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Au Soudan, la hausse du prix du pain entraîne des violences

Par Laurent Filippi (avec agences)@GeopolisAfrique | Publié le 09/01/2018 à 14H02, mis à jour le 09/01/2018 à 14H28

Une boulangerie au Soudan
Une boulangerie au Soudan © Ashraf Shazly / AFP

Au Soudan, en 2018, le prix du pain a doublé. Suite à cette augmentation, les gens sont descendus dans la rue. Des échauffourées entre manifestants et forces de l’ordre ont éclaté. Le 7 janvier, dans l'ouest du pays, au Darfour, un jeune homme a été tué. Le lendemain, à l’université de Khartoum, la police anti-émeute et les étudiants se sont affrontés à coups de pierres et de gaz lacrymogène.

Depuis des années, l'économie soudanaise est à la peine, tirée vers le bas par des déficits budgétaires à répétition, une forte inflation (environ 37%) et des sanctions économiques américaines imposées depuis 1997 dont une partie a été levée en octobre 2017. L'économie a également pâti de la perte des trois-quarts de ses ressources pétrolières après l'indépendance du Soudan du Sud en 2011. Et depuis un an, les prix de l'alimentation et du carburant n'ont fait qu'augmenter.
 
En 2017, la monnaie a perdu de sa valeur face au dollar. Alors que le taux officiel est d'environ 7 livres soudanaises pour un dollar, le billet vert s'échange aujourd'hui 26 livres au marché noir. Le gouvernement a alors décidé de réduire ses subventions pour tenter de donner un coup de pouce à son économie.
 
En décembre 2017, Khartoum annonce l'abandon de subventions publiques dans le cadre de mesures d'austérités recommandées par le Fonds monétaire international et décide de confier les importations céréalières au secteur privé, entraînant une augmentation du pain. Le Soudan, qui consomme annuellement entre 2,4 et 2,6 millions de tonnes de blé, n’en produit qu’environ 445.000 tonnes par an. Dès le 4 janvier 2018, le prix d'un sac de 50 kilos de farine est passé de 167 à 450 livres soudanaises (de 20 à 54 euros).
 
Des protestations éclatent dans le pays
Les partis d'opposition ont appelé immédiatement à des rassemblements dans tout le pays pour protester contre cette hausse. Dès le lendemain, le 5 janvier, des manifestions ont débuté à Sennar, dans le sud-est du pays. Puis le mouvement s’est étendu à al-Damazine, où la police a fait usage de gaz lacrymogène pour disperser 400 personnes. La population est aussi descendue dans les rues de Khartoum et de nombreuses autres villes, comme Nyala ou Geneina, où un jeune homme a trouvé la mort et six autres personnes ont été blessées.
 
L'un des chefs de file de l'opposition, Omar al-Dageir, président du Parti du Congrès soudanais, a été arrêté. Et des membres du Service national du renseignement et de la sécurité ont saisi l'intégralité des exemplaires des quotidiens Al-Tayar, Al-Mustaqilla, Al-Karar, Al-Midan, Al-Assayha et Akhbar Al-Watan. La presse soudanaise est souvent l'objet de mesures punitives de la part des autorités et le pays figure de longue date en bas de classements en matière de respect de la liberté de la presse.
 
Les mesures d'austérité ont déjà donné lieu à des mouvements de protestation ces dernières années au Soudan. En 2016, le pays avait été secoué par un mouvement de protestation suite à la décision des autorités de réduire les subventions sur le carburant. Ce qui avait entraîné une forte hausse des prix. Le régime avait alors rapidement réprimé ces contestations afin de ne pas voir se reproduire les heurts sanglants de 2013 (185 personnes tuées, selon Amnesty International), liés à une précédente réduction des subventions sur l'essence.
 
Au pouvoir depuis 1989, Omar al-Béchir est sous le coup de deux mandats d'arrêt émis par la Cour pénale internationale pour génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre au Darfour.