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Arabie Saoudite,  Moyen-Orient

Arabie Saoudite:des femmes interpellent le gouvernement sur la tutelle masculine

Par Alain Chemali@GeopolisAfrique | Publié le 30/03/2017 à 09H53

Saoudiennes sur Twitter
Saisie d'écran d'un tweet du compte ExmuslimTV intitulé «S'il vous plaît écoutez nos voix», posté le 28 mars 2017.

Enclenché sur les réseaux sociaux en septembre 2016, le mouvement d’émancipation de la femme saoudienne réclamant la levée de la tutelle masculine poursuit sa floraison. En chansons ou en textes, l’avant-garde de la gent féminine du royaume a adressé aux pouvoirs publics une liste de revendications pour mettre en œuvre la fin de leur asservissement dans la société et conquérir leurs droits.


La campagne pour la libération des Saoudiennes de «la tutelle masculine» continue de se développer sans relâche sur les réseaux sociaux. Lancée en septembre 2016 pour dire «stop à l’asservissement des femmes», le mouvement est suivi par des milliers de Saoudiennes tant à l’étranger que dans le pays, tant sur Facebook que sur Twitter.

Bravant les insultes et les menaces qu’elles soulèvent ou les peines de prison dont elles peuvent écoper, ces femmes ne démordent pas de leur volonté d’obtenir l’égalité des droits avec les hommes dans leur société ainsi que leur liberté d'action et de mouvement.

Une série de revendications adressées aux ministère de la Justice et de la Santé
Sur Twitter, Sara se présente comme une «humaniste, athée, ex-Saoudienne, ayant joyeusement renoncé à l’Islam en 2013.» Depuis le Royaume-Uni, selon l'adresse indiquée de son compte, cette infatigable activiste est suivie par plus de 10.800 abonnés.

Elle a posté une série de revendications adressées au ministère saoudien de la Justice de nature à assurer aux femmes un minimum de droits, élémentaires un peu partout dans le monde mais pour lesquels un âpre combat doit, semble-t-il, être mené en Arabie Saoudite.

#StopEnslavingSaudiWomen265 #سعوديات_نطلب_اسقاط_الولايه265 . https://t.co/WRW8EBGniG


Sous le titre Ce que veulent les femmes aujourd’hui pour obtenir l’abolition de la tutelle masculine, la première demande est une révision complète du statut des femmes, assortie de directives aux juges afin de prévenir juridiquement toute imposition de tutelle masculine.

«L’égalité des sexes doit être appliquée dans les cours de justice», indique le document précisant que «les femmes doivent avoir les mêmes droits que les hommes lors de dépôt de plaintes ou de témoignage».

Parmi les neufs revendications figurent également l’examen des cas de discrimination des femmes dans les institutions d’Etat et les services officiels, la fixation de la majorité à 18 ans pour les femmes, la liberté de choix pour le mariage, l’égalité des droits pour les parents dans l’inscription des enfants à l’école, les décisions concernant leur santé, et la liberté de voyager dans le cadre du mariage ou après le divorce le cas échéant.

A cette liste vient s’ajouter une demande adressée au ministère saoudien de la Santé: «Tous les hôpitaux et centres de santé ne doivent pas réclamer une autorisation de la tutelle masculine pour prodiguer des soins de toutes sortes aux femmes adultes.» Selon cette exigence, il s’agit également de prévoir des sanctions à l’encontre de tous ceux qui continueraient de réclamer cette autorisation.

«S'il vous plaît, entendez nos voix»
Si les Saoudiennes se battent auprès des autorités pour obtenir leurs droits sur un plan juridique, elle ne négligent pas pour autant le volet liberté d’expression en musique ou en chanson.

Dear @aliciakeys
«Nous sommes des femmes saoudiennes. Nous ne sommes pas des diamants ou des reines. Nous sommes des êtres humains qui nous battons pour le droit de faire nos propres choix dans la vie. Nous avons toutes des rêves différents. Certaines d’entre nous ont de grands rêves, d’autres de plus petits, mais même nos plus petits rêves peuvent être confisqués sous ce système. On ne peut pas vivre, on ne peut même pas courir», fredonne sur Twitter une voix féminine ajoutant: «S’il vous plaît, entendez nos voix.»

Sous le slogan «Nous sommes libres tant que nous refusons l’esclavage», une autre activiste a posté sur Twitter des vidéos sur lesquelles on peut voir des femmes défier l’ordre établi en marchant dans la rue à visage découvert.

Une véritable révolution, souvent encouragée aussi par des tweets masculins, qui avance désormais au vu et au su de toute la planète. Objectif: rétablir les droits de la «moitié du ciel», comme l’ancien président chinois, Mao Zedong, avait l’habitude de désigner les femmes dans son pays.