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Société,  Nigeria,  Afrique

Au Nigeria, 50.000 femmes meurent chaque année en couches

Par Jacques Deveaux@GeopolisAfrique | Publié le 21/09/2017 à 09H11, mis à jour le 21/09/2017 à 09H16

Une mère nigerianne son enfant
Une réfugiée dans le camp de Maiduguri au nord du Nigeria. © STEFAN HEUNIS / AFP

Les décès maternels sont en forte régression dans le monde. Mais malgré tout, en 2015, plus de 300.000 femmes sont décédées au cours d’une grossesse. Derrière l’Inde, le Nigeria est le pays du monde où cette mortalité est la plus élevée. 50.000 femmes meurent ainsi chaque année. L’accouchement au domicile, loin des structures de santé, en est la première cause.


Fatalement, dans des régions du globe où le nombre de grossesses est élevé, le risque d’accident augmente. Mais cela n’explique pas tout. A égalité avec les hémorragies graves, dans 28% des cas, la grossesse aggrave des pathologies qui peuvent être mortelles comme le diabète, le paludisme, le sida, le diabète, etc.
 
Pour l’OMS, la seule solution pour réduire la mortalité est d’assurer un suivi de qualité des parturientes. «Plus de la moitié des décès maternels se produisent dans des régions instables et plongées dans des crises humanitaires», explique l’OMS. Le risque de décès maternel varie aussi fortement: 1 sur 180 accouchements en Afrique contre 1 sur 4900 dans les pays développés. En cours de grossesse et pendant l’accouchement, 50.000 femmes meurent chaque année au Nigeria contre 85 en France.
 
En fait, on connaît bien les risques liés à l’accouchement. Aussi, la majeure partie des décès est évitable grâce à un suivi médical de qualité. Au Nigeria, la richesse, et donc l’accès aux soins, sont inégalement répartis sur le territoire. Le taux de pauvreté est supérieur de moitié dans les zones rurales par rapport aux zones urbaines. Il y a deux fois plus de pauvres dans le nord-est que dans le sud pétrolier. L’Unicef dresse un bilan sans appel.

«Des niveaux d’éducation très bas, en particulier chez les femmes, et des attitudes et pratiques culturelles discriminatoires font obstacle à la réduction du taux élevé de mortalité maternelle. Une étude menée à l’hôpital universitaire de Jos, dans la région nord-centre, montre qu’en 2005 près de trois quarts des décès maternels survenaient chez les femmes analphabètes.»

Reportage Catherine Soi, Al Jazeera, mis en ligne le 15 septembre 2017

Le niveau de vie est un facteur discriminant, la tradition en est un autre.  Dans le pays, les femmes sont ainsi mariées très jeunes, et se retrouvent enceintes également très jeunes. Un âge où la grossesse peut s’avérer dangereuse. Mais surtout, comme il est dit dans le reportage d’Al Jazeera, l’attitude des hommes, dans une société très conservatrice, est au cœur du problème. «Certains hommes n’autorisent pas leur femme à se rendre à l’hôpital. Et certaines femmes croient qu’à l’hôpital, les médecins vont leur faire du mal», explique une jeune fille.
 
Traditionnellement donc, les femmes accouchent à la maison (90%, chiffre de 2003). Au Nigeria pauvre, on préfère l’aide des accoucheuses traditionnelles, affectueuses et surtout plus compréhensives pour le paiement des actes. Mais toute complication met la vie de la mère et de l’enfant en danger.