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Brexit : quel avenir pour les expatriés ?

Par Charles Deluermoz@GeopolisAfrique | Publié le 21/06/2016 à 11H17, mis à jour le 21/06/2016 à 14H46

Brexit
Brexit, ou la sortie de la Grande-Bretagne de l'Union européenne. © Reuters/Klaus Ohlenschläger

Les ressortissants britanniques en Europe et les Européens vivant outre-Manche s'inquiètent du possible impact du Brexit sur leur situation personnelle. Mais si l'inquiétude est légitime, leur condition ne devrait pas changer dans les faits. Ce sont davantage les droits des nouveaux arrivants au Royaume-Uni qui risquent d'être modifiés.


L'échéance approche et l'inquiétude grandit chez les expatriés des deux côtés de la Manche. Alors que le gouvernement britannique affirme ne pas étudier le sort des expatriés dans la cas d'une possible sortie de l'Union européenne, aucune information officielle n'a été communiquée à leur sujet, laissant quelques centaines de milliers de ses ressortissants établis en Europe continentale dans la plus grande incertitude.

Car, en concentrant les débats sur les 2,3 millions de citoyens européens vivant au Royaume-Uni, le sort d'un nombre égal de citoyens britanniques dans l'Union européenne semble avoir été oublié.

Rien qu'en France, on en compte 400.000. La question n'est donc pas négligeable. Preuve de leur inquiétude grandissante, les demandes de naturalisation des expatriés britanniques dans leur pays d'accueil ont presque doublé au deuxième trimestre 2016, sans compter les Européens qui sont de plus en plus nombreux à vouloir devenir Britanniques.


Dans le même temps, la peur d'un Brexit, et dans son sillage la perte des droits des expatriés, poussent les Britanniques du continent à revenir au Royaume-Uni.

Pourtant, si le flou est total, les personnes installées sur place peuvent néanmoins se rassurer. Comme le souligne le site internet Expat Assure, la convention de Vienne sur le droit des traités de 1989 stipule que les droits acquis des individus ne peuvent leur être retirés si de nouveaux textes sont signés. Le changement majeur concernera donc davantage les nouveaux migrants qui devront se plier aux nouvelles règles. Les volontés migratoires de nombreux Européens vers le Royaume-Uni risquent alors d'être fortement entravées. 

Londres, l'ancien eldorado ?
La Grande-Bretagne risque-t-elle d'être délaissée par les Européens, après avoir été longtemps attractive? La question est désormais de savoir si elle continuera d'attirer sur son sol les citoyens européens, que le Brexit l'emporte ou non, car l'application de l'accord de mars 2016 entre Londres et Bruxelles, qui entrera en vigueur si les Britanniques votent pour le "In", en limitera le nombre. 

Mais, comme le reconnaissait Boris Johnson, l'ancien maire de Londres favorable au Brexit, ces étrangers sont pour le Royaume Uni une source importante de l'accroissement de la richesse et les liens économiques qu'ils représentent ont tout intérêt à être préservés.

En cas de Brexit, il serait alors envisageable que le Royaume-Uni négocie des accords bilatéraux. Des conditions spécifiques pourraient ainsi être appliquées, au cas par cas, par le gouvernement britannique. Des règles plus souples pourraient être mises en place pour les pays avec lesquels le Royaume-Uni entretient une plus forte coopération, comme l'Allemagne ou la France, tandis que des règles plus strictes pourraient être mises en place avec les pays sources d'immigration, tels que la Pologne.

Des citoyens oubliés
Concentrés sur les questions d'immigration et d'économie nationale, les partisans du Brexit semblent en effet avoir oublié qu'environ deux millions de Britanniques vivent à travers l'Europe. Des expatriés qui pourraient alors voir leur présence dans d'autres pays bouleversée du jour au lendemain. Mais ils espèrent peser davantage sur la prise en compte de leur situation par le gouvernement britannique, car ils figurent parmi ceux qui seront peut-être les plus touchés par une éventuelle sortie de leur pays.

En Grande-Bretagne, plusieurs d'entre eux ont même été écartés des listes électorales parce qu'ils ont quitté leur terre natale depuis plus de 15 ans. 

Trop souvent oubliés, ils doivent donc prendre part au débat s'ils veulent être entendus. C'est pourquoi ils s'organisent massivement depuis plusieurs mois sur les réseaux sociaux pour s'informer et se faire entendre. Mais s'ils pourraient finalement bien peser sur le référendum, leur sort n'est qu'une question parmi tant d'autres dans cette incertitude majeure qu'est le Brexit.