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Moyen-Orient

Arabie Saoudite : les raisons d’une exécution massive

Par Mohamed Berkani@GeopolisFTV | Publié le 04/01/2016 à 16H24, mis à jour le 04/01/2016 à 17H01

Protestation contre exécution en Arabie Saoudite
Une chiite proteste contre l'éxécution de Nimr al-Nimr par l'Arabie Saoudite. © MOHAMMED AL-SHAIKH / AFP

En inaugurant 2016 par l’exécution de 47 personnes, dont le cheikh chiite Nimr al-Nimr, l’Arabie Saoudite adresse un message clair à ses opposants aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du royaume : aucune contestation ne sera tolérée. Au risque de susciter une guerre confessionnelle.


Avis aux opposants, à l’Etat islamique, à Téhéran et à l’Occident, Ryad a son propre agenda et moyens pour y parvenir. Le 2 janvier 2015, l’Arabie Saoudite annonce l’exécution de 47 personnes, militants d’al-Qaïda et activistes chiites, et inonde les télévisions de scènes morbides. Avec cette exécution massive, Ryad cherche à envoyer plusieurs messages, au risque de mettre à mal la coalition anti-Daech.
 
Accusée par ses détracteurs d’être le banquier d’al-Qaïda puis de l’Etat islamique et d’être leur plus grand fournisseur en combattants, l’Arabie Saoudite s’est retrouvée dans une position inconfortable.
 
Les signaux forts
L’ennemi principal est l’Iran et non Daech : en prenant le risque de fragiliser la coalition internationale anti-Daech, l’Arabie désigne clairement son ennemi : Téhéran. L’exécution du dignitaire chiite Nim al-Nimr est un signe fort pour l’Iran mais aussi pour la minorité chiite saoudienne (environ 2 millions sur 18 millions d’habitants). 


La rupture diplomatique entre Ryad et Téhéran est consommée. L’embrasement des chiites était prévisible. L’envahissement de l’ambassade d’Arabie Saoudite en Iran a été condamnée par le président Rohani. Insuffisant pour Ryad qui a renvoyé illico le personnel diplomatique iranien.

Vidéo mise en migne le 3 janvier 2015

Rassurer les «ultras» saoudiens : Ryad est le principal pourvoyeur de combattants pour les deux organisations terroristes al-Qaïda et l’Etat islamique. Les principaux cadres de ces machines djihadistes sont saoudiens. Al-Qaïda, d’abord, puis Daech, se sont pourtant retournés contre l’Arabie Saoudite en y commettant des attentats. Le «calife de Mossoul», Abou Baqr al-Baghdadi, a appelé à renverser la famille Al-Saoud. De plus en plus de Saoudiens se reconnaissent dans l’idéologie djihadiste de Daech. En exécutant 40 «terroristes» d’al-Qaïda, coupables d’attentats dans les années 2003-2005, et des opposants chiites, la monarchie raffermit son emprise sur l’islam rigoriste, d’où elle tire sa légitimité.
 
Briser la révolte chiite : «le printemps arabe» a très peu touché la monarchie saoudienne. Seuls les chiites y ont vu une opportunité pour réclamer plus de droits et surtout une autre politique à leur égard. Résultat : une répression féroce. En mettant à mort leur représentant, Nim al-Nimr, Ryad leur envoie un message sans ambiguïté : l’allégeance ou la mort.
 
Risques et conséquences 
Guerre confessionnelle : les relations entre Ryad et Téhéran n’ont jamais été au beau fixe et s’étaient très dégradées après l’accord sur le nucléaire signé en juillet 2015. Les deux puissances régionales avaient trouvé un lieu pour régler leurs différends : le Yémen. Comme par un réflexe pavlovien, l’exécution du dignitaire chiite a engendré deux clans : les Emirats et le Bahreïn ont aussi rompu leurs relations diplomatiques avec Téhéran et s’alignent sur l’Arabie Saoudite. L’Irak, la Syrie et le Hezbollah libanais prennent fait et cause pour l’Iran. Cela correspond à la répartition religieuse (sunnites et chiites) au Moyen-Orient.

 
L’Occident prié de s’aligner et/ou fermer les yeux : les chancelleries occidentales ont rivalisé de lexique neutre pour s’exprimer sur les exécutions. Economiquement et diplomatiquement, l’Arabie Saoudite est leur principal allié dans la région.
 
Liban, Syrie et Irak : l'instabilité politique dans ces pays a aussi pour explication (mais pas seulement) la guerre larvée entre l’Arabie Saoudite et l’Iran pour le leadership régional.

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