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Barrages routiers en Afrique centrale: «Tout ce qui bouge sera taxé!»

Par Jacques Deveaux@GeopolisAfrique | Publié le 18/01/2018 à 13H21

Barrage routier en RDC
Barrage routier en RDC © IPIS

Un centre d’analyse belge, l’IPIS, vient de publier un rapport sur l’économie politique des barrages routiers en Centrafrique et en RDC. Comme l’octroi, au temps de la monarchie, taxer les passages des voyageurs et des marchandises sur les routes s’avère très lucratif. Selon l’IPIS, en République centrafricaine, les groupes armés gagnent ainsi plus de six millions d’euros par an.


L’International Peace Information Service (IPIS), en collaboration avec l’Institut danois d’Etudes internationales (DIIS), a fait le relevé des barrages routiers dans les deux pays. Il en a décompté plus de mille, établis à temps plein, qui n’ont rien à voir avec les actions des coupeurs de routes, qui mènent des actions brèves et mortelles. Le barrage routier n’a pas un unique rôle de check-point, protégeant une zone des attaques menées par des adversaires. Il s’agit même du but le moins recherché. Les auteurs du rapport ont identifié seulement 45 barrières dites «stratégiques», à finalité militaire. Moins encore marquaient une frontière administrative (37).

Pour la seule région du Kivu (nord et sud), en RDC, l’ONG a relevé près de 798 barrières routières. Les forces étatiques en contrôlent près des trois-quarts (71%) et les groupes armés 174. Trois barrages sur quatre étaient gardés par au moins un homme en armes.

En Centrafrique, les clans opposés Séléka et anti-balaka contrôlent la route commerciale dite soudanaise, qui relie Bangui à Khartoum. Avantage à la Séléka avec 140 barrages. Son chiffre d’affaires est estimé à six millions d’euros par an.

Patrouille Minusca
En Centrafrique, les barrages routiers disparaissent temporairement au passage des patrouilles des forces des Nations-Unies. La population en profite alors pour se glisser dans le sillage des casques bleus de la Minusca. 
© AFP/Florent Vergnes

Qu’est-ce qu’on taxe ?, S’interroge l’IPIS. Tout, répond-elle. Le passage des ressources naturelles, bien sûr, mais surtout la simple circulation des hommes et l’accès aux marchés. «Nous avons compté 513 barrières qui taxaient le droit de passage, 239 les ressources naturelles et 161 placées sur l’entrée et/ou la sortie d’un marché.» Et les taxes perçues permettent de financer les conflits.

Car les rebelles ne comptent pas uniquement sur les revenus tirés des ressources naturelles, en particulier des mines pour financer leur lutte armée. Le blocage des routes est à la fois plus simple et plus lucratif.  Et le pouvoir en place n’est pas en reste, bien au contraire. Il s’installe sur les grands axes très fréquentés, laissant le réseau secondaire aux rebelles.
 
Les droits de passage sont prohibitifs, véritable racket institutionnalisé. Pour des camionneurs, propriétaires et loueurs sont taxés différemment. 100 dollars pour le premier, 20 pour le second. Les auteurs du rapport précisent que le déchargement des camions est également taxé. Ceci explique la surcharge permanente des véhicules, en marchandises et en voyageurs. Cela afin de pouvoir payer les taxes. Et bien sûr l’état de la route en pâtit…

Selon les auteurs du rapport, cette prospère économie du barrage routier «contribue à la continuation de la militarisation, de l’insécurité et du sous-développement structurel des provinces du Nord et Sud-Kivu.»