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Boat-people: l’Espagne inquiète de l’arrivée massive de migrants algériens

Par Géopolis@GeopolisAfrique | Publié le 21/11/2017 à 16H57

Espagne plus en plus migrants algériens arrivent sur côtes espagnoles
Plus de 1.000 migrants ont été interceptés ou sauvés en mer par les gardes-côtes espagnols. © Louafi Larbi

Après l’Italie, c’est au tour de l’Espagne de tirer la sonnette d’alarme sur l’ampleur de l’arrivée sur ses côtes de migrants algériens à bord d’embarcations de fortune. L’Algérie reconnaît l’importance du phénomène et affirme lutter contre l’émigration clandestine.


Après la Libye, l’Algérie? Si le nombre de migrants arrivant en Europe et venant d’Italie est en diminution permanente, les chiffres d’embarcations de fortune quittant l’Algérie pour l’Italie ou l’Espagne sont en augmentation exponentielle. Selon le ministère algérien de la Défense, les gardes-côtes ont procédé, en 72 heures, à l’interception et au sauvetage de 286 Algériens tentant d'émigrer clandestinement vers l'Europe à bord de plusieurs embarcations.

(Quand ton pays t'abandonne, tu as le droit d'en trouver un autre)



Selon la presse algérienne, 200 de ces 286 candidats à l'émigration ont été interceptés vendredi 17 novembre 2017 au large des côtes d'Oran (450 km à l'ouest d'Alger) alors qu'ils tentaient de rejoindre l’Espagne à bord de plusieurs embarcations.


Le phénomène des harragas (littéralement les brûleurs, ceux qui «brûlent» la mer, les frontières et leurs papiers d’identité) n’est pas nouveau en Algérie. Il ne se passe pas une semaine sans que des candidats à l’émigration clandestine ne soient interceptés, avec un pic en septembre. 450 personnes ont été arrêtées en une semaine. C’est la première fois que les autorités algériennes reconnaissent l’ampleur de ce phénomène. Le ministère de la Défense relève, dans son communiqué, «l'ampleur prise par les tentatives de quitter le territoire national de manière illégale».

Oran-Espagne, Annaba-Italie
L’Ouest pour les côtes ibériques, l’Est pour les îles italiennes (Sardaigne particulièrement), les points de départ s’expliquent par les distances séparant les deux principales villes côtières (Oran et Annaba) de l’Europe. Mostaganem et Collo sont aussi prisées par les harragas.




L’arsenal juridique n’arrête pas les candidats à l’émigration. En Algérie, une loi votée en 2009 punit jusqu'à six mois de prison toute tentative de quitter le territoire national clandestinement. Elle punit également les passeurs de peines pouvant aller jusqu'à 20 ans d'emprisonnement. Malgré cette loi, des Algériens tentent régulièrement de rejoindre l'Europe en traversant la Méditerranée au péril de leur vie. Fin septembre, 165 Algériens ont été interceptés au sud de la Sardaigne par les gardes-côtes italiens.

L’Espagne en alerte
L’Algérie pourrait-elle devenir la première route de la Méditerranée vers l’Europe? L’Espagne n’est pas loin de le penser. Selon le ministère espagnol de l’Intérieur, cité par El Mondo (lien en espagnol), la semaine dernière,  519 personnes, arrivées dans 49 bateaux, ont été interceptées ou secourues en mer dans les eaux de la région de Murcie. Et près de 1.200 en trois semaines.



Le ministre de l'Intérieur, Juan Ignacio Zoido, rencontre cette semaine l’ambassadrice d’Algérie en Espagne pour demander à son voisin du Sud de renforcer les contrôles frontaliers sur les côtes. Le ministre espagnol évoque l’existence d’une mafia, il décrit cette situation comme «une tragédie humaine authentique qui doit être éradiquée par une persécution incessante des mafias et des réseaux de trafic d'êtres humains».

Harraga vus par Dilem
Capture d'écran du quotidien Liberté © DR/Liberté

Au-delà de la volonté de coopération des deux pays, le flux de migrants devrait cesser pendant quelques mois à cause de la météo. Et reprendre après l’hiver…