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Au Burkina Faso, les fonctionnaires priés de travailler plus sans gagner plus

Par Jacques Deveaux@GeopolisAfrique | Publié le 04/01/2018 à 10H56, mis à jour le 04/01/2018 à 11H03

Vue d'une rue Ouagadougou
Vue d'une rue de Ouagadougou, au Burkina Faso. © Wikipédia

Le bras de fer se poursuit entre l’Etat burkinabè et ses agents. Pas un mois sans une grève des fonctionnaires. Des mouvements dénoncés par le gouvernement qui appelle à plus de solidarité. Dans le même temps, il augmente le temps de travail d’agents réputés peu productifs.


«Tout le monde est d’accord pour dire que chez nous, dans les administrations publiques, on ne travaille pas assez. On ne travaille même pas beaucoup. Le matin, chacun vient à son heure. Il y a des gens qui viennent les jours qu’ils veulent.» Ces propos sans appel émanent du ministre de la Fonction publique du Burkina Faso, Clément Pengdwendé Sawadogo, dans une interview accordée au site le Faso.net.
 
Une analyse sans concession de l’état du service public burkinabè. Il faut dire que le ministre est confronté à un mécontentement quasi général. Les grèves succèdent aux grèves et portent sur les salaires, les statuts, le recrutement… Bref, de part et d’autre, les couteaux sont tirés. Le journal n’hésite pas à parler «de vent de grévisme qui souffle». La dernière en date a été menée par les inspecteurs du travail.

30 minutes de plus 
Est-ce une mise au pas? En tout cas, depuis le 1er janvier 2018, l’administration travaille une demi-heure de plus par jour. La journée commence à 7h pour s’achever à 16h. Soit une demi-heure de plus matin et soir. En compensation, les fonctionnaires ont gagné une pause de trente minutes à midi.

Il faut dire que la ponctualité n’est pas le fort des fonctionnaires du Burkina. 50 à 65% arrivent en retard au travail, constate le ministère. La distance avec le domicile, le passage par l’école pour déposer les enfants, les excuses ne manquent pas. D’ailleurs, les syndicats pointent l’absence des mesures promises pour accompagner les nouveaux horaires. Instauration de la cantine, transport des agents, toilettes dans les bureaux, tout cela est toujours lettre morte. En revanche, les usagers apprécient déjà ce changement.

La moitié du budget de l'Etat
Le Burkina consacre la moitié de ses revenus à payer ses 200.000 fonctionnaires (pour 18 millions d’habitants). Certains des agents ont, selon le ministre, doublé leur revenu en cinq ans. Un clientélisme qui n’a pas beaucoup servi le pouvoir visiblement. En même temps, un fonctionnaire fait vivre entre 10 et 20 personnes. Et, dans ce pays où le travail est rare, la fonction publique est une assurance sur la misère.
 
Mais le président Roch Marc Christian Kaboré l’a promis: «Le Burkina doit réformer efficacement les institutions et moderniser l’administration.» Il a également annoncé une réforme des rémunérations des fonctionnaires dès le mois de février. Tout cela devrait remettre le pays au travail, espère le gouvernement.