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Allemagne : les limites de l’«effet Schulz» dans le Land de Sarre

Par Laurent Ribadeau Dumas@GeopolisFTV | Publié le 27/03/2017 à 17H45, mis à jour le 27/03/2017 à 17H45

Le président SPD Martin Schulz au siège parti à Berlin 27 mai 2017
Le président du SPD, Martin Schulz, au siège du parti à Berlin le 27 mai 2017. L'heure du doute après l'élection régionale en Sarre... © REUTERS - Hannibal Hanschk

La CDU (chrétiens-démocrates) de la chancelière Angela Merkel a largement remporté l’élection régionale en Sarre avec 40,7% des voix. A gauche, les sociaux-démocrates du SPD tablaient sur un «effet Schulz», leur nouveau président, qui ne s’est pas produit: ils n’obtiennent que 29,6% des voix. Les sondages se sont donc trompés. Et Angela Merkel retrouve des couleurs. A six mois des législatives.

Les enquêtes d’opinion créditaient la CDU de 35 à 37% des voix. Tandis qu’ils donnaient 32 à 34% des intentions de voix au SPD. Mais patatras ! Les électeurs en ont décidé autrement… «L’effet Schulz est visiblement plus important sur les sondeurs que sur les électeurs», peut ainsi écrire la Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ), non sans ironie. Qui ajoute cependant: «Peut-être les sondeurs n’avaient-ils pas tout faux. Peut-être les électeurs ont-ils fait un autre choix en dernière minute sous la pression de leurs enquêtes»

Le SPD a même reculé par rapport à 2012: il avait alors obtenu 30,6% des suffrages. «Le même principe s’applique en Sarre et au niveau fédéral: nous voulons être le parti le plus fort», déclarait Martin Schulz, triomphalement élu candidat du parti à la chancellerie, juste avant le scrutin. L’ancien président du Parlement européen était peut-être un peu présomptueux.

Facteurs locaux
Certes, la Sarre ne représente que 1% de la population allemande. Et il faut tenir compte de facteurs locaux. La victoire de la CDU «est liée avant tout à la personnalité d’Annegret Kramp-Karrenbauer, ministre-président (de ce Land) depuis six ans et qui y est extrêmement populaire», note l’hebdomadaire Die Zeit. Visiblement, sa popularité dépasse les frontières de la Sarre car celle qu’on appelle la «Merkel de la Sarre» est parfois présentée comme une possible successeure de la chancelière…

En 2016, cette dernière avait essuyé une série de revers lors d’élections régionales. Défaites souvent attribuées à sa politique migratoire, et qui avait notamment montré une poussée du parti d’extrême droite AfD.  

«Cette fois, (le) facteur (migratoire) n’a apparemment joué aucun rôle, comme le montre le résultat modeste de l’AfD» (6,2%), poursuit Die Zeit. «Et le fait que (Mme) Kramp-Karrenbauer ait toujours loyalement suivi la politique (de Mme Merkel) en la matière, ne lui a apparement pas nui non plus.»

La ministre-présidente Sarre Annegret Kramp-Karrenbauer Angela Merkel

La ministre-présidente de Sarre, Annegret Kramp-Karrenbauer, et la chancelière Angela Merkel en réunion électorale à Saint Wendel (Sarre) le 23 mars 2017.  © REUTERS - Ralph Orlowski


Test national
Dans le même temps, les résultats de ce scrutin régional sont un test national pour mesurer la capacité réelle des sociaux-démocrates à menacer la chancelière lors des législatives du 24 septembre 2017. Alors que ceux-ci se traînaient en début d’année à 15 points des chrétiens-démocrates, ils sont désormais au coude-à-coude avec leurs adversaires (et néanmoins partenaires en coalition au niveau fédéral !). L’arrivée à leur tête de Martin Schulz, plus ancré à gauche que ses prédécesseurs, n’y est pas pour rien.

«Il s’agit d’un résultat qui donne du courage à la CDU», a souligné le bras droit d’Angela Merkel à la chancellerie, Peter Altmeier. Et ce alors que certaines têtes pensantes du parti critiquaient la passivité apparente de la chancelière dans la campagne. Pour autant, celle-ci s’est personnellement impliquée dans la campagne en se rendant sur le terrain. Mais au final, sa stratégie éprouvée, celle de rester de marbre face aux défis et à compter sur son image rassurante pour convaincre, paraît avoir à nouveau fonctionné.

Le ministre fédéral SPD de la Justice, Heiko Maas, lui-même originaire de Sarre, a tenté d'imputer les difficultés de son parti dans le Land à la personnalité «clivante» d'Oskar Lafontaine, chef de file et fondateur historique de la formation Die Linke (La Gauche), qui obtient 12,9% des voix. Lequel Oskar Lafontaine est parfois comparé au Français Jean-Luc Mélenchon…

L’essentiel n’est sans doute pas là. De fait, les sociaux-démocrates espéraient talonner la CDU sarroise pour s’emparer du pouvoir grâce à une coalition avec Die Linke. Un parti issu notamment de l’ex-PC de la RDA, qui inquiète une partie de l’électorat.

Le scénario SPD-Die Linke «nous a manifestement nui», a lui-même reconnu Heiko Maas. Alors que ce scénario commençait à être caressé au niveau national… «Les électeurs ont apparemment eu peur» d’une coalition «rouge-rouge» (SPD-Die Linke) ou «rouge-rouge-vert» (SPD-Die Linke-verts), constate la Frankfurter Allgemeine Zeitung.

Conclusion : «le SPD peut dire ce qu’il veut, l’effet Schulz a quelque peu perdu de son élan», poursuit le quotidien de Francfort. D’autres élections régionales, en Schleswig-Holstein le 7 mai et en Rhénanie du Nord-Westphalie le 14 mai, devraient permettre d’en savoir un peu plus sur ledit effet… Des scrutins d’autant plus intéressants que les deux Länder sont dirigés par des sociaux-démocrates. Et que la Rhénanie du Nord-Westphalie est le Land le plus peuplé et économiquement le plus puissant d’Allemagne. Les spécialistes de la chose politique auront ainsi l’occasion de scruter un sondage grandeur nature. Mais un sondage réalisé sans sondeurs…