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Cacao: les producteurs africains réclament leur part du gâteau et s'organisent

Par Falila Gbadamassi@GeopolisAfrique | Publié le 26/04/2018 à 17H57, mis à jour le 26/04/2018 à 20H02

Des fèves cacao
Un homme montre des fèves de cacao lors de la conférence mondiale sur le cacao initiée par l'ICCO le 23 avril 2018 à Berlin, en Allemagne © WOLFGANG KUMM / DPA

Les pays producteurs africains de cacao ne veulent plus être les laissés-pour-compte de l'industrie chocolatière. Ils s'organisent pour réduire leur dépendance aux fluctuations du prix du kilo de fèves sur le marché international. La volonté de la Côte d'Ivoire et du Ghana, premiers producteurs au monde, d'harmoniser leur politique commerciale est une démarche inédite qui pourrait faire date.


«Les pays producteurs ne peuvent plus accepter les cours actuels du cacao, qui frisent l’esclavagisme», a déclaré le ministre camerounais du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, lors de la 4e conférence mondiale sur le cacao qui s'est achevée le 25 avril 2018, rapporte l'agence Ecofin. L'évènement, initié par l'Organisation internationale du cacao (ICCO), a été notamment marqué par un plaidoyer en faveur des producteurs.  

Des agriculteurs pauvres
«Trop de producteurs de cacao vivent encore dans la pauvreté. La déforestation, le travail des enfants, l'inégalité entre les sexes, les violations des droits de l'Homme et de nombreux autres défis sont une réalité quotidienne dans de nombreuses régions cacaoyères. Nous affirmons que le secteur du cacao ne sera pas durable si les agriculteurs ne sont pas en mesure de gagner leur vie», insiste la déclaration finale de la conférence. 

Selon l'agence Ecofin, «les pays producteurs de cacao en Afrique, continent qui assure 75% de la production mondiale des fèves de cacao, n’ont capté que l’équivalent de 6% du chiffre d’affaires réalisé par l’industrie chocolatière au cours de la campagne 2016-2017». De même, le prix du chocolat ne cesse d'augmenter quand celui du kilo de fèves ne cesse, lui, de baisser. «Entre octobre 2015 et octobre 2017, le prix de la tablette de chocolat a progressé (...) de 14,22 à 14,75 dollars, rapporte Commodafrica quand «en même temps», le prix du kilo de fèves est passé de 3,20 à 2,01 dollars.

La solution du cartel
Garantir des revenus décents aux agriculteurs. C'est l'une des raisons pour lesquelles le Ghana et la Côte d'Ivoire ont décidé de faire front commun face à la volatilité du prix du cacao dont ils sont les plus gros producteurs mondiaux mais pas les plus grands bénéficiaires. Accra et Abidjan, qui fournissent environ 60% de la production mondiale, ont décidé d'harmoniser leur politique commerciale depuis le 26 mars 2018.

Le président ghanéen Nana Addo Dankwa Akufo-Addo et son homologue ivoirien Alassane Ouattara ont signé la «déclaration d'Abidjan» en marge de l'Africa CEO-forum. L'un de ses objectifs est de faire converger le prix de la matière première. Le communiqué, qui annonçait la signature de l'accord sur le portail du gouvernement ivoirien, indiquait que les fluctuations du prix du cacao avaient influé de  façon «défavorable» sur les revenus des paysans et le budget de l'Etat. En 2017, «les cours du cacao sur le marché international (ont été) marqués par une chute de l’ordre de 40%».

Dans le cadre de leur accord, les deux pays devraient annoncer, chaque année, de «manière concomitante» le prix d'achat aux paysans du kilo de fèves (prix bord champ) avant le début de la campagne. «Chacun va annoncer son prix... Mais nous allons essayer de rapprocher les prix. Les deux pays n'ont pas les mêmes systèmes de fixation des prix», a expliqué à l'AFP Yves Koné, président du Conseil du café cacao, l'organe de régulation de la filière en Côte d'Ivoire. La démarche devrait également permettre de lutter contre la contrebande entre les deux pays. 

Cette alliance entre Accra et Abidjan est inédite et préfigure peut-être de la formation d'un cartel, à l'instar de l'Organisation des pays producteurs de pétrole (OPEP). C'est un peu ce qu'espère Jean-Marc Anga, directeur exécutif de l'ICCO. «Pour être plus efficaces», rapporte Commodafrica, il a invité la Côte d'Ivoire et le Ghana à se tourner, non seulement vers le Nigeria et le Cameroun (les 4 pays représentant «73%» de l'offre mondiale), mais aussi vers l'Indonésie et l'Equateur. Ces six pays réunis concentrent «85%» de la production mondiale. De quoi gagner en influence, souligne Jean-Marc Anga.