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Burkina Faso : à quoi sert la garde présidentielle?

Par Martin Mateso@GeopolisAfrique | Publié le 17/07/2015 à 16H43, mis à jour le 21/07/2015 à 16H12

Officiers burkinabé
Des officiers supérieurs burkinabé posent aux côtés du lieutenant-colonel Isaac Yacouba, ex N°2 de la garde présidentielle, au quartier général de l'armée à Ouagadougou, le 1er novembre 2014. © Photo AFP/Issoufou Sanogo

La question n’est plus taboue au Burkina depuis qu’un soulèvement populaire a balayé l’ancien président Blaise Compaoré. Depuis son départ en exil, la société civile demande à corps et à cris le démantèlement de sa garde prétorienne. Le régiment de sécurité présidentielle, façonné pour protéger l’ancien régime, a été au cœur de toutes les crises qui ont ponctué la transition en cours.

 
Ils étaient plusieurs milliers sur la très symbolique place de la révolution à Ouagadougou début février 2015 pour demander la dissolution de la garde présidentielle. Ce corps d’élite était au service de l’ancien président Blaise Compaoré, chassé du pouvoir par la rue fin octobre 2014, après 27 ans de règne.
 
Pour Luc-Marius Ibriga, membre de la société civile du Burkina, il s’agit «d’une milice façonnée pour l’ancien régime qui n’a plus sa raison d’être».  
 
L’avocat burkinabé Bénéwendé Sankara enfonce le clou: «Aujourd’hui, le président de la transition n’est pas gardé par ce régiment qui n’est plus employé. Si sa mission était de garder le président, c’est raté... Le président déchu «aurait dû emmener le régiment» dans son exil, «puisqu’il a été créé pour sa protection personnelle», estime l’avocat de la famille de Thomas Sankara.
 

Issac Zida

Le Premier ministre du Burkina, Isaac Zida, ancien N°2 de la garde présidentielle. © Photo AFP/Issouf Sanogo


Une armée dans l’armée
Ils ont toujours suscité la crainte auprès des Burkinabés. Détestés par les populations, ces soldats d’élite issus pour la plupart des commandos-parachutistes forment un régiment à part. Sur son site Le monde à l’envers, Louis Konsack décrit une armée à part, disposant «dune noria de véhicules de transport de troupes, de ses blindés, de sa poudrière et de ses stations d’essence. Un régiment à l’écart de la chaîne de commandement, avec des officiers triés sur le volet, méthodiquement promus par Blaise Compaoré… et grassement payés sous les lambris dorés du Palais présidentiel.»
 
Le Premier ministre de la transition, Isaac Zida, est issu de ce corps d’élite dont il était le N°2 jusqu’au soulèvement populaire qui a emporté l’ancien chef de l’Etat. Il a été parmi les premiers à réclamer sa dissolution en décembre 2014. D’où la colère de ses frères d’armes qui ont exigé son départ du gouvernement.
 
Le président burkinabé Michel Kafando a tranché. Il a retiré le portefeuille de la défense à son Premier ministre qui garde cependant son poste de chef du gouvernement. L’armée est priée de ne pas perturber la transition. «Je le dis tout net, il n’est pas juste que pour des intérêts divergents, notre armée nationale dont c’est la mission de protéger la paix au Burkina Faso en vienne à être le perturbateur de la paix au Burkina Faso», a martelé le chef de l’Etat.

Soulement populaire à Ouagadougou

Soulèvement de la population contre l'ancien président Blaise Compaoré, le 31 octobre 2014, à Ouagadougou. © Photo AFP/Issouf Sanogo


Une ombre sur la fin de la transition
A trois mois d’une présidentielle cruciale, la garde présidentielle n’a pas encore dit son dernier mot. D’autant que son ancien chef, Blaise Compaoré, vient d’être mis en accusation par le parlement intérimaire pour «trahison et attentat à la constitution».
 
Outre les remous que pourrait susciter cette annonce, une grave crise autour du régiment de sécurité présidentielle, qui fut le bras armé de l’ancien chef de l’Etat, fait planer une ombre sur la fin de cette période de transition.
 
Les Burkinabés espèrent en tout cas tourner définitivement la page du RSP, le régiment de sécurité présidentielle. «Il faut une garde républicaine pour assurer la sécurité de toutes les institutions du Burkina», affirme Guy Hervé Kan, porte parole du Balai Citoyen, un mouvement très actif dans la chute de Blaise Compaoré en octobre 2014.
 
Comme la plupart de ses compatriotes, il estime que ce régiment devrait être redéployé dans l’armée régulière. Un cas d’école qui retient l’attention sur l’ensemble du continent où les gardes présidentielles «font la pluie et le beau temps».