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Bahrein: le Conseil de coopération du Golfe ignore les droits de l’Homme

Par Alain Chemali@GeopolisFTV | Publié le 06/12/2016 à 16H55, mis à jour le 06/12/2016 à 17H01

Le roi Bahreïn Hamad bin Issa al-Khalifa roi d'Arabie saouidte Salmane
Le roi bahreïni, Hamed Ben Issa al-Khalifa (D), accueille à l'aéroport de Manama, le 6 décembre 2016, le roi Salmane d'Arabie Saoudite (G), venu participer aux deux jours de sommet du Conseil de coopération du Golfe. © STRINGER/AFP

Le sommet du Conseil de coopération du Golfe se tient à Bahrein sur fond d’aggravation des conflits entre pays soutenus par les pétromonarchies sunnites et ceux appuyés par l’Iran chiite. Dominé par l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis et la participation pour la première fois de la Première ministre britannique, le sommet ignore la question des droits humains, selon Amnesty international.


Déstabilisés par les déclarations à l’emporte-pièce de Donald Trump sur l’islam, le conflit israélo-palestinien ou le programme nucléaire iranien, les dirigeants des six pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) tiennent leur sommet annuel à Manama, capitale du Bahreïn, dans un contexte d’aggravation des conflits régionaux.

Pour la première fois, une femme participe au sommet du CCG 
Seule véritable innovation, la participation pour la première fois d’une femme, la Première ministre britannique, Theresa May. Elle vient parler du développement des échanges commerciaux après la sortie du Royaume-Uni de l’Europe. Mais aussi, ajoute-t-elle, «de coopération en matière de sécurité et de défense».
 
Pas de surprise en revanche en ce qui concerne l’absence des droits humains de l’ordre du jour du sommet. Les six pays, Bahrein, Koweit, Oman, Qatar, Arabie Saoudite et Emirats arabes unis, se réunissent pour «débattre de la coopération en matière de commerce et de sécurité, sans évoquer la vague de répression qui balaie la région», indique Amnesty International.
 
«Depuis quelques années, à travers les pays du Golfe, nous constatons que les militants des droits humains, les opposants politiques pacifiques et les détracteurs des autorités sont systématiquement pris pour cibles au nom de la sécurité», estime la directrice régionale du bureau d’Amnesty pour l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient.

Des centaines de défenseurs des droits réduits au silence 
«Des centaines d’entre eux sont harcelés, poursuivis illégalement, déchus de leur nationalité, détenus de manière arbitraire ou dans certains cas emprisonnés voire condamnés à mort à l’issue de procès iniques, dans le cadre d’une initiative concertée visant à les intimider et à les réduire au silence», constate encore Randa Habib.
 
Rappellant que «depuis des années, les alliés occidentaux des Etats du CCG, dont les Etats-Unis et le Royaume-Uni, répugnent à parler franchement des violations endémiques des droits humains dans le Golfe», elle invite Theresa May à saisir cette occasion pour aborder des problèmes clés en la matière.
 
Pour l’organisation internationale de défense des droits de l’Homme, «le bilan déplorable des droits humains dans les Etats du Golfe ne doit pas être balayé sous le tapis», lors de la réunion des 6 et 7 décembre, dans la capitale bahreïnie.
 
Une invite qui a peu de chance d’être entendue alors que le sommet se tient dans un royaume sunnite, à majorité chiite, où tout mouvement de contestation est systématiquement réprimé depuis l’écrasement du «printemps bahreïni» en 2011.
 
Opposants, mais aussi journalistes, avocats, universitaires pris dans les filets de la répression
Sous couvert de lutte contre la montée en puissance de l’organisation l’Etat islamique, ce sont des dirigeants de l’opposition, des journalistes, des avocats et des universitaires qui sont pris dans les filets de la répression, analyse Randa Habib.
 
Amnesty égrène ainsi une litanie de noms tel Mohammed al-Roken, avocat spécialiste des droits de l’Homme, qui purge une peine de dix ans de prison dans les Emirats arabes unis. Nabil Rajab, militant bahreini, ou Abdallah Fairouz, militant koweitien, qui sont détenus, eux, pour des opinions exprimées sur Twitter.
 
En Arabie Saoudite, l’avocat Waleed Abu al-Khair, qui a défendu de nombreux militants, et Issa al-Hamed, autre défenseur saoudien des droits humains, ont été condamnés respectivement à 15 et 11 ans de prison aux termes d’une loi antiterroriste.
 
Plus encore, le jour même de l’ouverture du sommet, un tribunal saoudien a condamné à mort 15 membres d’un groupe de 32 personnes accusées d’espionnage au profit de l’Iran. Reconnus coupables de «haute trahison», les 15 personnes sont toutes saoudiennes et pour la plupart chiites.
 
Appel aux pays du Golfe à cesser les violations des droits et des libertés

Dans son communiqué, Amnesty appelle les Etats du CCG à «cesser de considérer les militants indépendants et les détracteurs pacifiques comme des criminels», et à mettre un terme aux violations des droits de l’Homme.
 
Des violations qui «vont au-delà de la répression de la liberté d’expression et se traduisent par des arrestations arbitraires, des actes de torture et des mauvais traitements en détention, des procès iniques, l’insuffisance de protection des droits des travailleurs migrants et le recours à la peine de mort.»
 
 

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