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Bruno Parmentier, auteur de «Nourrir l’humanité»

Par Jean Serjanian@GeopolisAfrique | Publié le 01/12/2011 à 10H04, mis à jour le 15/11/2012 à 16H02

Bruno Parmentier
Bruno Parmentier © BP

Selon un nouveau rapport de l’organisation de l’ONU pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) consacré aux ressources naturelles dont dépend l’alimentation mondiale, un quart des terres cultivables de la planète est aujourd’hui « hautement dégradé », la pénurie et la pollution de l’eau est en hausse et la déforestation a atteint un niveau jamais égalé. Toute la planète est concernée.

Peut-on encore stopper une telle évolution ?

La déforestation est énorme mais quand des gens meurent de faim et défrichent un bout de forêt pour cultiver, c’est dommage, mais il faut bien qu’ils se nourrissent. Pour arrêter, les gouvernements doivent faire le nécessaire de sorte que leur population mange. Or il y a très peu de gouvernement qui s’occupe de la lutte contre la malnutrition. Il y en a un qui a donné l’exemple récemment, c’est le Brésil de Monsieur Lula, mais il y a très peu de pays qui font cela. Faire en sorte que les gens mangent dans les zones où ils défrichent la forêt pour cultiver, c’est une manière indirecte de protéger les forêts.

Il y a une autre raison à la déforestation, industrielle, celle-là. De grandes entreprises défrichent soit pour faire de l’élevage extensif, notamment en Amazonie, soit pour planter pour faire de l’huile de palme. Il faut arriver à réguler la voracité de ces sociétés qui détruisent la planète pour gagner de l’argent. Tout cela n’arrive pas par hasard, ce sont des politiques, on peut inverser ces politiques.

L’autre phénomène, la dégradation des sols vient notamment de l’exploitation intensive qui épuise la fertilité de la terre. Il y a aussi l’irrigation des terres qui nécessite le drainage, faute de quoi le sel remonte peu à peu en surface rendant le sol improductif. Ces deux causes se conjuguent et détruisent progressivement les sols. Est-ce que l’on peut inverser cette situation ? Oui, à condition d’adopter des méthodes d’amendement écologiques et même écologiquement intensive des terres.

L’Afrique, touchée par la désertification, arrivera-t-elle à nourrir sa population qui doit quasiment doubler d’ici 2050 ?

Pour assurer aux africains en 2050 une alimentation équivalente à la nôtre, il faudrait pouvoir multiplier la production africaine par cinq, cela est impensable. L’Afrique n’aura probablement pas d’autre choix que de rester végétarienne majoritairement, ce qui est le cas aujourd’hui. Il faudra alors multiplier par trois la production afin de nourrir les deux milliards d’Africains. C’est possible.

En Afrique on ne s’est plus du tout occupé d’agriculture depuis 40 ans. Nombre de pays de ce continent produisent moins de nourriture aujourd’hui qu’au moment de la décolonisation.

Le cas de la Tunisie est exemplaire. Les émeutes de ce printemps ont démarré pour des raisons alimentaires dans un pays considéré comme un riche grenier. Augmenter très fortement la production de céréales en Tunisie ne serait pas très difficile.

De même à Madagascar il est anormal que les gens aient faim. Ce pays devrait normalement exporter des produits alimentaires et non importer.

Dans les pays en guerre cela est encore plus spectaculaire. La République Démocratique du Congo devrait être un des pays les plus exportateurs de nourriture du globe. Pays immense avec d’excellentes terres et beaucoup de pluie, la RDC peu potentiellement nourrir au minimum 500 millions de personnes. Or actuellement 75% de la population meurt de faim car ils font la guerre, mais on peu imaginer que la RDC nourrisse à elle seule le tiers de l’Afrique.

La population mondiale évaluée à 7 milliards d’individus, dont un milliard sous-alimentés, devrait atteindre les 9 milliards en 2050. Dans ces conditions peut-on espérer réduire ou même éradiquer un jour la faim dans le monde ?

Est-ce que la terre peut nourrir 9 milliards de personnes, oui, mais on en prend pas le chemin. On est dans une situation où il y a peu de zones vraiment productives en agriculture : la Chine, l’Europe, les Etats unies, le Brésil un peu, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, quelques régions de l’Inde.

En matière d’alimentation mondiale, ont devient maintenant très limite. A chaque fois qu’il y un problème climatique ou autre dans une zone céréalière et que l’on vienne à manquer, il se produit des émeutes de la faim et des révolutions. Toutefois en s’occupant vraiment d’agriculture et en développant l’investissement ont obtient de bons résultats. C’est ce que font les nouveaux pays surpeuplés d’Asie, la Chine mais aussi la Corée et le Japon qui achètent des terres partout où ils peuvent, c'est aussi le cas des pays secs tel l’Arabie Saoudite, le Koweït, les Républiques Arabes unies qui ont réalisé que l’agriculture allait être une question fondamentale au 21e siècle.

Bruno Parmentier, ingénieur des mines et économiste, a dirigé de 2002 à 2011 le Groupe ESA (École supérieure d’agriculture d’Angers) Groupe français d’enseignement supérieur en agriculture, alimentation et développement rural.

Le blog de Bruno Parmentier