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Brexit: les arguments du «In» et ceux du «Out»

Par Ninon Friederich@GeopolisAfrique | Publié le 20/06/2016 à 11H06, mis à jour le 20/06/2016 à 11H07

Manifestants pro anti-Brexit
Un bus soutenant la campagne en faveur du Brexit à côté de militants anti-Brexit sur le pont de Westminster, à Londres, le 15 juin 2016  © REUTERS/Stefan Wermuth

Le 23 juin 2016 est une date importante pour le Royaume-Uni qui devra choisir entre rester membre de l'Union Européenne ou bien se replier sur son insularité. L'avenir du pays est en jeu. La sortie de l'UE serait-elle un avantage pour le Royaume-Uni ou un inconvénient majeur? Petit florilège des arguments des partisans et adversaires du Brexit.


L'imminence du référendum sur l'adhésion du Royaume-Uni à l'UE divise le pays. Les opposants au Brexit craignent d'importantes répercussions économiques sur le Royaume-Uni qui est le quatrième contributeur de l'Union Européenne derrière l'Allemagne, la France et l'Italie, d'après le rapport sur le budget 2014 publié par la Commission européenne.

«En cas de Brexit, l'augmentation de taxes va entraîner une perte de 40 milliards de livres dans le secteur public ce qui va diminuer l'offre d'emplois», expliquent Andy Burnham, ancien secrétaire en chef du Trésor britannique et Harriet Harman, avocate, tous deux membres du Parti travailliste britannique, dans un communiqué commun le 14 juin 2016. A les écouter, le Royaume-Uni ne pourrait pas se relever économiquement de sa séparation avec l'Union Européenne.

Mais quoiqu'il arrive, si leur pays venait à sortir de l'Union Européenne, les citoyens britanniques devraient faire face à de nouvelles mesures d'austérité afin de restaurer l'économie du pays, affirment les anti-Brexit. George Osborne, ministre britannique des Finances, a ainsi affirmé le 15 juin 2016: «Quitter l'UE toucherait l'investissement (…) et serait préjudiciable à l'économie britannique. Nous devrons augmenter les impôts et diminuer les dépenses».

«Nous aurons une décennie d'incertitude au cours de laquelle il faudra renégocier un contrat commercial avec l'UE ce qui pompera l'énergie du gouvernement du pays», a déclaré David Cameron, actuel Premier ministre britannique, le 12 juin 2016. Gordon Brown, son prédecesseur travailliste, se montre lui aussi favorable au maintien du Royaume-Uni dans l'Union européenne et encourage les électeurs britanniques à aller voter pour «un avenir meilleur». «Le Royaume-Uni a toujours su montrer la voie dans les temps difficiles à l'Europe et il est temps que nous redevenions leader», a-t-il affirmé le 13 juin 2016.

Le chef du parti travailliste, Jeremy Corbyn, peu favorable à la construction européenne, s'est pourtant rallié au camp du «Remain». Contrairement à David Cameron qui évoque une «décadence» économique et politique en cas de sortie du Royaume-Uni de l'UE, M. Corbyn qui vient de l'aile gauche du Labour, souhaite réformer l'Union Européenne afin qu'elle devienne plus «sociale». «Nous voulons former des alliances avec les partis socialistes du reste de l'Europe pour la changer», a-t-il indiqué le 14 avril 2016.

Stabilité
La sortie du Royaume-Uni de l'Union Européenne risque d'entraîner des difficultés économiques tout en portant atteinte à la sécurité et à l'union fragile du pays, expliquent les partisans du In. «Rester membre de l'UE offre la stabilité», affirme le 14 juin 2016, Enda Kenny, le premier ministre irlandais qui n'est évidemment pas Britannique mais s'inquiète pour l'avenir de l'Irlande du Nord. Tony Blair, ancien Premier ministre s'est rangé aux côtés de M. Kenny en expliquant: «si nous devions partir le 23 juin, cela mettrait l'avenir de l'Irlande du Nord en danger, cela mettrait notre union en danger».

John Major, successeur de Margaret Thatcher au 10 Downing Street, est d'accord avec Tony Blair. Il s'est adressé directement aux électeurs: «Renoncez à notre appartenance à l'Europe mais ne soyez pas surpris si nous renonçons aussi à l'intégrité de notre pays», a-t-il déclaré lors un discours prononcé à l'université d'Ulster le 9 juin 2016. Une allusion au fait que l'Ecosse pourrait relancer le processus de son indépendance en cas de sortie de l'UE.

D'une manière générale, la sécurité de l'Europe de l'Ouest est un argument primordial utilisé par les opposants au Brexit. «Aucun pays n'a jamais quitté l'Otan ni l'Union européenne, et cela affaiblira manifestement la sécurité de l'Europe occidentale», a affirmé Michael Fallon, le secrétaire britannique à la Défense, le 14 juin 2016.

Une «Sun»
Une du «Sun» © DR/Capture d'écran

De la souveraineté nationale avant toute chose
Les pro-Brexit, quant à eux, insistent sur la souveraineté nationale du Royaume-Uni. A leurs yeux, le Brexit lui permettrait de redevenir un pays indépendant avec de nouvelles opportunités. «C'est notre chance de rendre la Grande-Bretagne encore meilleure, de reprendre notre démocratie, de préserver les valeurs et la culture dont nous sommes fiers à juste titre», souligne The Sun, premier quotidien national qui a pris position publiquement en faveur du Brexit.

«J'ai écouté attentivement ce que m'ont dit mes amis en Australie et ils pensent que nous pouvons reprendre le contrôle de notre système d'immigration  mais aussi d'économiser de grosses sommes d'argent», déclare Boris Johnson, l'ex-maire de Londres et l'un des principaux animateurs de la campagne du «Leave». La sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne permettrait au pays d'établir de nouveaux échanges avec des pays qui ne sont pas membres de l'Union, affirme son camp.

L'ancien maire de Londres déclare que l'Union européenne n'a connu que des échecs et qu'elle veut seulement accomplir un but similaire à celui d'Hitler: «créer un super Etat puissant». Il n'hésitait pas à affirmer le 15 mai 2016 au quotidien conservateur, Telegraph: «Napoléon, Hitler, beaucoup de personnes ont déjà essayé (de créer cette union) mais tout s'est terminé tragiquement. L'Union Européenne est une tentative de la créer par différentes méthodes».

Nigel Farage, le chef du parti europhobe Ukip, ne croit plus en l'avenir de l'Union Européenne. Il se dit préoccupé par l'immigration au Royaume-Uni laquelle serait, selon lui, facilitée par la politique de libre circulation de personnes instaurée au sein de l'Union. «Les souffrances de millions de citoyens britanniques ordinaires causées par une immigration non régularisée, venant de toute l'Union Européenne, peuvent être le prix à payer pour M. Cameron et ses amis», a-t-il lancé le 14 juin 2016.