Au Darfour, deux tribus s'affrontent pour de l'or

Par Jean-Claude Rongeras | Publié le 05/03/2013 à 10H34, mis à jour le 05/03/2013 à 10H42

Darfour personnes déplacées 2013
Des personnes déplacées, sous un abri, après les affrontements entre tribus arabes, à El-Sireaf, le 4 janvier 2013.  © AFP/PHOTO/UNAMID/SOJOUD-GARRA

Depuis début janvier 2013, des violences ont fait quelque 500 tués et 900 blessés entre tribus arabes dans la région du Darfour, au Soudan. Ces évènements interviennent dix ans après le début d'une insurrection menée contre le régime de Khartoum. Cette fois, il s'agit de heurts à propos de la répartition de mines d'or dans la région de Jebel Amir.

Le 24 février, une cinquantaine de personnes de personnes ont été tuées par des assaillants à El-Sireaf. Selon un habitant de cette ville de l'est du Darfour, «venus en Land Cruisers, les assaillants, outre les victimes, ont brûlés 30 maisons ». L’attaque s’est déroulée dans un lieu où se sont réfugiés en janvier des dizaines de milliers de personnes, chassées par les combats ensanglantant la région.
 
Les victimes sont des membres de la tribu des Beni Hussein et les assaillants de celle des Rezeigat.
 
Les affrontements de 2013 concernent des intérêts privés libérant une violence ethnique. Ils n’ont pas la même origine que ceux qui ont eu lieu lors de la guerre du Darfour (5 à 6 millions d’habitants). Elle avait éclaté en 2003 entre les tribus noires et le régime de Khartoum, dominé par les Arabes. Cette guerre fut en partie menée par les Janjawids, des milices islamistes armées, contre les populations du Darfour qui réclamaient un meilleur partage des richesses.
 
Selon l’ONU, les troubles actuels entre voisins aurait poussé 100.000 personnes à la fuite. 

Amnesty International précise que les violences auraient commencé quand un responsable Rezeigat, également employé comme officier des gardes-frontières, aurait revendiqué un vaste terrain appartenant aux Beni Hussein. Une zone comprenant des mines d’or. L’organisation estime que la crise a débuté après l’objectif du gouvernement de «renforcer son contrôle sur l’attribution de licences et l’exportation de l’or, dans un contexte de crise budgétaire, de fonte des réserves de change et de trafic d’or généralisé».

Selon une source humanitaire, les Beni Hussein se seraient opposés à la volonté de Khartoum de leur faire payer «d’énormes» taxes sur l’exploitation des mines.
 
En raison de la  baisse des revenus du pétrole à la suite de l’indépendance du Sud-Soudan (-75%), le gouvernement soudanais accélère les projets miniers afin que le pays devienne le troisième producteur au monde. Tablant sur une production de 50 tonnes en 2013, contre 41 tonnes en 2012 (pour 2,5 milliards de dollars de revenus), il n’hésite pas à taxer à tour de bras, au grand dam des producteurs.