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Cambodge,  Asie-Pacifique

Cambodge: spolier des terres est-il un crime contre l’humanité ?

Par Catherine Le Brech avec AFP@GeopolisAfrique | Publié le 13/10/2014 à 13H13, mis à jour le 13/10/2014 à 13H13

Paysage Cambodge
Paysage du Cambodge. © GODONG / BSIP

La Cour pénale internationale (CPI) de La Haye a reçu le 7 octobre 2014 une plainte inhabituelle, pour accaparement de terres en temps de paix. Elle émane de Cambodgiens expulsés par une élite dirigeante, à des fins d’enrichissement personnel, selon leur avocat. Il dénonce une pratique constitutive de crime contre l’humanité.

La plainte remise par l'avocat des victimes, Richard Rogers, dénonce des meurtres, persécutions, emprisonnements, déplacements contraints de 770.000 personnes (6% de la population), spoliées depuis 2000 par la confiscation de quelque 4 millions d'hectares.
 
En substance, le texte indique que «des villages entiers ont été rasés et des possessions détruites ou volées». Et qu'une zone de Phnom Penh dans laquelle vivaient 800 familles a été vendue en 2005 à une société proche du gouvernement. Que sont devenues les familles ? Parties après des menaces et des violences, notamment de la police. Les réfractaires, eux, ont été évacués de force et conduits dans des camps.
 
Soutenu par la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH), Richard Rogers estime que «l'élite au pouvoir a illégalement saisi des millions d'hectares de terres à de pauvres Cambodgiens et les a allouées à ses membres ou à des investisseurs étrangers pour exploitation ou spéculation». Et d’ajouter : «Quiconque résiste est tué, violé, jugé à tort et autres. Les violations des droits de l'Homme sont énormes. […] Et tout cela  pour qu'une petite élite s'enrichisse et conserve le pouvoir.»

Hun Sen Premier ministre cambodgien
Phnom Penh, le 8 août 2014: le Premier ministre cambodgien Hun Sen lors d'un discours à l'Assemblée. © AFP PHOTO / ASSEMBLÉE NATIONALE CAMBODGE

Les opposants persécutés
La plainte montre également que le gouvernement de Hun Sen jugule toute opposition : quelque 300 assassinats politiques auraient été perpétrés depuis les années 90. «Les dissidents ont été assassinés, battus, sujets à des charges montées de toutes pièces ou des détentions illégales, et persécutés en raison de leur opposition.» La politique d’accaparement des terres est aussi facilitée par la mainmise de l'élite gouvernante sur les institutions du pays, notamment judiciaires, qui ne donnent pas suite aux poursuites.
 
La propriété privée avait été abolie par les Khmers rouges (1975-1979) qui avaient détruits de nombreux documents, ce qui facilite aujourd’hui les accaparements de terre.
 
Comme le Cambodge a ratifié le statut de Rome, fondateur de la CPI, cette juridiction pourrait être compétente pour les crimes présumés commis au Cambodge depuis le 1er juillet 2002. Mais la CPI, qui s'est presque exclusivement intéressée à l'Afrique depuis, va-t-elle élargir son champ d’action à l’Asie et au Cambodge, qui n’est pas en guerre? A voir.
 
Quoi qu’il en soit, et c’est une avancée: «c'est la première fois qu'un rapport apporte des éléments sérieux permettant de qualifier ainsi les violations liées à la politique d'accaparement des terres», selon la FIDH.