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Algérie: le Premier ministre Ahmed Ouyahia sur la sellette

Par Pierre Magnan@GeopolisAfrique | Publié le 16/01/2018 à 09H24, mis à jour le 17/01/2018 à 13H56

Le Premier ministre algérien Ahmed Ouyahia
Le Premier ministre algérien Ahmed Ouyahia, le 8 janvier 2018. © Billal Bensalem / NurPhoto

Le 23 décembre 2017 était signée une Charte du partenariat public-privé (PPP). «Nous faciliterons l’ouverture du capital des petites et moyennes entreprises publiques dans le cadre de la législation en vigueur», avait alors indiqué le Premier ministre, Ahmed Ouyahia. Aujourd’hui, la présidence revient sur cette décision et affirme que seul Abdelaziz Bouteflika peut procéder à une privatisation.


Le Premier ministre savait-il qu'il allait provoquer une tempête en annonçant la possibllité d'ouverture du capital des entreprises publiques, après un accord sur la question entre le syndicat principal algérien et les représentants des entreprises? En tout cas, cette annonce a été remise en cause de façon claire et précise le 14 janvier 2018. «Aucune privatisation ou ouverture de capital des entreprises nationales ne sera faite sans l'accord du président de la République. Ce sont ses prérogatives», a assuré le 14 janvier le ministre de l'Industrie Youcef Yousfi.

Le site Algérie1 a publié une «directive présidentielle» adressée aux ministères algériens, «qui subordonne désormais tout projet d'ouverture du capital (...) à l'accord préalable» du président de la République.

«C'est un rappel à l'ordre du chef de l'Etat à son Premier ministre», analyse un député de la gauche algérienne. Mais quelles que soient les raisons de ce couac politique, il montre qu’au sommet de l’Etat algérien les décisions ont du mal à se prendre et que des oppositions existent entre les différents partis au pouvoir. Et notamment entre le FLN, le parti historique de l'indépendance, majoritaire, et le RND d'Ahmed Ouyahia avec qui il partage le pouvoir. 


«Le secrétaire général du FLN, Djamel Ould Abbès, poursuit sa "croisade" contre le Premier ministre et patron du RND, Ahmed Ouyahia», affirme Algeriemondeinfos. Avant que la présidence n'intervienne sur ce dossier des privatisations, le FLN avait même mis sur pieds une réunion destinée à «juger notamment l’action du Premier ministre, Ahmed Ouyahia, et à voir s’il a respecté le programme du président Bouteflika». Ambiance au sein de l'équipe gouvernementale...

Pourtant, Ahmed Ouyahia est loin d'être un novice en politique, bien au contraire, après avoir participé à nombre de gouvernements et avoir collaboré à la présidence de la République. «Théoriquement, le Premier ministre, connu pour être un responsable attaché au respect de la voie hiérarchique, consulte le président de la République sur toute démarche qu’il entreprend. Que s’est-il passé cette fois-ci? Les canaux de communication sont-ils bloqués?», s'interroge le site TSA.

Le FLN a toujours dit qu’il était opposé aux privatisations. «Le FLN veut préserver, garder et protéger le secteur public stratégique. Toutes les entreprises stratégiques sont intouchables. C’est une position irréversible. C’est le serment de Novembre. Cela concerne autant Sonatrach et Sonelgaz que l’ENIE, l’ENIEM, PMA Constantine et SNVI. Tout cela est sacré pour le FLN. C’est protégé par la Constitution. Notre président de la République et président du parti protège également le secteur public», a déclaré Ould Abbes, Secrétaire général du FLN. Derrière les positions de principe rarement respectées, des débats de fond existent sans doute sur la politique économique à mener. Mais ici le couac sur les privatisations semble avant tout politique.

La présidentielle de 2019 en vue
«Pour les observateurs, il y certainement quelque chose qui se trame au sommet du pouvoir. Sans nul doute, cette animosité de Djamel Ould Abbas à l’égard d’Ahmed Ouyahia a un lien avec le prochain scrutin présidentiel», note Algeriemondeinfos. «Ayant un œil sur la présidentielle de 2019, Djamel Ould Abbès confirme, à nouveau, qu’il veut barrer la route d’El Mouradia (le siège de la Présidence, NDLR) au secrétaire général du RND», ajoute El Watan. L'après Bouteflika serait déjà d'actualité.

Cette tension au sommet de l’Etat se fait sur fond de crise sociale… et économique. Les difficultés nées de la chute des revenus du pétrole rendent urgentes les mesures de réorientation économique, mais aussi mettent la pression sur le pouvoir toujours à la merci de manifestations de colère.


En attendant, face aux attaques du FLN, officiellement relayées par une présidence de la République toujours aussi discrète, le Premier ministre et patron du RND, garde le silence. Mais cela pourrait ne pas durer. En effet, Ahmed Ouyahia aura à présider la réunion du Conseil national du RND, les 18 et 19 janvier. «Selon toute vraisemblance, le Secrétaire général du RND va laisser libre cours à sa pensée et sa conception des choses par rapport aux dernières attaques et avalanches qu'il vient de subir de la part de ses "amis" au sein de l'alliance présidentielle», note L’Expression. Il aura sûrement en tête que son prédécesseur, Abdelmadjid Tebboune, au poste de Premier ministre n'avait tenu que trois mois... «Les tractations de ces jours-ci rappellent étrangement les séquences qui ont précédé la chute brutale du gouvernement Tebboune. Ce sont, à peu près, les mêmes acteurs, qui ont forcé le destin de Tebboune, qui se remettent au travail pour affaiblir Ouyahia, voire précipiter son renvoi», note La Liberté (dont le caricaturiste vedette, Dilem, s'est emparé de l'affaire)

Dilem dans Liberté
Dessin de Dilem dans la Liberté sur la crise gouvernementale liée à la parole présidentielle... © Dilem https://www.liberte-algerie.com/dilem/dilem-du-17-janvier-2018