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Angoisse et polémique en Algérie face à l’épidémie mortelle de rougeole

Par Jacques Deveaux@GeopolisAfrique | Publié le 22/03/2018 à 09H34

Vaccination en Algérie
Vaccination en Algérie © AFP

Algérie, France. Dans les deux pays, une maladie qu’on croyait d’un autre temps fait son retour: la rougeole. Des deux côtés de la Méditerranée, elle tue. On compte déjà six morts en Algérie. Les autorités mettent en cause le manque de vaccination. La population est partagée entre la peur de la maladie et le refus de la vaccination.


Slim Belkassam, le directeur de la communication au ministère de la Santé, a fait un dernier bilan à la télévision. Au total, six patients sont décédés et plus de 4000 cas ont été enregistrés depuis la fin du mois de janvier. L’épidémie touche 24 wilayas dans le pays, plus particulièrement au sud. El Oued, à 500 km au sud d’Alger, est le secteur le plus touché. C’est là qu’ont été enregistrés quatre des six décès. Mais contrairement à la rumeur, Tamanrasset ne serait pas touchée.
 
Voilà pour les faits. Reste la polémique sur le bien-fondé de la vaccination. En Algérie comme en France, la population semble prendre cette maladie à la légère. Les autorités algériennes enfoncent le clou. Selon elles, le non-vaccination ou le retard vaccinal sont à l’origine de la gravité de cette épidémie. Selon Omar Beredjouane, l’inspecteur général du ministère de la Santé, le taux de vaccination n’a pas dépassé les 45% l’an dernier dans le pays.

Refus du vaccin
Slim Belkacem met en cause directement l’absence de vaccination pour justifier la flambée épidémique. Dans la wilaya d’El Oued, dit-il, un seul village a été épargné et n’a connu aucun cas. En effet, selon lui, tous les enfants du village avaient été vaccinés. «Les opposants à la vaccination ont une responsabilité morale vis-à-vis de la flambée épidémique de la rougeole et des décès enregistrés», a-t-il déclaré à la télévision, selon le site TSA qui reprend l’info.

 
Car en Algérie aussi, la suspicion est forte sur l’innocuité des vaccins. Cette innocuité était au cœur d’une polémique quant à l’obligation de vaccination rougeole-oreillons-rubéole des enfants pour qu'ils soient reçus dans un établissement scolaire.

L’attitude d‘une association de consommateurs, l’APOCE, avait été très ambiguë. «Nous avons conseillé aux gens de ne pas s’engager sans avoir assez de données nécessaires», explique le président de l’association Mustapha Zebdi. Il s’agissait notamment d’obtenir plus d’informations sur les effets secondaires du vaccin.

Aujourd’hui, certains accusent l’APOCE d’avoir contribué à l’échec de cette campagne de vaccination. «Mais il ne faut pas oublier également les conditions de vie précaires des populations frontalières qui ont aggravé la prévalence de cette maladie, reconnaissent les épidémiologistes dépêchés dans ces régions», tient à préciser le site Algeriepart.


A l’heure actuelle, quelque 257.000 personnes ont été vaccinées dans l’urgence afin de tenter d’enrayer la maladie. Un chiffre que M.Beredjouane a qualifié d’insuffisant. Ce dernier a également tenté de rassurer les Algériens concernant la qualité du vaccin en soulignant que ce dernier est «conforme aux normes internationales». Les dernières informations émanant du ministère de la Santé se veulent rassurantes. L’épidémie serait en recul. «Chaque jour on enregistre un nombre moins important que celui de la veille», tient à préciser Slim Belkassam.