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Brésil: une situation économique pire que dans les années 30

Par Laurent Ribadeau Dumas@GeopolisFTV | Publié le 10/03/2017 à 15H33

Démolition maisons dans bidonville près parc olympique JO Rio
Démolition de maisons dans un bidonville près du parc olympique des JO de Rio (25 février 2016). © REUTERS - Ricardo Moraes

Le Brésil traverse «la pire crise économique de l'Histoire», reconnaît son ministre de l'Economie, Henrique Meirelles. En 2016, le PIB a baissé pour la seconde année consécutive. Malgré les mesures d'austérité du gouvernement. Dans le même temps, le pays reste miné par les scandales de corruption.


Sous la présidence de Lula (2002-2010) et jusqu’en 2013, sous de celle de Dilma Rousseff (destituée en 2016 pour maquillage des comptes publics), le Brésil a connu une forte croissance de 3,5% par an. Ce qui a permis au pays de se hisser parmi les BRICS et les grandes puissances économiques mondiales. Au cours de cette période, marquée par une politique de redistribution, quelque 30 millions de citoyens sont sortis de la pauvreté et de la précarité. Le pays était alors cité en exemple parmi les pays dits «émergents» pour ses programmes sociaux.

Mais fin 2014, il est entré en récession. En raison, notamment, de la chute des cours des matières premières (soja, minerais, viande, pétrole) et de la demande chinoise (18% des exportations brésiliennes).

Dans ce contexte, l’investissement a «reculé de près de 15% en 2015 sous l’effet des crises aiguës, liées à l’affaire Lava Jato, des secteurs de la construction et de l’énergie», constate une note du Trésor français. «Lava Jato» («lavage express» en portugais)? Une gigantesque affaire de corruption touchant le groupe pétrolier public Petrobras et les géants du BTP. Ainsi que nombre de formations politiques.

Conséquence: le produit intérieur brut de la première économie d'Amérique latine a reculé de 3,6% en 2016, après 3,8% en 2015, selon les chiffres officiels annoncés le 7 mars 2017. Avec ce recul de 7,4% sur deux ans, la récession est plus forte encore que pendant les années 1930.

Le logo compagnie pétrolière Petrobras
Le logo de la compagnie pétrolière Petrobras au siège social de l'entreprise à Vitoria (sud-est) le 10 février 2017 © REUTERS - Paulo Whitaker

En  janvier 2017, le taux de chômage a atteint, avec 12,6%, un niveau record. 12,9 millions de personnes sont à la recherche d’un emploi. Dans le même temps, la consommation des ménages, principal moteur de la croissance, s’est effondrée. En raison de la hausse du nombre de sans-emplois. Mais aussi de la cherté du crédit et de la baisse du pouvoir d’achat.

En 2016 au Brésil, tous les secteurs d'activité ont été touchés par la crise. On a ainsi constaté une baisse de 6,6% dans l'agriculture, 3,8% dans l'industrie et 2,7% dans les services.

Pour l’avenir, les prévisions de croissance ne sont guère optimistes: selon l'OCDE, celle-ci devrait être nulle en 2017 et atteindre 1,2% en 2018.

Austérité
Pour relancer l'économie, le président conservateur Michel Temer, tombeur de Dilma Rousseff, a misé sur des mesures d'austérité d’inspiration libérale. Il «a annoncé un plan de réajustement budgétaire afin de limiter la croissance des dépenses publiques», constate une note de la Compagnie française d’assurance pour le commerce extérieur (COFACE). Le gouvernement a annoncé un gel de ces dépenses pour 20 ans.

Il entend également réformer le régime des pensions, en allongeant l’âge de départ à la retraite à 65 ans. Ainsi que le code du travail, «avec notamment une flexibilisation des heures de travail».

Autant de mesures très impopulaires, alors que la cote du chef de l’Etat est déjà au plus bas à cause des scandales de corruption. Le climat à Brasilia est des plus tendus, dans l'attente de la levée imminente du secret judiciaire sur les confessions explosives d'anciens cadres du géant du BTP Odebrecht, au cœur du scandale de corruption Lava Jato-Petrobras. L'enquête tentaculaire éclabousse l'ensemble de la classe politique et les plus puissantes entreprises de construction du pays. Lesquelles s'étaient constituées en cartel pour truquer les appels d'offres du groupe pétrolier public.

Le président brésilien Michel Temer à Brasilia 7 mars 2017
Le président brésilien Michel Temer à Brasilia le 7 mars 2017. «Non, le scandale ne passera pas par moi», semble-t-il dire...  © REUTERS - Adriano Machado

Michel Temer est lui-même cité dans l’affaire. A tel point qu’il est menacé de destitution. Plusieurs de ses ministres ont dû démissionner après avoir eu leur nom associé au scandale.

«Too big to ignore»? Or too big to fail?
Pour autant, malgré cette situation politique désastreuse et l’avalanche de très mauvais chiffres économiques, «ceux qui investissent à long terme continuent d’être intéressés» par le pays, rapporte le Financial Times (FT). «Etant l’une des plus importantes économies de marché émergentes, le Brésil est trop grand pour qu’on l’ignore» («Brazil is too big to ignore»), ajoute la bible des milieux d’affaires internationaux, dans son édition du 7 février 2017.

De fait, ces derniers ne semblent pas avoir perdu confiance: en 2016, les investissements étrangers ont atteint 78,4 milliards de dollars (74,26 milliards d’euros). Après un record de 15,40 milliards de dollars (14,58 milliards d’euros) en janvier 2017. Le pays «a des ressources, une population jeune et dynamique. Il a tout pour le long terme», explique un investisseur étranger cité par le FT. Qui ajoute: le Brésil a «une économie puissante. Une fois qu’il en aura terminé avec ses problèmes, il repartira». Reste à savoir quand…