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Aux Seychelles, pas de frontières pour les Africains

Par Véronique le Jeune@GeopolisAfrique | Publié le 14/06/2017 à 14H22

Sur sous l'eau aux Seychelles
Sur et sous l'eau aux Seychelles. © Gilles LANSARD / Photononstop / AFP

La République des Seychelles, 115 îles et moins de 100.000 habitants, est un cas unique en Afrique. Selon le rapport 2016 de la Banque africaine du développement (BAD), c'est le seul pays qui autorise tous les habitants du continent à se rendre sur son territoire sans visa. Cette liberté de circulation est saluée par la BAD comme un outil important pour le développement économique.


L'archipel des Seychelles dans l'océan Indien, destination prisée des touristes aisés du monde entier, est aussi pour la Banque africaine un exemple à suivre. Le classement de l'institution financière, dont c'est la deuxième édition, se fonde en effet sur le niveau d’ouverture de chaque pays africain à l'égard des ressortissants du continent qui veulent franchir ses frontières. 

Outre la première place dévolue au plus petit d'entre eux, les Seychelles, suivi par l'Ouganda et le Togo, le palmarès indique que le Ghana, classé 6e, a le plus progressé dans la souplesse des démarches demandées aux voyageurs africains, gagnant 16 places par rapport à 2015. Le Sénégal, monté à la 15e place, intègre également le top 20 des pays les plus ouverts, gagnant ainsi 9 places par rapport à 2015. Quant à la Tunisie, elle grimpe de 13 places en un an.

Globalement, selon le rapport, les Africains ont ainsi pu voyager plus librement à travers le continent en 2016.

Aucun pays d'Afrique centrale dans les vingt premiers
Le document note cependant qu’un certain nombre de défis restent à relever, notamment en Afrique australe, où seulement un pays sur 5 est ouvert à la circulation des personnes, contre 3 sur 4 en Afrique de l’Est et en Afrique de l’Ouest. La Mauritanie est le seul pays d’Afrique du Nord classé et l’Afrique centrale est quant à elle absente des 20 premiers de la liste.

Au total, 80% des ressortissants africains ont encore actuellement besoin d'un visa pour se rendre dans un autre pays africain. De plus, aujourd'hui, le voyage pour un Africain est souvent moins cher vers l'extérieur des frontières du continent qu'à l'intérieur.

Pourtant, selon la BAD, l’ouverture des frontières est capitale pour le développement économique. En effet, plusieurs experts soutiennent qu’elle permettrait de multiplier par deux le PIB mondial. De surcroît, un pays ouvert sur l’étranger bénéficierait de nouvelles compétences et dynamiserait le marché du travail.

Pour son président Akinwumi Adesina, le but est de «changer, informer et inspirer les dirigeants et les décideurs de faire des réformes du système des visas, d'en simplifier le processus et d'appliquer la réciprocité positive».

Vers un Schengen africain?
Alors que l'Europe remet régulièrement en question le principe de libre circulation des personnes dans l'espace Schengen, créé en 1985 au Luxembourg, notamment à cause de l'arrivée de nombreux migrants, les 54 Etats de l'Union africaine (UA) songent depuis plusieurs années à mettre en place un espace sans frontières inspiré de l'espace européen sur tout le continent africain. Son lancement est prévu pour 2018.

L'accord devrait être doublé d'une zone de libre-échange favorisant le commerce intra-africain. Une sorte de marché commun, inexistant jusqu'à présent.

A l'heure actuelle, il faut au commerçant africain de la ténacité et les reins solides pour faire des affaires avec les pays voisins, tant le nombre d'autorisations exigé par les douanes dépasse l'entendement et augmente le prix des transactions.

Le Schengen africain annoncé devrait provoquer une petite révolution dans des habitudes bien installées.