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Boko Haram installe le chaos dans le Bassin du Lac Tchad

Par Martin Mateso@GeopolisAfrique | Publié le 08/10/2015 à 13H22

Des villageois tchadiens traversent lac Tchad pour échapper à Boko Haram
Des villageois tchadiens fuient une attaque de Boko Haram en traversant à dos de chameaux une branche du lac Tchad, le 6 avril 2015. © Photo AFP/Phillippe Desmazes

C’est l’une des régions les plus pauvres au monde, frappée à plusieurs reprises par les sécheresses et les inondations. Le chaos créé par Boko Haram dans le Bassin du Lac Tchad est venu aggraver une situation très difficile. 1600 morts depuis le mois de juin 2015. L’arrivée au pouvoir d’un nouveau président au Nigeria n’a pas changé la donne.


Ses attentats-suicide portent désormais la signature de «l’Etat islamique en Afrique de l’Ouest» depuis que le groupe islamiste Boko Haram a déclaré son allégeance à cette organisation terroriste en mars 2015.
 
Des attentats de plus en plus meurtriers qui ont installé le chaos dans les pays du Bassin du Lac Tchad. D’abord au Nigeria où sont installées ses bases, puis au Tchad, au Cameroun et au Niger. Les populations civiles vivent l’enfer.
 
L’ONU rappelle que cette région est un carrefour connectant l’Afrique du Nord, le golfe de Guinée riche en pétrole, et l’ensemble de la région du Sahel, de l’Atlantique à la mer Rouge.
 
«On entend relativement peu parler des horreurs qui sont commises dans le Bassin du Lac Tchad, alors que d’autres crises humanitaires ailleurs dans le monde accaparent l’attention internationale», se désole Stephen O’Brien, le chef du département des affaires humanitaires de l’ONU. Il appelle la communauté internationale à plus de solidarité envers les populations de cette région.
 
Depuis la prise de fonctions du nouveau président nigérian Muhammadu Buhari, le 29 mai 2015, Boko Haram poursuit à un rythme soutenu ses raids meurtriers contre des villages du nord-est du Nigeria et multiplie les attentats-suicide dans tous les pays du Bassin du Lac Tchad.
 

Fuite habitants Malam Fatori

Des habitants fuient la ville nigériane de Malam Fatori attaquée par Boko Haram, le 25 mai 2015. © Photo AFP/Issoufou Sanogo


Des millions de civils forcés de quitter leurs maisons
Amnesty International dénonce des raids meurtriers et des attentats-suicide contre des marchés, des gares routières et des lieux de culte. 1600 morts depuis le mois de juin 2015.
 
«Le nombre de personnes tuées depuis le début de l’année est vraiment choquant, avec plus de 3.500 victimes civiles en moins de 300 jours», déclare le directeur pour l’Afrique d’Amnesty, Netsanet Belay. Il appelle les gouvernements des pays concernés à «prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer la sécurité des civils dans les zones affectées.»
 
L’ONU a dénombré 2,3 millions de personnes forcées de quitter leurs maisons depuis mai 2013. Plus de 250.000 personnes ont fui leur pays pour se réfugier dans les pays voisins. Dans cette région du Bassin du Lac Tchad, il y a environ 5,5 millions de personnes qui n’ont pas assez à manger. «Si nous ignorons l’ampleur des besoins alimentaires, nous pourrions tous en payer un prix élevé», met en garde le département des affaires humanitaires de l’ONU.

Dernier hommage aux soldats camerounais tués par Boko Haram

Hommage national à 38 soldats camerounais tués dans le Nord du Cameroun, frontalier du Nigeria,lors d'affrontements avec Boko Haram. © Photo AFP/Reinnier Kaze


Boko Haram toujours opérationnel malgré de sérieux revers
Chez les voisins du Nigeria, le sud-est du Niger est particulièrement visé par les insurgés islamistes. L’ONU a répertorié 50 attaques depuis février 2015.
Pour combattre Boko Haram, le Niger, le Nigeria, le Tchad et le Cameroun auxquels s’est joint le Bénin ont mis au point une force d’intervention conjointe multinationale dotée de 8700 hommes, avec un quartier général à Ndjamena au Tchad. Une force qui peine à être totalement opérationnelle.
 
«Nous les avons chassés de plusieurs de leurs bastions, avons tué et capturé plusieurs de leurs chefs et libéré des centaines d’otages», a assuré le président du Nigeria, Muhammadu Buhari, devant l’Assemblée générale de l’ONU.
 
Mais le président tchadien le reconnaît : «La coalition a sans conteste affaibli la nébuleuse» islamiste mais «pour autant, elle ne s’avoue pas vaincue». Boko Haram continue en effet ses attaques meurtrières qui provoquent le chaos dans tous les pays du Bassin du Lac Tchad.
 
Au Cameroun, l’autre voisin du Nigeria, les populations de l’extrême Nord du pays vivent la peur au ventre, malgré une batterie de mesures de sécurité mises en place par les autorités : interdiction du port de la burqa, fouilles systématiques des véhicules et des personnes à l’entrée des villes et des bâtiments publics… Plus de 80.000 personnes ont dû fuir leurs maisons ces derniers mois.