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Algérie: les constructeurs automobiles étrangers débarquent

Par Laurent Ribadeau Dumas@GeopolisAfrique | Publié le 28/07/2017 à 16H40, mis à jour le 28/07/2017 à 16H55

Dans l'usine Renault d'Oued Tlelat près d'Oran en Algérie novembre 2014
Dans l'usine Renault d'Oued Tlelat, près d'Oran, en Algérie, le 10 novembre 2014. © REUTERS - Louafi Larbi

Le constructeur allemand Volkswagen a inauguré le 27 juillet 2017 une usine d’assemblage de voitures en Algérie, pays souvent présenté comme le deuxième marché automobile du continent africain après l’Afrique du Sud. Une installation qui intervient après l’arrivée d’autres sociétés étrangères, à commencer par Renault. Analyse.


Pour s’implanter en Algérie, Volkswagen est associé au groupe Sovac, un concessionnaire local. La nouvelle usine du premier constructeur mondial, installée à Relizane (300 km à l’ouest d’Alger), représente un investissement de plus de 170 millions. Elle peut produire jusqu’à 200 véhicules par jour.

«Le continent africain offre de grandes opportunités de développement pour le groupe Volkswagen. (…) Nous apportons des technologies de pointe en Afrique, notamment avec la Golf», a déclaré le patron de la marque Volkswagen, Herbert Diess.

Avantages du marché algérien
«Sur le papier, l’Algérie a tout pour attirer des usines: le pays est le deuxième marché du continent après l’Afrique du Sud ; il dispose d’infrastructures portuaires, routières et ferroviaires solides pour assurer une logistique performante; et il bénéficie d’un Etat fort, qui fait respecter les règles qu’il édicte, notamment en matière d’importation et de frais de douanes – ce qui est loin d’être le cas ailleurs en Afrique», notait Jeune Afrique en juin 2016.

Des avantages qui expliquent la présence de Renault, leader sur le marché, à Oued Tlelat (nord-ouest) depuis 2014. De son côté, le sud-coréen Hyundai s’est installé à Tiaret (nord-ouest). L’allemand Daimler a ouvert des usines à Rouiba (banlieue d’Alger) et à Tiaret (nord-ouest). Et malgré un premier échec en 2016, PSA est toujours en pourparlers avec Alger pour l’implantation d’une usine. L’italien Fiat et les japonais se disent, eux aussi, intéressés.

«Tous les ingrédients sont là pour un marché dynamique», note un représentant de Renault cité par Jeune Afrique. A terme, le gouvernement mise sur une production annuelle de 500.000 unités, tous types confondus, dès 2019. Une production qu’il aimerait bien exporter en partie.

Le drapeau algérien devant logo Volkswagen
Le drapeau algérien devant le logo de Volkswagen lors de la signature d'un protocole d'accord entre les deux parties le 27 novembre 2016 à Alger. © AFP - RYAD KRAMDI

Quotas d’importation
Pour autant, VW arrive «dans un contexte protectionniste très restrictif», analyse La Tribune.

De fait, confrontées à des importations massives de voitures, les autorités algériennes ont décidé de fixer des quotas de plus en plus bas: 152.000 unités achetées à l’extérieur en 2016, seulement 83.000 prévues en 2017. Grâce à cette mesure, la facture d'importation dans le secteur automobile, qui était de 7,6 milliards de dollars en 2012, n'a pas dépassé le milliard de dollars en 2016 (environ 0,9 million d'euros), selon le ministère du Commerce.

Cette facture était devenue «insoutenable et dangereuse pour les équilibres extérieurs du pays», affirme l'économiste Abdelatif Rebah, cité par l’AFP. Notamment en raison de la chute des prix du pétrole, principale source de revenus du pays. L’économiste rappelle qu'en «une quinzaine d'années, l'Algérie a importé plus de quatre millions de véhicules pour près de 25 milliards de dollars, sans compter la facture d'importation des pièces de rechange». Selon l'Office national des statistiques, le parc automobile a doublé en 20 ans (1995-2015), passant de 2,7 à 5,5 millions de véhicules, accompagnant un boom de la population.

En restreignant les importations, les autorités entendent mettre sur pied une industrie locale. Elles ont ainsi exigé des concessionnaires-importateurs qu’ils se lancent dans des activités industrielles ou semi-industrielles.

Juste avant l’inauguration de la nouvelle usine de Volkswagen, le ministre de l’Industrie et des Mines, Mahdjoub Bedda, a tenu à rappeler les règles du jeu dans une interview au site TSA: «On ne veut pas bloquer les projets, mais lutter contre les formes d’importation déguisée. Nous avons constaté que les concessionnaires n’ont pas respecté leur engagement. On les relance pour qu’ils s’alignent sur le cahier des charges que nous sommes en train de revoir. On est là pour aider ceux qui veulent travailler pour réaliser "le Made in Algeria".» Un avertissement sans frais aux constructeurs étrangers et aux professionnels algériens.

Message bien reçu
Un message apparemment reçu cinq sur cinq par les professionnels. «La fabrication ou le montage de véhicules, c’est juste un moyen pour nous. Ce qui nous intéresse, c’est la pièce de rechange et on ne le fera pas que pour le marché local», a ainsi expliqué le patron de Sovac, partenaire de VW au journal El Watan. Et d’ajouter  «Notre objectif est de transformer notre entreprise d’importatrice de véhicules en entreprise exportatrice de pièces de rechange.» 

Sur rue très passante d'Alger 1er février 2017
Sur une route passante d'Alger le 1er février 2017 © AFP - STRINGER

Dans son interview, Mahdjoub Bedda fait allusion au bas «taux d’intégration», en clair au taux de pièces fabriquées en Algérie. Un élément que le gouvernement a prévu de faire passer de 40 à 50% dans les prochaines années, ce qui, s’il est atteint, permettra de réduire les importations. Actuellement, les pièces produites sur place représenteraient moins de 15% chez Daimler et 20% chez Renault, qui cite, lui, le chiffre de 30%.

Au-delà, quelles sont les retombées des installations étrangères, notamment en matière d’emploi? Selon VW, la nouvelle unité de Relizane «sera génératice à terme de 1800 emplois directs et 3500 emplois indirects».

Mais les spécialistes ont du mal à s’entendre sur le sujet. «Conséquence de décennies de désindustrialisation (...) au profit de l'import-import, le niveau de développement technologique dans notre pays ne peut assurer actuellement une sous-traitance suffisante et de qualité», affirme l’économiste Abdelatif  Rebah. Un avis que ne partage pas l’expert Réda Hamrani, cité par l’AFP: «Le montage lancé, l'intégration suivra d'elle-même car les lois du marché prévaudront par la suite», avance-t-il. L’avenir tranchera.