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Brésil: les tourments judiciaires de Lula déteignent sur la présidente Rousseff

Par Véronique le Jeune (avec agences)@GeopolisFTV | Publié le 12/03/2016 à 12H14, mis à jour le 14/03/2016 à 15H46

L'ex-président Lula avec son héritière politique Dilma Rousseff en juin 2015
L'ex-président Lula avec son héritière politique Dilma Rousseff au congrès du Parti des travailleurs qui se tenait à Salvador (Etat de Bahia) en juin 2015, huit mois après sa difficile réélection. © RICARDO STUCKERT / INSTITUTO LULA / AFP

Quelques jours à peine après l'humiliante interpellation de l'ex-président Lula à son domicile de Sao Paulo, dans le cadre du gigantesque scandale de corruption Petrobras, le parquet a réclamé sa mise en détention provisoire. Un coup supplémentaire porté à l'icône de la gauche brésilienne qui contribue à enfoncer un peu plus Dilma Rousseff, confrontée le 13 mars à une journée de manifestations.


Le but des cortèges massifs organisés dans chaque Etat brésilien est de réclamer une fois de plus le départ du pouvoir de l'héritière politique de Luiz Inacio Lula da Silva, pris dans les mailles de la justice. L'opposition espère une participation massive pour faire pression sur les députés hésitants qui seront amenés à voter dans les prochaines semaines pour ou contre la destitution de la présidente de gauche, dont la majorité parlementaire se délite dangereusement.

Pas de quoi déstabiliser, en apparence du moins, Mme Rousseff qui a déclaré le 11 mars qu'il n'existait aucun fondement légal pour justifier sa démission et qu'elle serait «fière» d'avoir Lula dans son gouvernement. L'ex-président pourrait trouver son salut dans une nomination au poste de ministre, ce qui compliquerait les poursuites judiciaires. 

Quoi qu'elle en dise, l'offensive de la justice contre Lula tombe au plus mal pour Dilma Rousseff, confrontée à une profonde récession économique, à l'éclatement de sa majorité et à une fronde parlementaire qui paralyse totalement l'action du gouvernement.

Lula «n'aide plus le gouvernement, il aggrave son problème»
«La présidente Dilma n'a pas de force politique. Elle n'a jamais eu d'autonomie, elle a toujours été une personne qui a accompagné le projet de pouvoir du PT (le Parti des travailleurs, ndlr), une personne de confiance de Lula à qui elle n'a cessé de demander des conseils», explique Everaldo Moraes, politologue de l'Université de Brasilia.

«Maintenant que celui qui lui conférait sa force politique se retrouve en ligne de mire (...), le gouvernement est encore plus fragilisé. Désormais, il n'aide plus le gouvernement, il aggrave son problème. La crise politique a atteint son point culminant, avec la possibilité d'assister dimanche (13 mars, ndlr) aux manifestations les plus massives jamais vues au Brésil».

Les accusations de blanchiment d'argent qui pèsent sur Lula, les condamnations de certains des proches de Dilma Rousseff dans le scandale de corruption Petrobras, l'entreprise pétrolière publique, et les soupçons qui pèsent sur elle-même et sur le financement de sa dernière campagne électorale sont autant de motivations fortes pour les manifestants. Les Brésiliens, longtemps résignés, n'acceptent plus l'impunité de leurs dirigeants politiques.

Cette exaspération populaire sert de toile de fond à l'action de la justice, comme au Guatemala en septembre 2015 lorsque le président Otto Perez a été obligé de démissionner.

  
Le sort de Dilma Rousseff dans les mains de son allié centriste
L'ex-président brésilien Lula, qui jouit encore d'une grande popularité, est soupçonné de ne pas avoir déclaré être le propriétaire d’une grande maison de campagne et d’un appartement face à la mer. La demande de son arrestation par le parquet de Sao Paulo va être examinée par un tribunal qui devra décider s'il y donne suite ou non à la demande de poursuites contre l'ancien ouvrier métallurgiste, fondateur du Parti des travailleurs (PT) au pouvoir.

A la veille de la journée test du 13 mars, l'incontournable allié parlementaire du PT, le grand parti centriste PMDB, se réunit en congrès pour réélire à sa tête le vice-président Michel Temer, qui assumerait le pouvoir jusqu'en 2018 en cas de destitution de Dilma Rousseff. Très divisé entre loyalistes et partisans de la rupture avec Dilma Rousseff, le PMDB détient en quelque sorte les clés du sort politique de la présidente.

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