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Angola: l’association de défense de la communauté LGBT, Iris Angola, légalisée

Par Alain Chémali avec AFP@GeopolisAfrique | Publié le 28/06/2018 à 17H17

Association LGBT Angola
Photo postée par l'association angolaise de défense de la communauté LGBT sur son compte Facebook, le 25 juin 2018, pour saluer leur légalisation par les autorités. © Iris Angola

Grande première en Angola. Le ministère de la Justice a légalisé une association qui défend la cause de la communauté LGBT, a rapporté le 27 juin 2018 l’Agence France Presse de sources concordantes. Un signe supplémentaire de changement dans le pays après l’autorisation accordée à une manifestation de l’opposition en mars dernier.


Après cinq années d'existence, «c'est un moment historique!», s'est exclamé Carlos Fernandes d’Iris Angola en apprenant que son association avait obtenu l'agrément des autorités.
 
Les homosexuels, une entité désormais reconnue par l'Etat
C’est la première fois en effet dans ce pays que le ministère de la Justice accepte de légaliser une association défendant la cause des LGBT (Lesbiennes, gay, bisexuels et Transexuels).
 
«On tourne une page pour tous les citoyens homosexuels qui sont désormais une entité reconnue par l'Etat, ce qui donne encore plus de légitimité aux interventions de notre organisation», a-t-il ajouté à l'AFP.
 
«Bonne nouvelle», a réagi sur Twitter Lain Levine, l'un des directeurs de l'ONG Human Rights Watch (HRW), en publiant, photo à l'appui, la confirmation du ministère de la Justice.
 

Iris Angola est l'une des deux associations défendant la cause LGBT en Angola. La seconde n'a pas encore été légalisée.
 
Dans ce pays d'Afrique australe, la loi ne dit rien sur les homosexuels mais la communauté LGBT affirme faire malgré tout l'objet de discriminations pour accéder à la santé et l'éducation.

Des prises de distance avec le régime Dos Santos 
L'Angola est dirigé depuis septembre 2017 par le président Joao Lourenço, qui a succédé à José Eduardo dos Santos après trente-huit ans au pouvoir.
 
Les deux hommes sont issus du Mouvement populaire pour la libération de l'Angola (MPLA), au pouvoir depuis l'indépendance de l'Angola en 1975.
 
Mais Joao Lourenço s'est démarqué de son prédécesseur en congédiant de nombreux barons de l'ancien régime. Il a autorisé en mars 2018 une manifestation de l'opposition, qui avait été largement muselée pendant l'ère Dos Santos.
 
La légalisation d’Iris Angola représente également un pas en avant du pays en matière de mœurs sur le continent.
 
Hormis l’Afrique du Sud qui a légalisé le mariage homosexuel en 2006 et autorisé l’adoption, la procréation médicalement assisté (PMA) et la gestation pour autrui (GPA), plus d’une trentaine de pays interdisent voire criminalisent l’homosexualité.

Un progrès en comparaison aux pays où l'homosexualité est toujours punie de mort 
Seuls quelques pays tels que le Gabon, la Côte d’Ivoire, le Mali, le Tchad et le Mozambique ont dépénalisé l’homosexualité, même si dans les faits répression et stigmatisation ont encore la vie dure dans les mentalités.
 
Avant l’Angola, le Mozambique a levé en octobre 2017 les obstacles constitutionnels empêchant la reconnaissance officielle d’associations et ouvert la voie à la légalisation de l’association LGBT Lambda.
 
Deux ans plus tôt, en juin 2015, ce même pays avait dépénalisé l’homosexualité bloquant les risques de persécution contre la population LGBT mozambicaine.
 
Un véritable progrès en comparaison à des pays tels que le Maroc, l’Algérie, la Tunisie ou le Sénégal où les homosexuels risquent des peines lourdes de 3 à 7 ans de prison.
 
En comparaison également à l’Iran, à des pays arabes tels que le Soudan, l’Arabie Saoudite, le Yémen, la Syrie et l’Irak, ou à des régions de la Somalie ou du Nigeria, où l’homosexualité est toujours passible de la peine de mort en vertu de la Charia.