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Burundi : un référendum constitutionnel pour dire «oui» ?

Par Eléonore Abou Ez (avec AFP)@GeopolisAfrique | Publié le 16/02/2018 à 17H36

Un bulletin vote au Burundi
Opération de dépouillement de vote à Bujumbura après l'election présidentielle de 2015 © REUTERS / Mike Hutchings

Le gouvernement burundais a adopté fin octobre 2017 un projet de révision de la Constitution. Il permettrait notamment au président Nkurunziza de rester au pouvoir. Les Burundais sont appelés à se prononcer par référendum en mai prochain.


Théoriquement, le processus est simple. Les Burundais sont appelés à dire oui ou non à la réforme de la Constitution. Mais à trois mois du vote, l’inscription sur les listes électorales pose déjà problème. L’opposition parle d’«enrôlement forcé». Plusieurs témoignages, rapportés par des médias indépendants ou par l'opposition, font état de pressions exercées par l’administration, la police et la ligue des jeunes du parti au pouvoir.
 
Une preuve d’inscription
L’inscription sur les listes électorales n’est pas obligatoire dans le pays et pourtant de nombreux Burundais ont été forcés à le faire. «Tous les passants étaient obligés de s’arrêter à des barrages et personne ne pouvait passer sans montrer son récépissé d’enrôlement» raconte à l’AFP un professeur de lycée. D’autres personnes ont assuré que l’administration locale avait menacé de ne pas leur fournir d’engrais ou de ne pas valider leur assurance santé s’ils ne s'inscrivaient pas sur les listes.
 
«Quelques bavures»
Le Premier vice-président burundais reconnaît «quelques bavures» de la part des Imbonerakure, la ligue des jeunes au pouvoir qualifiée de milice par l’ONU.
Gaston Sindimwo préfère mettre en avant la «sensibilisation pour l’enrôlement». Le gouvernement a d’ailleurs déjà lancé une campagne pour «expliquer» la réforme constitutionnelle.
 
Que dit la police?
Bien avant le lancement officiel de la campagne, prévu 15 jours avant le vote, le ton est donné. La police burundaise a implicitement menacé d’arrêter tous ceux qui militent pour le «non».
 «Je lance un avertissement et une mise en garde à toute personne qui par son action ou son verbe, tentera d’entraver le processus, (…) particulièrement à la jeunesse qui est trompée par certains politiciens», a déclaré le porte-parole de la police dans une vidéo postée le 13 février sur le site de la radio-télévision nationale.
 
Un professeur de collège et quatre lycéens et collégiens ont été arrêtés pour avoir «enseigné aux gens à dire non».
La réforme de la Constitution devrait permettre au président Nkurunziza de rester au pouvoir jusqu’en... 2034.

L'annonce en avril 2015 de sa candidature à un troisième mandat controversé avait plongé le Burundi dans une crise politique et des violences qui ont fait, depuis, plus de 1200 morts et quelque 400.00 déplacés.