Journée de la femme 2013: Angela Merkel, «das Mädchen»

Par Laurent Ribadeau Dumas | Publié le 10/12/2012 à 17H25, mis à jour le 05/03/2013 à 11H14

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La chancelière Angela Merkel et son mari Joachim Sauer à l'ouverture du Festival Wagner de Bayreuth, en Allemagne, le 25 juillet 2012. © AFP PHOTO / CHRISTOF STACHE

Son mentor, l'ancien chancelier Helmut Kohl, surnommait «Das Mädchen» (la jeune fille) celle dont il avait fait sa ministre des Femmes et de la Jeunesse. Mais la chef du gouvernement allemand est tout sauf une oie blanche. C'est aujourd'hui un redoutable personnage politique, qui a de fortes chances de se succéder à elle-même à la chancellerie en septembre 2013.

Pour le magazine Forbes, Angela Merkel était en 2012 la «femme la plus puissante du monde». Un paradoxe pour l’Allemagne où les femmes subissent encore aujourd’hui le fameux «enfants, cuisine, Eglise»...

La future chancelière est née le 17 juin 1954 à Hambourg, première enfant d’un pasteur protestant, Horst Kasner, et d’une enseignante, Herlind Jentzsch. Six semaines après sa naissance, sa famille quitte l’Ouest pour la zone d’occupation soviétique, la future République démocratique allemande (RDA), en raison du manque de clercs luthériens dans cette partie de l’Allemagne divisée.

La jeune Angela passe sa jeunesse à Templin, en Prusse. Sa situation délicate de fille de pasteur l’oblige à la prudence. Elle adhère donc à la FDJ, l’organisation de jeunesse du Parti communiste. Elle étudie la physique à l’université de Leipzig, passe un doctorat et intègre un laboratoire de l’Académie des sciences à Berlin. En 1977, elle épouse un de ses camarades de faculté, Ulrich Merkel, dont elle divorcera cinq ans plus tard.

Au cours de sa jeunesse dans un régime totalitaire, il lui a fallu «s’adapter», comme elle l’a elle-même reconnu. «S’adapter», c’est notamment garder le silence et se tenir sur ses gardes. «Si nous avons retenu quelque chose de la RDA, c’est un flair affiné pour repérer l’honnêteté. J’ai toujours été très méfiante et cela m’aide encore aujourd’hui à  l’Ouest», explique-t-elle. Elle garde ses distances, même lors d’évènements historiques. Le 9 novembre 1989, qui voit s’ouvrir le Mur de Berlin, elle se rend ainsi… au sauna avec une amie.

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afpfr, 3 décembre 2012

En route vers le pouvoir
Mais sa méfiance va disparaître avec la marche vers la réunification. Elle se rapproche des chrétiens-démocrates, elle abandonne son poste à l’Académie des sciences et est élue en septembre 1990 députée au Bundestag.  
 
L’indéboulonnable chancelier Helmut Kohl la remarque. En 1991, il fait de celle qu’il surnomme «das Mädchen» (la jeune fille) sa ministre des Femmes et de la Jeunesse dans le premier gouvernement de l’après-réunification. La carrière politique d’Angela Merkel au plus haut niveau est lancée. En 1994, elle est nommée ministre de l’Environnement avant de devenir secrétaire générale de la CDU quatre ans plus tard, après la défaite de la coalition chrétienne-démocrate-libérale aux élections. Helmut Kohl est remplacé à la chancellerie par le social-démocrate Gerhard Schröder.

La Mädchen, dont on sous-estime largement l’habileté, va alors faire preuve d’un sens tactique hors pair. Son mentor, resté président d’honneur de la CDU, est englué dans une complexe affaire de caisses noires, qui portent sur des millions de marks. Dans une lettre ouverte publiée en 1999 par la Frankfurter Allgemeine Zeitung, elle n’hésite pas à écrire que ces évènements «ont nui au parti», qui doit désormais «suivre son propre chemin».  
 
Certains, adeptes de psychanalyse, pensent qu’elle a «tué le père». Toujours est-il que deux ans plus tard, elle est appelée à présider la CDU. Et en 2005, elle est la première Ossi (surnom pour Est-Allemand), à entrer à la chancellerie.

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La chancelière Angela Merkel et le président François Hollande le 21 mai 2012 lors du sommet de l'OTAN à Chicago. © AFP PHOTO/Saul LOEB

Un «sphinx» qui «incarne l’Allemagne»
Après sept ans d’exercice du pouvoir, «ses motivations, sa vision de la société, son mode de pensée et de fonctionnement demeurent indéchiffrables». Angela Merkel est «une sorte de sphinx noir qui parle par énigmes», analyse son ancien ministre des Affaires étrangères, le libéral Guido Westerwelle.

Pour autant, la chancelière est très populaire: sa cote atteint 68% de satisfaits, selon l’institut Infratest. Son style passe bien dans l’opinion. Remariée en 1998 avec un universitaire, Joachim Sauer, elle cultive une image de grande simplicité, séparant nettement vie privée et vie publique. Son époux s’est ainsi toujours refusé à donner une interview. Elle dit partager équitablement avec lui les tâches ménagères car leur aide ménagère n’a pas toujours «le temps de tout faire»

Angela Merkel «incarne l’Allemagne, le calme, l’absence d’excitation», analyse une journaliste. Nombre de ses concitoyens s’identifient avec cette femme jugée parfois «ennuyeuse» en qui ils voient «l’image de la mère de famille bienveillante». Ils apprécient notamment qu’elle ait su se démarquer sur la scène internationale en montrant son attachement à l’austérité budgétaire. A ce niveau, d’aucuns mettent en avant  ses origines protestantes. «Fille de pasteur, Angela Merkel a le sens du péché, (…). Il y a une manière allemande de parler de l’euro qui fleure bon l’influence du Temple. Et qui n’est évidemment pas sans conséquences sur les solutions avancées pour secourir l’union monétaire européenne », observe ainsi Alain Frachon dans Le Monde.

Qui est Angela Merkel ?
Qui est Angela Merkel ? Qui est Angela Merkel ?

Channel4News (en anglais), 21-11-2012