Synthèse

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Bruit de bottes en Syrie: l’Arabie saoudite et la Turquie prêtes à intervenir

Par Alain Chemali@GeopolisFTV | Publié le 13/02/2016 à 17H45, mis à jour le 15/02/2016 à 11H06

Char d'un groupe l'opposition syrienne dans région d'Alep
Bien qu'affaiblie et désemparée par les raids de l'aviation russe,  l'opposition armée syrienne poursuit ses attaques contre le quartier général des forces de Bachar al-Assad, le 12 février 2016, près des villages de Nouboul et Al-Zahra, dans la région d'Alep. © MUSTAFA SULTAN/ANADOLU AGENCY/AFP

Le mince espoir d’une trêve prévue en Syrie par les chefs de la diplomatie américaine et russe à Munich a volé en éclats. Face à la poursuite des bombardements russes et l’avancée des forces syriennes dans les régions d’Alep et de Rakka, les bruits de bottes se précisent. Déterminées à évincer Bachar al-Assad, l’Arabie saoudite et la Turquie sont prêtes à envoyer des troupes au sol le moment venu.

Tout comme les pourparlers de paix de Genève III sur la Syrie, l’accord sur une possible trêve annoncé depuis Munich, par le secrétaire d’Etat américain John Kerry et son homologue russe Sergueï Lavrov, semble bel et bien mort-né.
 
L’espoir de voir s’instaurer un cessez-le-feu a en effet été douché par le président syrien en personne. Dans un entretien exclusif accordé à l’Agence France Presse, Bachar al-Assad affirmait vouloir reprendre le contrôle de toute la Syrie même au prix de longs combats.

Bachar al-Assad prêt à faire face à une intervention de Ryad et Ankara au sol 
En pleine bataille pour couper Alep de ses sources de ravitaillement depuis le territoire turc  et pour encercler Rakka, la capitale de Daech en Syrie, il a estimé qu’une intervention militaire de Ryad et Ankara ne pouvaient être exclue et prévenu que ses forces «y feraient face».
 
Face à la double offensive de l’aviation russe et des troupes du régime au sol qui a atteint de plein fouet les pourparlers de Genève, le jeune et fougueux chef de la diplomatie saoudienne Ryad el-Jubeir est monté au créneau. Il a annoncé que le royaume était prêt à dépêcher des troupes au sol en Syrie dans le cadre de la coalition internationale contre l’EI.

Pour l'Arabie saoudite «il n'y aura pas de Bachar à l'avenir» 
Plus encore, dans un entretien publié par le Süddeutsche Zeitung, il a prévenu : «il n’y aura pas de Bachar al-Assad à l’avenir. Cela prendra peut-être trois mois, six mois ou trois ans, mais il ne sera plus aux affaires en Syrie. Un point c’est tout».
 
Corroborant à son tour les risques évoqués par le président syrien, le chef de la diplomatie turque a annoncé que son pays emboitait le pas à l’Arabie saoudite, devenue ces derniers mois l’un des plus proches alliés de Turquie.
 
«S’il y a une stratégie (contre l’EI), a dit Mevlut Cavusoglu, de retour de Munich, alors la Turquie et l’Arabie saoudite pourraient participer à une opération terrestre». Il a même prévenu que Ryad allait déployer des avions de chasse sur la base stratégique d’Incirlik dans le sud de la Turquie.

Des bruits de bottes qui inquiètent Moscou
Même si selon l’art de la guerre un Etat-major n’annonce jamais une bataille à l’avance, les bruits de bottes semblent suffisamment audibles au point de faire réagir Moscou.
 
Principal allié et soutien de Damas, Moscou a fait marche arrière sur l’accord-express de Munich. Sergueï Lavrov doute des chances de l’accord international sur une cessation des hostilités et le premier ministre Dmitri Medvedev a mis en garde contre toute intervention des pays de la coalition emmenée par les Etats-Unis.
 
«Ne menacez personne avec une opération au sol» a-t-il prévenu depuis Munich, estimant que le monde était entré dans une nouvelle guerre froide.   
 
Du côté de Washington, on assure que Bachar al-Assad «se fait des illusions s’il pense qu’il y a une solution militaire au conflit en Syrie» et John Kerry a appelé la Russie «à changer de cibles» militaires dans ce pays. Pour lui, «nous sommes à un moment charnière entre guerre et paix… et les frappes russes se concentrent sur les groupes d’opposition légitimes». Un comportement contraire à l’accord sur la trêve.

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