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Cameroun: la contestation anglophone a été étouffée, mais le malaise persiste

Par Martin Mateso@GeopolisAfrique | Publié le 02/10/2017 à 17H45, mis à jour le 02/10/2017 à 22H33

Marche à Douala contre indépendantistes
Des militants du RDPC, le parti au pouvoir, ont marché à Douala, le 1er octobre 2017, pour dénoncer les vélleités indépendantistes dans les provinces anglophones du Cameroun.

Au moins 17 morts et plusieurs blessés. C’est le bilan établi par Amnesty International au lendemain des incidents qui ont secoué ce week-end les régions anglophones du Cameroun, quadrillées par les forces de l’ordre, en marge d’une proclamation symbolique d’«indépendance» vis-à-vis du pouvoir de Yaoundé. Et après? s’interrogent les observateurs.

Le pouvoir de Yaoundé avait pris des mesures fortes pour contenir toute velléité de contestation dans les deux régions anglophones du Cameroun. L’objectif a été atteint.
 
La ville anglophone de Buea, dans le Sud-Ouest,  ressemblait à une ville fantôme. De nombreux habitants avaient fui. D’autres étaient terrés chez eux, craignant des débordements. Seules les forces de sécurité patrouillaient dans la cité, survolée par un hélicoptère.
 
Dans la ville de Bamenda, chef-lieu du Nord-Ouest, quelques tentatives de rassemblements ont été dispersées sans ménagement par des tirs de gaz lacrymogène et des coups de feu. Plusieurs personnes ont été admises à l’hôpital de la ville après des échauffourées entre manifestants et la police.
 
C’est sur les réseaux sociaux que la déclaration symbolique d’indépendance des régions anglophones a été faite par Sisiku Ayuk, «président de l’Ambazonie», du nom de la République séparatiste que les indépendantistes entendent créer.
 
«Les habitants des régions anglophones ne sont plus des esclaves du Cameroun... Nous affirmons l’autonomie de notre héritage et notre territoire», a-t-il dit.

Arrestation d'un homme dans ville Buea
Dans la ville anglophone de Buea desertée par ses habitants, la police arrête un homme le 1er octobre 2017.
 
«La sécession n’a pas eu lieu»
Pour le site camerounais d’information Camer.be, la sécession n’a pas eu lieu. Et si l’union a prévalu, c’est grâce à la volonté réaffirmée par la majorité des Camerounais de vivre en communauté, nonobstant leurs différences.
 
«Jamais le drapeau vert, rouge et jaune, frappé de l’étoile d’or sur sa bande rouge, n’aura été autant brandi dans les rues des différentes villes», observe le site camerounais qui note que le Parlement s’est retrouvé autour du monument de la Réunification à Yaoundé pour «réaffirmer le caractère Un et Indivisible de l’Etat». Pas question donc d’accorder la moindre concession aux séparatistes, considérés comme des terroristes.
 
«Le dimanche de toutes les peurs»
Pour le site d’information camerounais La Tribune Afrique, ce dimanche de toutes les peurs laissera des traces. «La sécession n’a pas eu lieu, mais la contestation dans les régions anglophones qui dénoncent leur marginalisation, a franchi un nouveau cap.»
 
C’est aussi l’avis du journal camerounais Mutations qui met en garde contre le pourrissement de la crise anglophone.
 
«Qu’on ne s’y trompe pas, écrit le journal dans son édition du 2 octobre 2017, les activistes qui font du bruit au sujet d’une improbable sécession du Cameroun ne vont pas battre en retraite après le 1er octobre. Avec leurs soutiens, relais et adeptes au Cameroun et à l’étranger, ils vont poursuivre leurs menées pour espérer renverser le rapport de force. Le pouvoir doit donc prendre ses responsabilités et ouvrir rapidement le dialogue», estime le journal.
 

«Et si le problème était Biya»
La crise anglophone au Cameroun est suivie avec attention  par la presse africaine. C’est le cas au Burkina où le journal Le Pays estime que les velléités sécessionnistes dans le Cameroun anglophone ne sont pas le fait de terroristes, comme le martèlent les autorités du pays.
 
«Ces velléités sécessionnistes sont plutôt les conséquences de la gouvernance de Paul Biya», écrit le journal qui l’accuse de gouverner le pays avec les siens «comme leur champ de manioc... Sous Paul Biya, les Camerounais tirent le diable par la queue et ceux qui en souffrent le plus dans leur chair sont incontestablement ceux des régions anglophones», constate le journal.
 
Dans le traitement du dossier des anglophones, on a l’impression que «les autorités camerounaises font dans le mépris... Yaoundé serait très mal inspiré de croire que le tout répressif suffit pour les étouffer», met en garde le journal burkinabè.