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Algérie: le jeûne du ramadan et les maladies chroniques sont incompatibles

Par Dominique Cettour-Rose (avec AFP)@GeopolisAfrique | Publié le 13/06/2018 à 11H45, mis à jour le 13/06/2018 à 15H04

Un homme lit Coran dans mosquée d'Alger pendant Ramadan.
Un homme lit le Coran dans une mosquée pendant le mois sacré du Ramadan à Alger, en Algérie, le 27 mai 2018. © Billal Bensalem / NurPhoto

Les personnes atteintes de maladies chroniques sont exemptées de jeûne par le Coran pendant le mois sacré du ramadan. Or, aux urgences d'Alger, la moitié des patients sont des diabétiques souffrant de complications liées à cette privation de nourriture, selon l'agence d'Etat APS. Certains n'hésitent pas à mettre leur vie en danger bravant l'avis des médecins.


Un malade est-il tenu de jeûner pendant le mois de ramadan? Absolument pas, d'après une fatwa émanant du ministère algérien des Affaires religieuses: «Le jeûne nuisible au jeûneur est haram» (illicite). Cette voie est d'ailleurs suivie par le ministère de la Santé algérien qui, soutenu par des associations, mène depuis plusieurs années à travers l'Algérie une campagne de sensibilisation à laquelle sont associés des médecins, nutritionnistes et imams. 

Celle-ci s'adresse particulièrement aux quatre millions de diabétiques, soit environ 10% de la population algérienne. C'est l'occasion pour eux de s'informer sur les règles médicales à prendre en compte avant de décider d'entreprendre un mois de jeûne et d'éviter ainsi de potentielles complications. Les malades souffrant de diabète de type 1, dépendants à l'insuline, «ne peuvent en aucun cas jeûner», explique le Dr Mohamed Laïfa, diabétologue. Les diabétiques de type 2, qui sont 82% à suivre le ramadan, sont tenus de surveiller attentivement leur glycémie et de se nourrir immédiatement, «même une minute avant la rupture du jeûne», dès que leur taux glycémique franchit un certain seuil, poursuit le médecin. Le risque de tomber en hypoglycémie s'avère être extrêmement dangereux, voire mortel pour eux.

Le ramadan, l'un des 5 piliers de l'islam, impose aux musulmans de s'abstenir de s'alimenter et de boire du lever au coucher du soleil. Idem pour la prise de médicaments, cigarettes et les relations sexuelles. En Algérie comme dans de nombreux pays du Maghreb, ce rituel a une dimension au moins autant collective et sociale que spirituelle. Les patients les plus âgés ont du mal à bouleverser leurs pratiques et leurs habitudes alimentaires et passent souvent outre les recommandations médicales, à leurs risques et périls.


«Laissez-moi jeûner, quitte à mourir»
«Des malades sont prêts à sacrifier leur santé et même leur vie pour jeûner», regrette pour sa part Fayçal Ouhadda, président d'une association de diabétiques de la région d'Alger, assurant avoir entendu certains dire: «Laissez-moi jeûner, quitte à mourir». Outre le diabète, le jeûne du ramadan représente un danger pour des personnes souffrant de pathologies chroniques comme l'hypertension artérielle, l'épilepsie ou les ulcères gastriques.
 
Syncopes, thromboses, infections, coma, attaques cérébrales, infarctus: les risques médicaux se sont accrus ces dix dernières années. Le ramadan – calculé selon le calendrier lunaire – est tombé cette année encore en pleine saison chaude, notamment en Algérie où le jeûne quotidien dure une quinzaine d'heures par des températures avoisinant ou dépassant les 30 degrés.

Moins d'hospitalisations en 2018
En 2018, le nombre de personnes hospitalisées pour des malaises pendant le ramadan a baissé, relève toutefois M.Ouhadda. La conséquence, selon lui, d'une meilleure «sensibilisation» des malades, mieux informés donc plus attentifs à leur santé.

Pendant le ramadan en Algérie, tous les restaurants et cafés sont fermés dans la journée. Mais si interrompre le jeûne avant la fin du ramadan n'a rien d'illégal, cela est mal vu et souvent considéré comme une provocation pouvant entraîner des réactions de réprobation, voire des insultes.