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Angola: paludisme et corruption, deux indices de la faillite de l'Etat

Par Véronique le Jeune (avec AFP)@GeopolisAfrique | Publié le 09/03/2018 à 11H43, mis à jour le 09/03/2018 à 11H57

Des enfants atteints malaria dans hôpital Luanda 22 février 2018
Des enfants atteints de malaria dans un hôpital de Luanda le 22 février 2018. © AMPE ROGERIO / AFP

Depuis début 2018, plus de mille personnes sont mortes de la malaria en Angola, pays de près de 30 millions d'habitants au sud de l'Afrique. En 2017, 7000 autres ont perdu la vie par manque de soins. La puissance pétrolière, en crise depuis la chute des cours de l'or noir en 2014, échoue à éradiquer la maladie. La faute aux pluies, à l'insalubrité, à la rareté des médicaments, à la corruption.


En Angola, ancienne colonie portugaise, le paludisme reste l'une des premières causes de mortalité. L'Afrique subsaharienne enregistre 90% des cas de paludisme dans le monde et 92% des décès dus à cette maladie, qui se propage par des moustiques infectés.

Depuis janvier 2018, plus de 300.000 cas ont été enregistrés sur l'ensemble du pays, selon les chiffres officiels.

Au palmarès des provinces touchées, celle de Luanda, la capitale, arrive en tête, avec plus de 75.225 cas et 117 décès, suivie de celle Benguela (centre-ouest) avec 43.751 cas et 213 décès.

Pendant la saison des pluies, des hôpitaux publics totalement dépassés
Exemple dans la clinique Cajueiros, au cœur du quartier populaire de Cazenga à Luanda, où des dizaines de mères et leurs enfants font la queue dès l'aube pour une consultation.

«Nous enregistrons chaque jour au moins 15 à 20 cas de paludisme dans notre hôpital», contre un ou deux seulement en saison sèche, constate le médecin pédiatre Miguel Sebastiao.
 
Dans ces établissements, on manque de tout: coton, seringues, gants et surtout médicaments. «Nous n'avons pas de comprimés ici», reconnaît dépitée Marcelina Paulina, infirmière à l'hôpital Palanca Dona Paulina de Luanda.

Les conséquences de cette pénurie sont sans appel.

Qu'est-ce que le paludisme ? (vidéo AFP)


Ana Joaquina a perdu sa sœur fin février. «Les médecins ont diagnostiqué le paludisme. L'hôpital n'avait pas de médicaments et on n'avait pas d'argent pour en acheter. Elle est morte», constate-elle simplement entre deux sanglots.

La corruption prive les malades de médicaments
Comme tous les autres services publics, la santé est étranglée par la crise économique qui frappe le pays depuis la chute en 2014 des cours du pétrole.

Le système est également gangrené depuis des années par la corruption, dénoncent l'opposition et des médecins. En février, trois hauts fonctionnaires ont été condamnés à huit ans de prison ferme pour avoir détourné deux millions de dollars destinés à la lutte contre le paludisme.

Les routes se transforment en mares à moustiques
Une chose paraît sûre, l'infection aura de beaux jours devant elle «tant que nous ne résoudrons pas le problème des ordures entassées dans les rues, des eaux stagnantes et du manque d'assainissement», prévient Miguel Sebastiao.

Avec la saison des pluies de septembre à mai, les routes en terre battue se transforment en mares où flottent les ordures, paradis pour les moustiques qui véhiculent le paludisme.

Les rues boueuses où stagne l'eau favorisent propagation paludisme
Les rues boueuses où stagne l'eau attirant les moustiques, favorisent la propagation du paludisme. © AMPE ROGERIO / AFP


Dans certains quartiers de Luanda, les éboueurs ne sont plus passés pour ramasser les déchets depuis des mois. Là encore, la corruption des autorités est montrée du doigt.

Une population résignée
Devant l'ampleur de la crise, le gouvernement du président Joao Lourenço, qui a pris les rênes du pays en septembre 2017, a lancé mi-février 2018 un plan d'urgence de lutte contre le paludisme, avec désinsectisation et distribution de moustiquaires. Au nom du principe connu que la prévention reste le meilleur moyen de lutter contre cette infection parasitaire.

Mais la population, résignée, ne semble pas y croire.