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Algérie : 20 avril 1980, le premier Printemps arabe est berbère

Par Mohamed Berkani@GeopolisAfrique | Publié le 19/04/2016 à 16H25

Ferhat Mehenni
Ferhat Mehenni, du mouvement pour l'autonomie de la Kabylie (MAK), présente son mouvement, le 8 août 2009 à Corte (Corse, France). © Stephan Agostini

La célébration du 36e anniversaire du Printemps berbère est placée sous haute surveillance. Les autorités redoutent la manifestation. Les autonomistes du MAK (Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie) entendent en faire une démonstration de force. Un face-à-face tendu.


En déplacement à Constantine, le Premier ministre algérien Abdemalek Sellal, sans citer le MAK (Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie), a mis en garde les autonomistes. «L’unité nationale est une ligne rouge à ne pas franchir et elle ne doit en aucune façon être sujet de marchandage. L’Algérie demeure un pays uni qui ne pourra jamais être divisé comme espèrent certaines parties. Cela n’arrivera jamais et le peuple algérien fera face à toute personne qui touchera à cette unité.» Les autonomistes du MAK, eux, veulent faire du 36e anniversaire du Printemps berbère une opportunité pour réclamer «le divorce avec l’Algérie».

Vidéo mise en ligne le 14 mai 2012

Le quotidien Liberté s’étonne de la volonté du régime de faire du MAK un «abcès de fixation». «L’histoire a démontré que le régime algérien a toujours besoin d’un ennemi, bien souvent imaginaire et parfois réel, pour tenter de se maintenir lorsqu’il se sent en danger. Aujourd’hui, visiblement, ce sont ces mêmes vieux démons d’un régime éternellement à la recherche d’une légitimité qu’il n’a pas qui se réveillent», analyse l’éditorialiste.
 
Le Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie réclame désormais l’indépendance de la région, une séparation formelle avec l’Algérie. «L’Algérie, de par sa création coloniale, ne peut vivre qu’en tant que dictature. Il faut dépasser l’Algérie pour vivre enfin la liberté. Tant que l’Algérie est là, il n’y aura ni autonomie ni fédéralisme, il n’y aura que la dictature. L’Algérie est l’obstacle majeur à la démocratie pour nos peuples», affirmait en juillet 2015 à Algérie Focus, Ferhat Mehenni, président du Gouvernement provisoire kabyle.
 
Les partis traditionnels implantés en Kabylie (Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) et le Front des forces socialistes (FFS) refusent ce face-à-face tendu entre le pouvoir central et le MAK. Ce 20 avril 2016, les autonomistes organisent des marches séparées dans trois wilayas (préfectures). Objectif : rassembler plus de monde.
 
Le 20 avril 1980, les forces de sécurité investissent l’université de Tizi Ouzou (chef lieu de la Kabylie) pour briser un mouvement de grève suite à l’annulation d’une conférence de l’écrivain Mouloud Mammeri sur la poésie kabyle. Deux visions s’affrontent : le jacobinisme centralisateur d’Alger contre le fédéralisme prôné d’abord par le leader du FFS, Hocine Aït Ahmed. Aujourd’hui, le MAK a décidé d’aller plus loin en réclamant l’indépendance. Les autorités ont massé de nombreuses forces de l’ordre pour canaliser les manifestations de cet  anniversaire.