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Burkina Faso: au secours, «le système Compaoré est de retour», alerte la société civile

Par Martin Mateso@GeopolisAfrique | Publié le 31/05/2017 à 16H41, mis à jour le 07/06/2017 à 15H02

L'ancien président Burkina Faso Blaise Compaoré 10 octobre 2016 à Abidjan
Exilé en Côte d'Ivoire, Blaise Compaoré a dirigé le Burkina pendant 27 ans. Il a été chassé du pouvoir en octobre 2014 par une insurrection populaire. Ses tombeurs dénoncent le retour de son système «marqué par la corruption et le népotisme». © Photo AFP/Issouf Sanogo

La coalition contre «la mal-gouvernance» qui vient de se mettre en place au Burkina tire la sonnette d’alarme. Elle constate que l’espoir suscité par l’insurrection populaire d’octobre 2014 est en train de se transformer en désespoir. C’est ce qu’explique à Géopolis Marcel Tankoano, président du Mouvement M21, en pointe dans la chute du régime Compaoré.


Il n’y a pas eu de véritable rupture avec la dictature du régime Compaoré, affirme Marcel Tankoano, membre fondateur de la coalition contre «la mal-gouvernance». Baptisée «Bori Bana», ce qui signifie «on arrête tout», elle regroupe de nombreuses organisations de la société civile.
 
«A l’heure actuelle, les Burkinabè souffrent plus qu’avant. La déception est à tous les niveaux. Elle est totale. Les anciennes pratiques comme la corruption, le népotisme, le clientélisme, les affaires au plus haut sommet de l’Etat sont revenues. Nous constatons aujourd’hui qu’il n’y a pas eu de rupture. On a l’impression que même si Blaise Compaoré n’est plus au Burkina Faso, les anciennes pratiques de son régime n’ont jamais quitté le pays», explique Marcel Tanoano à Géopolis.

Marcel Tankoano président M21
Marcel Tankoano est membre fondateur de la coalition contre «la mal gouvernance». Son mouvement, le M21, a été en pointe dans la chute du régime Compaoré en octobre 2014.  © Photo/M21

 «Une nouvelle révolte qui viendrait tout balayer»
Les mises en garde se multiplient au sein de la société civile. Certains redoutent l’explosion d’une nouvelle révolte qui pourrait balayer tout sur son passage.
 
«Quand nous parlons de nettoyage complet, nous voulons signifier au président Marc Christian Kaboré que trop c’est trop. La souffrance a une limite. La grogne sociale est montée à son paroxysme. Il y a des grèves partout, il y a des sit-in. L’administration est bloquée. Il y a un malaise total au sein de l’Etat burkinabè. Nous interpellons les pouvoirs publics. Ils ont encore le temps de se ressaisir», fait remarquer le président du Mouvement 21 Avril.
 
Le président Marc Christian Kaboré s’était pourtant engagé à lutter contre la pauvreté. Son gouvernement a même lancé un ambitieux plan national de développement économique et social de 28 milliards d’euros sur cinq ans.
 
«Les Burkinabè ne mangent pas à leur faim»
Aujourd’hui, les critiques fusent y compris dans les rangs du régime dont le N°2, Salifou Diallo, président de l’Assemblée nationale dénonçait récemment «un pouvoir bureaucratique qui passe son temps à signer des papiers et des accords». La société civile dénonce une certaine «pagaille» qui règnerait au sommet de l’Etat.
 
«Ceux qui sont sortis dans la rue pour chasser l’ancien président Blaise Compaoré l’ont fait parce qu’ils avaient faim. A l’heure actuelle, la faim est totale au Burkina Faso. Trois personnes sur quatre ne mangent pas un demi-repas par jour. C’est inadmissible», s’indigne Marcel Tankoano.
 
La coalition contre «la mal-gouvernance» est formelle: les mêmes facteurs qui ont conduit à la chute de la dictature du régime de Compaoré se mettent progressivement en place. Certains n’hésitent pas à fustiger ceux qui souhaitent le retour de l’ancien président en terre natale pour favoriser la réconciliation nationale.
 
«Si Blaise Compaoré doit rentrer au Burkina Faso, c’est pour se mettre à la disposition de la justice. On ne peut pas aller à une réconciliation véritable sans savoir qui a fait quoi. Les Burkinabè sont prêts à pardonner. Mais ils cherchent à savoir ce qui s’est passé dans notre pays. Nous ne voulons pas aller à une réconciliation maquillée», clame Marcel Tankoano.
 
Les organisations de la société civile persistent et signent. Elles ne lâcheront rien tant que les dirigeants du pays ne prendront pas en compte les souffrances des citoyens qui leur ont confié le pouvoir. Ce combat nous le mènerons même si cela doit nous apporter des ennuis, assure Marcel Tankoano.