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Burundi,  Afrique

Burundi: des milices sèment la terreur à l'approche des élections présidentielles de mai 2015

Par Martin Mateso@GeopolisAfrique | Publié le 12/02/2015 à 09H48

Activistes Amnesty International
Des activistes d'Amnesty international manifestent en mai 2013 devant l'ambassade du Burundi à Bruxelles contre une loi limitant la liberté de la presse au Burundi. © François Lenoir/Reuters

La tension monte au Burundi à trois mois de l'élection présidentielle de mai 2015. La population vit dans la peur en raison des violences orchestrées par des bandes armées non-identifiées qui opèrent en toute impunité. Les organisations de défense des droits de l'Homme dénoncent une campagne d'intimidation du pouvoir dirigée contre la presse et l'opposition politique.

Il croupit en prison depuis le 21 janvier 2015. Bob Rugurika est un jeune journaliste, directeur de la Radio publique africaine, très écoutée au Burundi. Son tort, avoir diffusé les aveux d’un homme qui se présente comme l’un des assassins de trois religieuses italiennes égorgées à Bujumbura, en septembre 2014. Le meurtrier présumé mettait en cause de hauts responsables des services de renseignement et de sécurité dans ces crimes. Pour la justice burundaise, ce triple meurtre est l’œuvre d’un déséquilibré mental. Une thèse qui n’a guerre convaincu dans le pays.

Le journaliste a été inculpé de complicité d’assassinat et risque jusqu’à 20 ans de prison. L’organisation américaine Human Rights Watch accuse le pouvoir burundais de chercher à museler les médias à l'approche des élections prévues en mai 2015. «Emprisonner l'un des journalistes les plus populaires du pays permet de faire d'une pierre deux coups: réduire au silence Bob Rugurika et intimider les autres journalistes», écrit HRW.

Le président Burundi Pierre Nkurunziza

Le président du Burundi, Pierre Nkurunziza. La société civile lui demande de ne pas se présenter pour un troisième mandat «anti-constitutionnel» à la tête du pays. © Photo AFP

 
Une «cocotte minute» prête à sauter
A trois mois d’une présidentielle cruciale, la peur a ressurgi dans ce pays qui a déjà connu une longue et douloureuse histoire de conflit violent. 

Plusieurs ambassades occidentales ont mis en garde leurs ressortissants contre des voyages de nuit à Bujumbura et dans les provinces où opèreraient des bandes armées non-identifiées qui terrorisent la population, volent, pillent et tuent, surtout à l’arme blanche.

Dans un rapport consacré au Burundi, Amnesty International accuse le mouvement des Imbonerakure, une organisation de jeunesse du parti au pouvoir (CNDD-FDD), de se livrer à des actes d’intimidation, de harcèlement et de violence. «Ils attaquent et parfois tuent des opposants politiques en toute impunité», dénonce l'ONG. En mai 2014, un défenseur des droits de l’Homme bien connu au Burundi, Pierre Claver Mbonimpa, avait été jeté en prison pour avoir affirmé à la radio que de jeunes hommes recevaient des uniformes et se rendaient en République démocratique du Congo voisine pour suivre un entraînement militaire.

Plusieurs acteurs de la société civile réclament leur dissolution. Certains n’hésitent pas à comparer leur pays à une cocotte minute prête à sauter à tout instant. Ils s’inquiètent du rôle de catalyseur des violences que ces «milices» pourraient jouer lors des prochaines élections. Ils redoutent des affrontements qui pourraient les opposer aux organisations de jeunesse d’autres partis politiques. L’ONU a d’ores et déjà mis en garde : «Ceux qui manipulent et incitent les jeunes à la violence seront passibles de poursuites internationales.»
 
Burundi membres mouvement jeunes imbonerakure

Des membres du mouvement des jeunes imbonerakure, lors d'un congrès à Gitega en avril 2012. © Photo Esdras Ndikumana/AFP


Les tensions politiques au Burundi s’intensifient depuis que le président Nkurunziza fait pression pour briguer un troisième mandat présidentiel.

Plus de 300 organisations de la société civile burundaise ont lancé une campagne de mobilisation baptisée Arrêtons le 3e mandat pour le chef de l’Etat, Pierre Nkurunziza. Elles demandent à ce dernier, au pouvoir depuis 2005, de respecter la Constitution qui stipule que «nul n’a le droit d’exercer plus de deux mandats successifs au sommet de l’Etat».