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Azerbaïdjan,  Asie-Pacifique

Azerbaïdjan: le référendum renforce encore les pouvoirs du président Aliev

Par Dominique Cettour-Rose (avec AFP)@GeopolisAfrique | Publié le 27/09/2016 à 12H08, mis à jour le 27/09/2016 à 16H57

Un Azerbaïdjanais participe au référendum pour étendre pouvoirs président
Référendum du lundi 26 août 2016 sur une modification de la Constitution censée accorder plus de pouvoirs au président Ilham Aliev. 
© TOFIK BABAYEV / AFP

Comme on s'y attendait, les Azerbaïdjanais ont approuvé massivement par référendum que le mandat présidentiel soit étendu à sept ans, contre cinq actuellement. Plus de 91% des votants se sont déclarés favorables à une modification de la Constitution donnant davantage de pouvoirs à Ilham Aliev. Ce dernier pourra notamment créer des postes de Premier vice-président et de vice-président, non élus.


Depuis 2009, les mandats présidentiels ne sont plus limités à deux en Azerbaïdjan. Cette réforme constitutionnelle avait été approuvée par les électeurs de l'ancienne République soviétique, lors d'un référendum contesté donnant la possibilité à Ilham Aliev de rester président à vie. Mais cela ne suffisait pas à l'actuel président qui souhaitait encore renforcer ses pouvoirs en allongeant le mandat présidentiel à sept ans.

Le «oui» massif des Azerbaïdjanais au référendum du 26 septembre 2016 donne aussi le feu vert à la création du poste de Premier vice-président qui devient le deuxième poste le plus important de l'Etat à la place du Premier ministre. De plus, Ilham Aliev pourra, s'il le souhaite, dissoudre le Parlement et convoquer des élections législatives anticipées.

Et pour que son fils Haïdar Aliev, 19 ans, puisse un jour lui succéder, le président Aliev, 54 ans, a pris un amendement supprimant l'âge de 35 ans requis pour être candidat à la fonction suprême. Un stratagème pour laisser encore longtemps le pouvoir dynastique à sa famille.

Des pouvoirs «sans précédent» 

Ces amendements proposés, déjà approuvés par la Cour constitutionnelle du pays, vont bouleverser profondément l'équilibre des forces en octroyant à l'actuel président des pouvoirs «sans précédent», se sont inquiétés, avant le vote, les experts en droit du Conseil de l'Europe, réunis au sein de la commission de Venise. Cette dernière déplore également la volonté de limiter les rassemblements au nom de la «moralité». Ce qui n'est pas nouveau dans un Etat où les manifestations d'opposants sont sévèrement réprimées et donc rarissimes.

Des groupes d'opposition et de défense des droits de l'Homme avaient quant à eux dénoncé les tentatives du président de conserver la mainmise de son clan sur cette ancienne république soviétique du Caucase, riche en ressources pétrolières et gazières. Amnesty International a notamment estimé que «les amendements mèneront à des violations de la liberté d'association» et dénoncé «les arrestations et l'intimidation» qui ont accompagné cette campagne.
 

Un premier référendum en 2009 
L'Azerbaïdjan, pays laïc à majorité musulmane, qui compte près de 10 millions d’habitants, est dirigé d’une main de fer depuis 1969 par la dynastie Aliev. En 2003, le décès de Haïdar Aliev conduit son fils, Ilham Aliev, nommé de justesse Premier ministre, à prendre les commandes de ce petit pays caucasien. Il avait été élu avec près de 77% des suffrages, puis réélu, en octobre 2008, avec 89% des voix lors d'un scrutin boycotté par l'opposition.

En 2009, 90% des électeurs étaient favorables à une extension du mandat présidentiel à sept ans, un score «soviétique» qui avait surpris les observateurs. La consultation était assortie d’une série de restrictions au droit de photographier, de filmer ou d’enregistrer ainsi qu’une interdiction de faire preuve «d’irrespect» envers les symboles de l’Etat.

Le jour du deuxième référendum de Bakou, beaucoup d'électeurs se sont déclarés favorables à ces changements constitutionnels, considérant Ilham Aliev comme le garant de la stabilité politique du pays.