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Algérie : appel à la destitution du président Bouteflika, l’armée s'y oppose

Par Géopolis@GeopolisAfrique | Publié le 08/09/2017 à 17H17

Le président algérien Abdelaziz Bouteflika en 2014
Le président algérien Abdelaziz Bouteflika en 2014. © CITIZENSIDE/FAYCAL NECHOUD / AFP

Le camp présidentiel écarte toute idée d’élection présidentielle anticipée. De hauts responsables politiques de premier plan ont fustigé ceux qui demandent l’application de l’article 102 de la Constitution (destitution du président Abdelaziz Bouteflika à cause de son état de santé). Pour le régime, l’opposition cherche à plonger l’Algérie dans une «aventure dangereuse».

Sur les réseaux sociaux algériens, le texte le plus partagé est un chiffre : 102. Des partis politiques d’opposition et des membres actifs de la société civile appellent à appliquer l’article 102, et donc à destituer le président algérien Abdelaziz Bouteflika pour raison de santé. Que dit l’article 102 ? Il stipule que «lorsque le Président de la République, pour cause de maladie grave et durable, se trouve dans l'impossibilité totale d'exercer ses fonctions, le Conseil constitutionnel se réunit de plein droit, et après avoir vérifié la réalité de cet empêchement par tous moyens appropriés, propose, à l'unanimité, au Parlement de déclarer l'état d'empêchement».


«Santé ordinaire»
Pour le camp présidentiel, le débat n’a pas lieu d’être, le président jouissant d’une «santé ordinaire». «Le président Bouteflika va bien. Sa santé est ordinaire. Si vous dites bonne, vous ouvrez la voie au doute. Je le dis et le répète en tant que médecin, sa santé est ordinaire. Il assume pleinement ses responsabilités en tant que Premier magistrat du pays d’une manière normale», s’emporte le secrétaire général du FLN. Et de s’en prendre aux médias : «Laissez le Président tranquille !».

Abdelaziz Bouteflika, âgé de 80 ans et malade, à la tête de l’Algérie depuis le 27 avril 1999, ne s’est pas adressé à son peuple depuis des années. Il a été victime en 2013 d'un AVC qui a affaibli sa  mobilité et sa faculté d'élocution. Son état de santé fait état, régulièrement, de supputations.




«Appliquer l’article 102»
Pour une partie de l’opposition, a contrario, il y a lieu de s’interroger sur les capacités du président algérien à assumer ses prérogatives. Comme chefs de file, Soufiane Djilali, leader de Jil Jadid (Nouvelle Génération) et l’ancien ministre et redoutable polémiste Nouredine Boukrouh. Sur les réseaux sociaux, le mot-dièse (hashtag) «article 102 » est le plus partagé. 






Ni destitution, ni élections anticipées. «S’agissant de la légitimité de la présidence, haute institution dans la pyramide de l’Etat, celle-ci a été bel et bien tranchée définitivement lors de la présidentielle de 2014», tranche le président du Sénat.




«Appel à la grande muette»
«A chaque fois que le pays est en butte à une profonde crise politique, des voix s’élèvent priant l’armée d’intervenir pour le sauver de l’effondrement. Un sempiternel appel à l’adresse de la grande muette pour rompre le silence et venir au secours d’une société bâillonnée et qui serait incapable à elle seule de stopper la dérive», relève le quotidien El Watan.  



L'Armée nationale populaire (ANP) se dit légitimiste et refuse d’intervenir. En réponse à «tous ceux qui, en secret, ouvertement ou implicitement, réclament l'intervention de l'Armée», la grande muette répond, à travers sa revue El Djeich, qu’elle «demeurera une armée républicaine, engagée à défendre la souveraineté nationale et l'intégrité territoriale et à préserver l'indépendance du pays. Une armée qui ne se départira pas de ses missions constitutionnelles qu'elles qu'en soient les conditions et les circonstances».