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Au Bénin, l'ubérisation touche désormais les moto-taxis

Par Jacques Deveaux@GeopolisAfrique | Publié le 26/09/2017 à 13H51, mis à jour le 26/09/2017 à 14H21

Zémidjans à Cotonou au Bénin
Zémidjans à Cotonou au Bénin © DR

L’Afrique vit, elle aussi, à l’heure de l’ubérisation des transports. Mais ici, être autoentrepreneur n’est pas une nouveauté, et participe de façon essentielle à l’économie. Cotonou, au Bénin, est exemplaire concernant la variété de l’offre de transport. De la moto-taxi au 4X4 jaune, le transport permet de gagner sa vie... chichement.


C’est au Bénin que serait née la moto-taxi. C’est à la fin des années 80 que la moto a définitivement remplacé le vélo pour assurer la livraison de marchandises, puis le transport de passagers. En 2011, selon Slate, 30.000 conducteurs de taxi-motos circulaient dans la capitale Cotonou, et 100.000 dans tout le pays. Bref un phénomène. Puis, le taxi-moto a fait école, du Togo à l’Ouganda, profitant à chaque fois de la même réalité économique.

A Cotonou, la moto-taxi a même un nom: on l’appelle un zémidjan. Ce qui veut dire «emmène-moi vite!» dans la langue locale. Et au beau milieu du réseau routier «compliqué» de Cotonou, nids de poule et embouteillages, la moto-taxi est devenue incontournable. L’absence de transports en commun dignes de ce nom a fait le reste. Le zémidjan est rapide et disponible à tout moment, on le hèle dans la rue d’un geste de la main et d’un «Kêkê non» définitif, l’équivalent du «hep taxi» parisien.
 
«Uberisation» du transport
De tout temps, le zémidjan a été l’instrument de la seconde chance au Bénin. A tel point qu’aujourd’hui c’est le secteur d’activité qui emploie le plus de monde dans le pays. Le conducteur, tout de jaune vêtu, est en général jeune et sans emploi. Parfois il peut même louer un deux-roues pour faire le taxi.

On ne fait pas fortune dans la profession. Même si la course se négocie à chaque fois, selon la distance ou le poids à transporter. La course démarre à 100 FCFA (0,15 euros), c’est peu. Les bons jours, le conducteur peut se faire dix euros de chiffre d’affaires. De ce revenu, il faut retirer 2 euros si le zémidjan est loué. Sur un forum, on apprend que le prix de base d’un deux-roues s’élève à 350.000 FCFA (534 euros), une fortune.
 

Taxi jaune à Cotonou
Désormais, des taxis jaunes individuels sont apparus à Cotonou, au Bénin. © YANICK FOLLY / AFP

Depuis peu, Cotonou a vu se développer les centrales de réservation. Le principe est copié sur les systèmes européens. Une appli, une réservation, et un paiement en ligne ou par téléphone via Mobile Money. Les chauffeurs sont payés à la course et peuvent en parallèle travailler en solo. Un chauffeur déclare se faire ainsi 50.000 FCFA de revenu mensuel complémentaire (76 euros). Il est encore trop tôt pour juger de la pertinence de ce modèle économique au Bénin. La responsable interrogée par Le Monde espère atteindre les 150 trajets journaliers (lien payant).
 
Nettoyage
Utile et peu chère, source de revenus pour les  plus démunis, la moto-taxi a cependant un gros défaut: elle pollue. A Cotonou, les pouvoirs publics ont lancé une campagne de renouvellement, accompagnée d’une prime à la casse pour les zémidjans trop polluants. L’air est de moins en moins respirable, saturé par le nombre de deux-roues. Des véhicules souvent mal réglés qui fonctionnent de surcroît avec une essence de contrebande à la qualité douteuse.

L’autre axe de «nettoyage» passe par le développement d’une offre automobile de taxis, modernes et confortables. Africab, Soft Taxi, Benin Taxi... les sociétés se multiplient à Cotonou. La dernière est même le résultat d’un partenariat public-privé. Ici aussi, le chauffeur n’est pas propriétaire de son véhicule. Pendant quatre ans, il va verser 9000 FCFA par jour (13,74) pour en devenir propriétaire. Une charge majeure quand la journée de travail ne rapporte que 6000 FCFA, selon l’AFP. De plus, les tarifs sont cassés: 2,20 euros la course en moyenne. «Trop bas» dénonce la concurrence.

A terme, 300 véhicules, des 4X4 jaunes, vont sillonner les rues de Cotonou et offrir un service de qualité internationale. L’Etat espère aussi, par cette offre, récupérer taxes et impôts qui lui échappent dans l’économie informelle des motos-taxis.
 
Mais les taxis collectifs hors d’âge et les zémidjans ne se montrent pas plus inquiets que ça. Ils voient dans cette offre des taxis «pour riches». Une clientèle qui, de toute façon, ne montait pas à moto.