Portrait

Andrew Duff, attention oiseau rare, un britannique fédéraliste européen

Par Dominique Voegele@GeopolisAfrique | Publié le 18/03/2014 à 10H50, mis à jour le 18/03/2014 à 10H50

Andrew Duff


© European Union 2013-EP

Certains noms ne vous seront pas inconnus, d’autres n’éveilleront sans doute rien en vous. Ils ne sont pas tous français, après tout ce Parlement est européen ! Une rapide fiche signalétique, un court portrait pas toujours totalement objectif et surtout trois questions : 1. Avez-vous l’impression d’être écouté, influent ? 2. Quelle est votre plus belle réussite ? 3. Votre plus beau flop ?


Andrew DUFF
 
Groupe Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe
Liberal Démocrats Party
Né le 25 décembre 1950 à Birkenhead
 
Voilà un spécimen d’homme politique britannique très rare dans le paysage. Andrew Duff, citoyen de sa très Gracieuse Majesté, représentant au Parlement européen de l’Est de l’Angleterre est un fédéraliste non seulement convaincu mais hyperactif. Il préside l’Union des Fédéralistes européens depuis 2008. Au sein même du Parlement il lancera en 2010 avec d’autres pro européens issus de tous bords, comme Daniel Cohn-Bendit, Guy Verhofstadt ou bien encore Sylvie Goulard, le groupe Spinelli pour regrouper tous ceux qui militent pour un fédéralisme européen. Il cherchera avec plus ou moins de réussite à réformer en profondeur le système électoral très disparate qui règne pour ces élections, avec par exemple l’idée de parlementaires élus sur une liste transnationale pour éviter certaines batailles parlementaire effcetuées au nom de l’intérêt national. Il restera de ses propositions quelques idées, quelques évolutions qui sont pour lui à la fois objet de satisfaction, mais aussi de déception. C’est pourquoi nous avons inversé l’ordre de nos questions. Avant la réussite viendra la flop, la déception. Mais il y a du petit Poucet chez cet homme, les petits cailloux qu’il a semé montreront peut-être la voie à d’autres militants de l’Europe.
 
1/ Pensez-vous être écouté, influent dans ce Parlement?
 
L'influence au sein du Parlement européen s'acquiert à force de travail, de présence et d'expérience. C'est quelque chose que beaucoup négligent, particulièrement en France. Sans faire de généralité, le taux de participation des députés français est faible, c'est peut-être dû au manque d'expérience parlementaire, la Veme république n'est pas la meilleure école en la matière; ou peut-être cela tient-il au fait que beaucoup soient "cumulards" (40% selon un rapport de la Fondation Schuman, à titre de comparaison seuls 4% des eurodéputés anglais cumulent). Le mode même de sélection des candidats aux européennes (tardif, peu transparent) donne l'impression que les partis français ne prennent pas le Parlement européen au sérieux, c'est une grave erreur car depuis l'entrée en vigueur du Traité de Lisbonne nous avons un rôle législatif accru et un poids politique considérable. Quand on voit l'énergie que, pour le coup, tous les députés français dépensent dans la défense du siège du PE à Strasbourg, on se demande pourquoi ils ne participent pas plus à nos travaux.
L'influence d'un député est difficile à mesurer, mais je dirais que la présence est cruciale , que ce soit en commission parlementaire mais aussi et surtout en groupe politique où les positions idéologiques sont adoptées.  En tant que responsable et porte-parole pour mon groupe dans le domaine des affaires constitutionnelles, je suis très impliqué dans les négociations avec les autres groupes parlementaires (la droite européennes, les socialistes européens et les Verts) et j'ai une obligation de 'rapporter' le fruit de mon travail à mon groupe politique.
 
3) votre plus gros échec ? déception ?
 
J'ai porté une proposition de réforme électorale qui n'a pas abouti lors de cette législature. J'avais proposé l'instauration d'une circonscription européenne unique et l'élection d'une poignée de députés issus de listes transnationales. En clair, chaque électeur français, en plus de son bulletin de vote pour son eurodéputé français candidat sur une liste UMP/PS/ UDI/Modem, etc., aurait eu un second bulletin lui permettant de voter pour une liste de députés présentés par les partis politiques européens (PPE, PSE, ADLE etc) et dont les nationalités n'auraient pas eu d'importance, la circonscription étant européenne.
L'objectif principal est de transformer les partis politiques européens en ce qu'il devraient être: des machines électorales en charge de présenter des candidats et de les faire élire sur la base de programmes politiques concurrents. La formation de l'espace public européen dépend beaucoup, selon moi, de la maturité et de l'importance que prendront ces partis européens.
 
2/ A vos yeux, votre plus belle réussite?
 
Ma proposition de réforme n'a pas été soumise au vote en Plénière mais un élément du rapport a tout  de même vu le jour : la sélection par les partis politiques européens de candidats au poste de Président de la Commission. Martin Schulz pour les socialistes, Guy Verhofstadt pour les centristes et les libéraux, Jean-Claude Juncker pour la droite européenne, José Bové pour les Verts, Alexis Tzipras pour l'extrême gauche, tous les cinq sont en lice pour succéder à José Manuel Barroso. C'est une première, le nom du Président de la Commission ayant toujours était le fruit de marchandage entre Etats. José Manuel Barroso était par exemple seul candidat à sa réélection. Le Traité de Lisbonne a changé le processus de sélection et a ouvert une brèche vers une  plus ample  démocratisation, notoriété et politisation de l'exécutif européen; brèche dans laquelle les partis politiques européens se sont engouffrés. Ce procédé va, à terme donner plus de sens et plus d'importance, au vote lors des élections européennes, le taux de participation devrait suivre.