autorités ont décidé de stopper le carnage en lançant la campagne «En finir avec les meurtres d’albinos». Le gouvernement a donc interdit la pratique de la sorcellerie sur l’ensemble du territoire.
 
«Nous voulons nous attaquer aux enlèvements et aux meurtres d’albinos une fois pour toutes», a assuré le ministre tanzanien de l’intérieur, Mathias Chikawe.
 
Depuis janvier 2015, la police tanzanienne a lancé une vaste opération visant à mettre fin aux mutilations et aux meurtres des albinos. Plus de 200 sorciers ont été arrêtés dans plusieurs régions du pays. Ces arrestations ont permis de traduire une centaine de personnes devant la justice.
 
Le combat est loin d’être gagné
Au Malawi comme en Tanzanie, le combat est loin d’être gagné. La nouvelle législation tanzanienne n’a pas permis d’empêcher la poursuite de ces pratiques, très ancrées dans les traditions. Des hommes armés ont coupé la main d’un enfant albinos de six ans après l’avoir agressé. En février 2015, un bébé de 18 mois a été enlevé avant d’être retrouvé, amputé de ses jambes et de ses bras.