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Guinée Equatoriale,  Afrique

«Biens mal acquis»: l’étau se resserre autour du clan Obiang

Par Dominique Cettour-Rose (avec AFP)@GeopolisAfrique | Publié le 26/03/2014 à 17H18, mis à jour le 19/09/2014 à 12H00

Teodorin Obiang vice-pdt Guinée équatoriale
Teodorin Nguema Obiang, fils du président de Guinée équatoriale Teodoro Obiang et vice-président du pays en charge de la sécurité et de la défense, arrive à la cathédrale de Malabo pour célébrer son 41e anniversaire, le 25 Juin, 2013  © AFP PHOTO / JEROME LEROY

Le fils du président de Guinée-Equatoriale, Teodorin Obiang, est poursuivi pour «blanchiment de détournement de fonds publics, d’abus de biens sociaux et d’abus de confiance» dans l'affaire des "biens mal acquis". Depuis décembre 2010, des magistrats financiers enquêtent sur les conditions dans lesquelles trois chefs d'Etat africains ont acquis un important patrimoine immobilier en France.

L'affaire des «biens mal acquis» est relancée avec la mise en examen de Teodorin Obiang. Elle lui a été notifiée, le 19 mars 2014, lors d'une audition par visioconférence, au cours de laquelle il a refusé de répondre à des questions sur le fond du dossier, invoquant l'immunité dont il estime bénéficier en tant que vice-président de Guinée-Equatoriale.

Le fils préféré du président équato-guinéen, également ministre des Eaux et Forêts, entend désormais saisir la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris d'une «requête sur la légalité de cette mise en examen». «Nous avons toujours dit qu'il ne cherchait pas à se soustraire à la justice. Il fallait que cet interrogatoire de première comparution se déroule dans des conditions compatibles avec les fonctions qu'il exerce et avec l'immunité qui s'y attache», a expliqué l'un des avocats du milliardaire, Emmanuel Marsigny.

Un procès «légitime», selon Sherpa
Un mandat d'arrêt international en raison de son refus de se présenter à un premier interrogatoire avait été lancé contre M. Obiang à l'été 2012. Déjà, il avait invoqué son statut de vice-président qui octroie, à ses yeux, une immunité de juridiction. Les juges français ont levé ce mandat, a-t-on appris le 24 mars 2014, de source judiciaire. Ils ont agi «conformément à leur engagement», a souligné Jean-Louis Viala, autre avocat de M. Obiang, qui assure avoir obtenu en contrepartie l'accord de son client pour être entendu dans le cadre d'une commission rogatoire internationale. 

La mise en examen de M. Obiang «rend le procès non seulement possible, mais légitime, car contradictoire. Il est réaliste d'imaginer maintenant qu'il se tienne à un horizon relativement bref», a dit l'avocat William Bourdon, président de l'association française de lutte contre la corruption, Sherpa, à l'origine de la plainte avec Transparency. Ces deux organisations soupçonnent un pillage systématique des caisses de l'Etat de ce petit pays ouest-africain.

Trois chefs d'Etat africains
Des magistrats financiers mènent des investigations depuis décembre 2010 sur les conditions dans lesquelles trois chefs d'État africains - Denis Sassou Nguesso du Congo, Teodoro Obiang de Guinée-Equatoriale et le défunt président gabonais Omar Bongo - ont acquis un important patrimoine immobilier et mobilier en France.

Dans le cadre de l'enquête sur la fortune Obiang, les juges français ont notamment saisi, en juillet 2012, un hôtel particulier de six étages et de 101 pièces, avenue Foch, dans le très huppé XVIe arrondissement de Paris. Evalué à 150 millions d'euros, le bâtiment de grand standing a notamment fait l'objet d'une perquisition de deux semaines.  

Oeuvres d'art, mobilier ancien, vins fins et autres objets précieux: en février 2012, les agents de l’Office central de répression de la grande délinquance financière français avaient saisi environ 200 m3 de biens. Déjà en 2011, onze voitures de luxe, pour la plupart de marque italienne, avaient été également saisies dans cette même résidence.

Revenus du pétrole 
Selon Courrier International, la fortune du quadragénaire s’élève à 700 millions d’euros, richesse dont il ne se prive pas de faire étalage. Quant au butin de l’avenue Foch, il est à l'abri dans les entrepôts du ministère des Finances, à Bercy, et il est peu probable que la Guinée-Equatoriale puisse un jour le récupérer. 

La Guinée-Equatoriale est devenue ces dernières années, avec l'exploitation du pétrole et du gaz, le 3e producteur d’Afrique subsaharienne derrière le Nigeria et l’Angola. L'élite s'est enrichie, mais 70% de la population, estimée à 700.000 habitants, vit toujours dans la pauvreté, sans eau, ni électricité. L'espérance de vie des Equato-Guinéens n'est que de 51 ans et, selon l'Onu, 20 % des enfants guinéens meurent avant d’avoir atteint l’âge de 5 ans. 

Pressenti pour succéder à son père
Depuis l'adoption d'une nouvelle Constitution, début 2012, le fils du président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo est pressenti pour succéder à son père. Ce dernier, 72 ans, dirige l'ancienne colonie espagnole d'une main de fer depuis son arrivée au pouvoir en 1979 par un coup d'Etat. La famille Obiang fait l'objet d'enquêtes pour corruption massive en France, en Espagne et aux Etats-Unis

«Pièces à conviction»(France3), vidéo Youtube mise en ligne le 16 janvier 2013.